Toussaint Roze (Notrefamille.com) "Notre chiffre d'affaires est en décalage avec notre audience"

Recentré sur l'univers féminin, Notrefamille.com ne délaisse pas pour autant son activité historique, la généalogie. Le point avec son PDG, Toussaint Roze.

JDN. En 2010, Notrefamille.com passe dans le rouge, avec une perte nette d'1 million d'euros. Le chiffre d'affaires recule également. A quoi sont dus ces résultats ?

Toussaint Roze. 2010 a été pour nous une année d'investissements sur l'ensemble de nos activités. Au premier trimestre 2010, nous avons internalisé notre régie publicitaire, dont s'occupait auparavant Lagardère Active. Cela s'est traduit naturellement par des coûts, en raison notamment d'embauches. Jérôme Maréchal, ancien directeur commercial du groupe SeniorPlanet, vient d'ailleurs de prendre la direction commerciale de notre régie publicitaire. De plus, les résultats de cette internalisation ne sont pas encore tangibles, ce qui explique le léger recul du chiffre d'affaires.

Pourtant votre audience augmente...

Oui, notre chiffre d'affaires est clairement en décalage avec notre audience. Nous avons attiré en moyenne 3,7 millions de visiteurs uniques - en données Nielsen - par mois l'année dernière. Cela fait de Notrefamille.com le quatrième portail féminin de France. C'est surtout ce site dont l'audience a progressé.

Que représente la publicité dans votre activité ?

Environ 9 % de notre chiffre d'affaires. C'est la part la plus faible de notre activité, et cette part a baissé en 2010. Notre principale source de revenu reste - et de loin – le e-commerce. La vente de cadeaux personnalisés sur le site Cadeaux.com génère 68 % du chiffre d'affaires, suivis par la généalogie (23 %).


Depuis quelques années, vous vous êtes positionnés sur le créneau des sites féminins. Pourquoi ?

Nous l'avons fait en réalisant que notre public était essentiellement féminin. Dès que nous ajoutions un contenu visant les femmes, c'était un succès. Et puis cela correspond à une attente des annonceurs, qui ciblent beaucoup les femmes. Notre stratégie consiste à attirer des internautes femmes sur le portail pour ensuite les renvoyer vers notre offre e-commerce.


Quels sont vos projets pour votre activité historique, la généalogie ?

"Numériser et indexer l'ensemble des archives départementales"

De notre point de vue, le marché français de la généalogie va exploser. De 4 à 5 millions d'euros aujourd'hui, il devrait atteindre dans quelques années 40 à 50 millions d'euros par an.


Comment ?

Ce marché est porté par des tendances sociétales lourdes, notamment l'exode rural du début du XXème siècle qui a entraîné une perte de repères, ou encore l'essor du phénomène des familles recomposées. 80 % des Français se disent intéressés par l'histoire de leur famille, mais la plupart ne l'ont pas encore recherchée. Et puis l'Etat va faciliter l'accès aux archives, comme ce fut le cas au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, où le marché de la généalogie est très important. Nous voulons profiter de cette volonté nouvelle de l'Etat d'encourager la réutilisation de données publiques, qui va permettre l'émergence de nouveaux marchés.


Allez-vous donc développer votre offre en matière de généalogie ?

Effectivement. Nous travaillons depuis trois ans à un projet colossal : la numérisation et l'indexation de l'ensemble des archives départementales de France. Actuellement, ces archives publiques ne sont pas toujours numérisées, et encore mois indexées dans un moteur de recherche. Nous voulons pouvoir le faire et négocions avec les départements pour passer des accords de licence. Cela permettrait d'enrichir notre base d'information, dont les données viennent actuellement soit des internautes eux-mêmes, soit de partenaires.


Pour ce projet de numérisation, vous avez fait une acquisition ?

Nous avons racheté l'année dernière Archimaine, une société de Laval qui travaille déjà avec de nombreuses archives départementales. Cette acquisition nous donne la capacité industrielle de finaliser notre projet de numérisation. Une bonne partie des quelque 200 millions d'images a été numérisée, mais il nous en reste quelques dizaines de millions.


Avant Archimaine, vous aviez racheté les sites Santé-guérir et Médiadico. D'autres cibles ?

Nous regardons beaucoup de domaines. Nous avons les moyens financiers pour des acquisitions ciblées de sites afin de développer notre audience.


Quels objectifs financiers avez-vous cette année ?

En 2011, l'objectif est de développer le chiffre d'affaires publicitaire et d'améliorer progressivement notre rentabilité. Le retour de la croissance est attendu pour 2012.

 

Toussaint Roze invente en 1992 un logiciel de généalogie, alors qu'il est encore lycéen. Il crée par la suite la société Infoduc, qui deviendra Notrefamille.com, pour commercialiser ce logiciel. Toussaint Roze est ingénieur du Conservatoire National des Arts et Métiers, spécialisé en conception et production industrielle en électronique et informatique.

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