Pourquoi Uber a la cote auprès des investisseurs

Valorisation Uber Le succès d'Uber bat son plein. Des chiffres étourdissants ont été dévoilés à son sujet et son introduction en bourse pourrait bien être mémorable.

Le service mobile de réservation de taxis organise une nouvelle levée de fonds. La récolte précédente, organisée cet été, avait atteint 1,2 milliard de dollars valorisés pour une valorisation de 18,2 milliards. La nouvelle valorisation sera donc probablement bien plus élevée. La plupart des observateurs (sans forcément savoir de quoi ils parlent) voient celle-ci comme un signe de prospérité outrageante ; preuve supplémentaire d'une "nouvelle bulle technologique". Et c'est vrai, les nouveaux investisseurs d'Uber pourraient bien perdre de l'argent, tout comme n'importe quels investisseurs. Mais investir dans Uber est un pari bien plus raisonnable que ce dont paraît à première vue, et ce pour deux raisons principales.

La première est que les nouveaux investisseurs voudront sans doute acheter des actions privilégiées – un point qui échappe fréquemment aux spectateurs des marchés privés. En achetant des actions privilégiées, les baisses de valeur sont généralement limitées et ces acheteurs-là se situent plus haut dans la hiérarchie que les investisseurs classiques. C'est pourquoi, lors d'une vente d'actions, il n'est pas rare qu'ils récupèrent tous l'argent qu'ils ont investi, même si l'entreprise les vend moins chères qu'à l'achat. Dans ce cas précis et dans la plupart des situations, les investisseurs privilégiés bénéficient également d'une garantie. Pour que les derniers investisseurs d'Uber perdent de l'argent, il faudrait que la société soit valorisée moins d'1,2 milliard de dollars, soit 90% de moins que les 18,2 milliards de la société. Pour qu'un tel scénario se produise, la situation devrait tourner à la catastrophe.

La seconde est la plus importante : la performance financière d'Uber devrait facilement justifier la valorisation de la levée de fonds précédente ainsi que la future. Le revenu brut d'Uber avoisinerait en effet les 10 milliards de dollars d'ici la fin de l'année prochaine. Uber conserve 20% de ce chiffre d'affaires et répartit le reste entre ses chauffeurs. Ainsi, son CA réelle serait donc de 2 milliards de dollars. La croissance du chiffre d'affaires d'Uber s'est élevée à 300% environ cette année, une tendance attendue également pour l'année prochaine. Très peu de sociétés ont atteint une telle progression à cette échelle. Ce qui nous amène à la valorisation de l'entreprise. 

Uber double son chiffre d'affaires tous les 6 mois

Si Uber atteint son objectif de 2 milliards de dollars de CA d'ici à la fin de l'année, la valorisation à 18 milliards s'analyse sur un multiple de 10.  Ce n'est pas un mauvais coefficient, mais il n'est pas exceptionnel non plus ; en particulier pour une société dont les dépenses sont faibles mis à part celles associées au développement de son application, aux formations, au marketing et au lobby (le dernier en date : empêcher les organisations de chauffeurs de taxis et les gouvernements d'Etats à interdire l'activité d'Uber). Il n'y a donc aucune raison de penser qu'Uber ne pourrait pas atteindre une marge de profit de 20 ou 30%, voire plus. Avec une telle marge, un revenu multiplié par 10 est parfaitement acceptable. Pour le situer en contexte, il est du même ordre que les coefficients d'autres groupes comme Facebook, ou LinkedIn (8 fois).

Travis Kalanick, directeur général, avait déclaré cet été dans le Wall Street Journal que la valeur d'Uber était inférieure aux multiples que l'on observe d'habitude chez la plupart des entreprises sur les marchés boursiers. Il a également déclaré récemment que le chiffre d'affaires d'Uber doublait tous les six mois. Même si sa progression devait subitement ralentir, et doubler seulement une fois par an ou une fois tous les deux ans, une valorisation de 18 milliards de dollars ne semble pas exagérée.

