Laurent Foata (Axa Private Equity) "Il est important que Fleur Pellerin soutienne le capital-développement"

Le dirigeant des investissements en innovation et croissance d'Axa Private Equity présente son activité et revient sur les difficultés de financement des fonds d'investissement.

JDN. Quelle est la spécialité de votre fonds d'innovation et de croissance ?

Laurent Foata. Nous avons financé une centaine de sociétés en plus de quatorze ans et en comptons une vingtaine à notre portefeuille, dont dix dans l'ebusiness. Depuis quelques années nous nous concentrons sur du capital développement dans le Web et les TIC, sur des tickets d'investissement allant de 2 à 10 millions d'euros.


Quelles sont vos participations dans l'ebusiness ?

"nos sociétés font 20 millions d'euros de chiffre d'affaires en moyenne"

Dans le non côté, nous avons Public-Idées, BrainSonic, Batiweb, EbuyClub, BravoFly, MenInvest, Fitness Boutique, TicketSurf, KRDS et nous avons dernièrement investi dans l'éditeur de jeux BulkyPix. En bourse, nous avons des participations dans 1000mercis, Weborama et Custom. Nous venons de céder nos participations dans LeGuide.com (Ndlr : selon nos informations, le multiple de l'opération est de l'ordre de 2, ndlr).

En moyenne, nos sociétés en portefeuille font 20 millions d'euros de chiffre d'affaires, ont une croissance annuelle sur les trois dernières années de l'ordre de 30% et sont quasiment toutes rentables.

 

Quelles sont vos ambitions pour BravoFly ?

"BravoFly vise des acquisitions pour s'imposer en Europe"

Nous sommes rentrés dans Bravofly il y a deux ans quand ils faisaient 100 millions d'euros de volume d'affaire. Ils ont grimpé à 250 millions d'euros fin 2011 et l'objectif pour 2012 est de réaliser plus de 350 millions d'euros de volume d'affaires et d'accroître le taux de rentabilité. Leur marge d'exploitation est aujourd'hui de 20%, largement supérieure à la moyenne du secteur. Nous avons investi un an après sur une valorisation double à la précédente et BravoFly est à la recherche d'acquisitions pour s'imposer comme l'un des principaux pure player de l'e-tourisme en Europe.

 

Qu'elle est votre méthode de sourcing, votre stratégie d'investissement ?

Nous prospectons nous même quatre start-up sur cinq que nous rencontrons et nous recherchons uniquement des sociétés rentables. Notre approche n'est pas uniquement financière au regard de notre approche très sectorielle. Nous considérons qu'un investissement est pertinent quand nous sommes en mesure d'apporter une valeur ajoutée au projet de l'entrepreneur, notamment en matière de croissance externe. Sur ce point, nous aidons les entrepreneur à identifier les rapprochements ou acquisitions faisant sens dans leur stratégie.

 

Qu'est-ce qui vous différencie des autres fonds d'investissement ?

"La croissance interne d'une société innovante n'est jamais linéaire"

Nous nous adressons aux entrepreneurs qui cherchent chez nous des "sparring partners" car la croissance interne d'une société innovante n'est jamais linéaire. Au bout de trois ou quatre ans, les dirigeants sont confrontés à un plafond de verre dans leur développement, mettant la société dans une situation de risque. C'est à ce moment que l'on intervient, qu'on aide la société à se restructurer ou à développer sa croissance externe.

 

Quel principal constat tirez-vous de l'état de l'industrie du private equity en France ?

"Il est important que Fleur Pellerin soutienne l'industrie du capital-développement et du capital-risque"

Nous travaillons historiquement avec des FCPI et nous espérons continuer. Dans le contexte de crise économique, il y a une raréfaction des capitaux principalement dans le capital-risque et l'innovation. Les montants collectés sont sur une tendance baissière alors même que les PME ont atteint un record d'investissement en 2011. Pour subvenir à leurs besoins, certains acteurs en arrivent même à solliciter des industriels dans leurs véhicules d'investissement. C'est une logique intelligente du moment où ils conservent leur marge de manœuvre. Pour continuer à financer ces sociétés de croissance, il est important que Fleur Pellerin soutienne l'industrie du capital-développement et du capital-risque.

 

Chez Axa Private Equity, avez-vous ressenti une baisse importante de collecte?

Notre collecte ISF a été stable après une baisse significative l'année dernière. Je crains que malheureusement, en fin d'année et pour l'ensemble du marché, la baisse soit généralisée au titre de la collecte de l'impôt sur le revenu.


Quelles sont donc les pistes à envisager pour poursuivre le financement des start-up ?

"Il faut monter la défiscalisation des FCPI à 30%"

Les propositions évoquées par France Digitale sont intéressantes, comme celle de financer l'innovation en se servant d'outils d'emprunt à long terme comme l'assurance-vie. J'estime également qu'une défiscalisation à 18% n'est pas assez encourageante. Il faut la doubler, et monter à 30% comme le proposent l'AFG et l'Afdel. C'est ce qui explique que les fonds britanniques ont plus de facilité à lever. Et ce qui me rassure c'est que même si les acteurs du numérique sont divers voire concurrents, ils s'accordent pour relayer les mêmes idées. Parmi elles, le fait qu'il faut des acteurs qui ne soient pas que des capital-risqueurs qui financent de l'innovation à des stades plus avancés. Il est nécessaire de structurer une chaîne de financement avec des gens capables de soutenir ces start-up au-delà du capital-risque, et avant qu'elles ne tombent dans l'escarcelle de sociétés ou fonds américains.

 

Avec l'Afdel, vous avez créé un Club des entrepreneurs du numérique. De quoi s'agit-il ?

Le dirigeant de startup est confronté à bon nombre de problématiques et a donc naturellement besoin de rester connecté à ses pairs pour échanger. Qu'ils s'agisse de parler de recrutements ou de business model. Le dirigeant d'une société plus mature est quant à lui souvent la tête dans le guidon et ne voit plus beaucoup de monde. D'où l'idée de créer un Club des entrepreneurs du numérique avec l'Afdel pour faciliter les rencontres et les discussions à bâtons rompus. Si un entrepreneur est porté sur une tribune, il dira que tout est formidable et que son marché est exponentiel. Alors que devant une assemblée plus intimiste, les entrepreneurs évoquent plus facilement leurs problèmes ainsi que les réalités de marché.

 

Diplômé de l'Université du Sud Toulon Var et de l'ESCT de Toulon, Laurent Foata débute sa carrière en 1995 chez Banexi (Groupe BNP Paribas) où il suivait les participations et était en charge du contrôle de gestion. Il prit par la suite le poste de secrétaire général pour devenir directeur d'investissement en 1997 chez BNP Paris Private Equity. Il rejoint Axa Private Equity en 2000, où il est en charge de l'activité d'innovation et de croissance.

Capital risque / Chiffre d'affaires