Mark Zuckerberg, le geek à capuche devenu patron milliardaire

De Harvard à Wall Street, son itinéraire hors du commun a façonné la personnalité de ce jeune informaticien qui préside aujourd'hui aux destinées de 3 500 salariés et réserve bien des surprises à ses futurs investisseurs. Portrait.

Le patron de Facebook a eu 28 ans le 14 mai dernier, quatre jours avant l'introduction en bourse du réseau social qu'il a créé il y a huit ans, aujourd'hui évalué aux autours de 100 milliards de dollars. Un parcours hors du commun qui le propulse aujourd'hui à Wall Street pour l'une des introductions en bourse les plus attendues de la décennie, destin que peu lui auraient prédit à la création de son site. Début 2004, un jeune homme surnommé "Zuck" est étudiant à Harvard et programme un embryon de réseau social pour son université. Devant le succès immédiat du site, il décide de l'étendre à d'autres campus et s'installe en Californie, abandonnant Harvard pour se consacrer au projet.


Souvent dépeint comme un informaticien asocial, peu sûr de lui et rejeté par les clubs selects de sa prestigieuse université, Mark Elliot Zuckerberg ne s'en est pas moins transformé en manager d'un groupe comptant aujourd'hui 3500 salariés. Moyennant, il est vrai, de belles erreurs de débutant et quelques séances de coaching dispensées par des grands noms tels que Steve Jobs (Apple), Don Graham (Washington Post), Reid Hoffman (LinkedIn) ou Jim Breyer (Accel Partners).


C'est que l'entrepreneur est loin d'être dépourvu de qualités. A commencer par sa conception de Facebook, à laquelle il est jusqu'ici resté fidèle : tout faire pour que le service reste facile à utiliser et continue à être considéré comme cool. D'abord en refusant que la publicité n'y occupe une trop grande place, puis sans trop se soucier de sa rentabilité. C'est aussi parce qu'il a toujours conservé une idée claire de ses objectifs que Zuck a su doubler au bon moment ses premiers associés, les jumeaux Winklevoss, pour lancer son propre service. Peu importe le procès qui a suivi et les millions déboursés : il ne fallait pas manquer cette première fenêtre de tir. Et c'est bien ce cap inébranlable qui lui a permis de maintenir sa domination sur les autres réseaux sociaux. Quitte d'ailleurs à en racheter : mi-avril dernier, pour renforcer Facebook sur le mobile et ne pas se faire dépasser dans le partage de photos, il décide en un weekend d'acquérir Instagram pour 1 milliard de dollars... sans consulter personne.


De plus, Mark Zuckerberg a incontestablement su construire l'équipe dirigeante de Facebook... et la faire évoluer. Ainsi Sean Parker (ex Napster), premier président de Facebook en 2004, a bouclé les premières levées de fonds du site mais surtout restructuré son capital de façon à ce que Zuck conserve toujours le contrôle de sa société. Du jamais vu à ce niveau, puisqu'il détient toujours 57% des droits de vote et peut choisir de ne rien se laisser imposer par son conseil d'administration. Mais en 2005, moins d'un an après son arrivée, Sean Parker, jugé peu fiable, est remplacé par Owen van Natta (ex Amazon), sous la houlette duquel les revenus du site bondissent de 1 à 150 millions de dollars en 2008.


A ce moment-là, Zuckerberg veut passer à la vitesse supérieure. Or s'il est connu pour savoir se séparer sans état d'âme des collaborateurs qui ne le satisfont pas, il a surtout eu le nez creux en recrutant Sheryl Sandberg (ex Google). Aujourd'hui considérée comme la partenaire idéale avec laquelle piloter la société, la dirigeante a porté à 4 milliards de dollars les revenus annuels de Facebook. Un binôme à tel point efficient qu'au lieu de vouloir remplacer par des "PDG professionnels" les fondateurs de start-up prenant de l'ampleur, nombre de ces sociétés partent désormais à la recherche de leur propre Sheryl Sandberg.


Aujourd'hui, le geek à cagoule, qui jusqu'à peu n'hésitait pas à tendre aux investisseurs des cartes de visite taguées d'un provocant "I'm CEO, bitch", manifeste toujours aussi peu d'assurance lors de ses apparitions publiques. Mais comme tout le monde ne peut pas être Steve Jobs, Mark Zuckerberg s'en est fait une raison. Rechercher l'approbation des autres ne l'intéresse plus depuis longtemps. Ceux qui s'apprêtent à miser sur Facebook doivent s'en rendre compte : ils parient avant tout sur son fondateur, libre de tous ses choix mais dont les objectifs n'ont jamais été aussi fermes, comme le confirme la lettre de Zuck incluse au dossier d'introduction en bourse de la société : "Facebook a été créé pour accomplir une mission sociale, rendre le monde plus ouvert et plus connecté. Nous ne construisons pas des services pour gagner de l'argent, nous gagnons de l'argent pour construire de meilleurs services."

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