EuroRSCG veut donner la parole aux marques sur Wikipédia

L'agence de communication propose de créer des "espaces dédiés aux entreprises" dans Wikipédia pour encadrer la prise de parole des marques. L'encyclopédie collaborative n'y est pas favorable.

Wikipédia donne-t-il une mauvaise image des entreprises du CAC 40 (et des autres) sur Internet ? C'est en tout cas la thèse que défend EuroRSCG C&O. Selon l'agence de communication, les entreprises devraient pouvoir donner leur avis de manière transparente sur les fiches le concernant afin de rétablir leur vérité. Elle propose donc à l'encyclopédie collaborative de mettre en place des "notes de l'entreprise" (NDLE), destinées à porter la voix officielle des marques.  

 

Similaires à des notes d'auteur (NDLA), ces parenthèses permettraient que l'intervention des marques se fasse de manière claire. Selon l'agence, elles auraient également l'avantage de dissuader les entreprises de manipuler anonymement leurs fiches afin de se présenter sous un jour exagérément favorable. 

 

Pour appuyer sa demande, l'agence vient de publier une étude sur le positionnement des fiches de Wikipédia dans les résultats de recherche de Google. Sur les 40 membres du CAC, 39 voient la notice qui leur est consacrée dans Wikipédia arriver sur la première page des résultats de Google pour une requête correspondant à leur nom. Les dirigeants des groupes du CAC 40 ne sont pas épargnés : les fiches Wikipédia de 29 patrons se hissent dans la première page des résultats de Google.

 

"Ces notices participent à la construction de l'image des entreprises et de leurs dirigeants, affirme Stéphane Guerry, directeur associé de EuroRSCG C&O, responsable du pôle contenu et média. Or les marques ne sont quasiment pas associées à leur rédaction." Pour légitimer l'intervention des marques, Stéphane Guerry pointe par ailleurs un manque de fiabilité et de véracité des informations publiées sur le site participatif, ainsi que le manque d'objectivité de certains contributeurs, souvent défiant vis-à-vis des marques. 

 

Pour appuyer sa proposition Stéphane Guerry cite la "jurisprudence" wikipédienne. En 2006, le service des relations publiques de Siemens avait tenté d'améliorer l'image de leur PDG, Klaus Kleinfeld en modifiant sa fiche dans la version allemande de l'encyclopédie. L'affaire avait scandalisé les utilisateurs allemands de Wikipédia, furieux de ce qu'ils considéraient comme une ingérence purement destinée à valoriser la marque. 

 

Depuis, cette affaire, Wikipédia recommande aux entreprises de ne pas intervenir directement dans les articles qui leur sont consacrés, mais de signaler d'éventuelles inexactitudes à l'aide des forums de discussion dédiés aux articles. Cette pratique revient, selon EuroRSCG à subordonner la parole des entreprises au bon vouloir des internautes. "Nous ne prônons pas une prise de contrôle mais l'instauration d'un dialogue", assure Stéphane Guerry. 

 

De son côté, la direction française de l'encyclopédie affirme ne pas être favorable à une proposition qui selon elle ne "garantit pas plus" la fiabilité des informations qu'elle propose aux internautes. David Monniaux, membre de l'association Wikimédia France rappelle de son côté que les entreprises peuvent contribuer à l'élaboration des notices de l'encyclopédie, tant qu'elles respectent les règles du site, notamment en matière de neutralité des points de vue. "Une longue expérience nous montre cependant que les personnels de relations publiques sont souvent incapables de se plier à ces règles", précise-t-il. 

 

"Les entreprises ne connaissent pas la syntaxe de Wikipédia et ont tendance à écraser les contributions précédentes", ajoute le président de la fondation Wikimédia France Pierre Baudoin. Il précise que peu d'entreprises françaises utilisent le site comme vecteur d'image, contrairement aux entreprises américaines. "Le vrai problème est qu'une partie des fiches de ces entreprises sont soit vides soit incomplètes, justement parce que les entreprises ou leurs employés contribuent peu à leur écriture." 

 

Pierre Baudouin tient par ailleurs à relativiser la popularité des notices des entreprises françaises, souvent vides ou incomplètes. La notice de Danone n'a par exemple été consultée qu'un peu plus de 9.700 fois au cours du mois de mai. A titre de comparaison, celle de Nicolas Sarkozy a été affichée un peu plus de 137.000 fois sur la même période. 

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