En outre, seules dix agglomérations fournissent la majeure partie des revenus d'Uber. Cette anecdote est incroyable parce qu'Uber est présent dans 46 pays et 150 villes à travers le monde. Si la société ne parvenait pas à gagner de l'argent partout où elle est implantée, cette donnée pourrait être une source d'inquiétude. Mais dans la plupart de ces endroits, la présence d'Uber est relativement récente. Et puisque le groupe n'enregistre qu'environ 10 milliards de dollars de revenus bruts, imaginez son ampleur lorsque les affaires battront leur plein dans toutes ces agglomérations. Sans parler de tous les autres lieux dans lesquels Uber s'installera sans doute au cours de ces prochaines années.

Rien qu'à San Francisco, première ville dans laquelle Uber s'est établit, la société réalise plusieurs centaines de millions de dollars de revenus. Travis Kalanick n'a pas précisé s'il s'agissait de revenus nets ou bruts, mais quoi qu'il en soit, ces chiffres sont impressionnants. 25% de l'activité d'Uber à San Francisco provient des utilisateurs mobiles, et celle-ci augmentera certainement à hauteur de 50 à 75%.

Bien loin de diminuer, les bénéfices d'Uber s'accroissent

Le problème est que les sociétés de taxis détestent Uber et tentent par tous les moyens de fermer ses franchises à travers le monde. A l'heure actuelle cependant, Uber n'a été contraint de se retirer que d'une seule ville. Comme en atteste l'engouement des utilisateurs pour ce service, il est très peu probable qu'il disparaisse ailleurs. Même si une dizaine d'entre elles refusait l'implantation d'Uber, il lui resterait encore 125 villes dans lesquelles développer son activité. Tout ce bénéfice provient évidemment du transport en taxi proposé par Uber, qui a récemment lancé un service de livraison. Pour l'heure, impossible de savoir quel est le succès rencontré par ce dernier, mais même s'il était à peine aussi élevé que celui des taxis, il représenterait une nouvelle source de revenus considérables. Cet été, Travis Kalanick avait déclaré qu'Uber se développait encore plus vite que l'année dernière, lorsque tout le monde se moquait de sa première levée de fonds de 3 milliards de dollars. En d'autres termes, bien loin de diminuer, les bénéfices d'Uber s'accroissent.

En résumé :

 on s'attend à ce que les revenus bruts atteignent le chiffre de 10 milliards de dollars d'ici à la fin de l'année, ce qui représenterait une augmentation de 300% par rapport à l'année dernière et à celle d'avant.

 les recettes d'Uber ne proviennent que d'une dizaine d'agglomérations.

 la société est ancrée dans plus de 150 villes à travers le monde ; les revenus augmenteront donc à une vitesse prodigieuse à mesure que le service s'y développera.

 le nombre de courses mensuelles par utilisateur est bien plus élevé que ce à quoi s'attendaient les premiers investisseurs. Ainsi, le bénéfice rapporté par chaque usager est supérieur aux attentes.

 même les marchés les plus développés d'Uber, comme celui de San Francisco, n'en sont qu'à leurs débuts.

 la société est convaincue de pouvoir bouleverser le vaste marché de la location automobile, de développer les services de livraison et de lancer d'autres affaires à partir d'infrastructures existantes.

 les investisseurs s'attendent à ce que l'introduction en bourse d'Uber d'ici à quelques années atteigne 50 à 100 milliards de dollars.

Entre 2004 et 2012, les analystes se sont gaussés des augmentations successives de la valeur boursière de Facebook. Ses investisseurs ont été qualifiés de stupides et la somme qu'ils avaient payée était sensées être la preuve d'une nouvelle bulle technologique. Il en a été de même pour les valorisations de Twitter, Google et d'autres entreprises de l'Internet. Pourtant, au bout du compte, force est de constater qu'elles n'étaient pas si irrationnelles que ça...


Article d'Henry Blodget, Traduction de Floriane Wittner, JDN

Voir l'article original : Now I Know Why Investors Are Going Hog Wild About Uber ...

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