Nicolas Rohr (Faguo Shoes) "Le community management s'applique autant au Web qu'au monde réel"

Le co-fondateur de la marque de chaussure "responsable" revient sur l'apport de Facebook dans la construction de sa notoriété et explique comment il préserve l'aspect communautaire de Faguo.

Pour ceux qui ne connaîtraient pas la marque, pouvez-vous rappeler le concept ?

Faguo est une marque que j'ai lancée avec Frédéric Mugnier début 2009. C'est au cours de notre échange universitaire en Chine que l'envie nous est venue de lancer notre propre entreprise. Rapidement, nous avons opté pour une marque de chaussure, un concept simple et identitaire que nous avions initialement pensé pour notre cercle d'amis. L'idée était simple : planter un arbre en France pour une paire de chaussure achetée afin de donner une dimension responsable à l'acte d'achat.

 

Faguo a débuté par des ventes privées, peut-on dire que les réseaux sociaux ont grandement contribué à amorcer votre développement ?

Tout à fait, les réseaux sociaux s'inscrivaient parfaitement dans la dimension communautaire que nous voulions apporter à la marque. Au départ, nous avons décidé de restreindre la production à 5 000 paires de chaussures et de les vendre à ceux qui devenaient fan de la page Facebook, page que nous avons lancée trois mois avant le début des ventes. C'était un moyen d'évènementialiser la sortie du produit en déclinant le fameux bouche à oreille dans une version virtuelle et, surtout, d'attiser la convoitise en jouant sur l'effet "rupture de stock".

Le succès a rapidement dépassé nos espérances avec près de 8 000 fans acquis, gratuitement, durant ce laps de temps. Une fois ce cap passé, nous avons organisé une dizaine de ventes privées, à Paris et dans des villes de province. A chaque fois dans des appartements d'amis, en informant les intéressés de notre itinéraire via Facebook. Un moyen de renforcer la dimension communautaire de la marque et de se constituer un véritable réseau d'ambassadeurs prompts à faire la promotion d'un produit qu'ils apprécient.

 

Comment abordez-vous le community management de la page Facebook et du compte Twitter ?

Tout d'abord, nous évitons soigneusement de tomber dans la stratégie commerciale avouée. Bien sûr l'une des finalités reste de vendre nos produits. Mais nous pensons que nous pouvons y arriver de manière plus subtile qu'en nous contentant de relayer des promotions ou en présentant les derniers produits. Nous profitons des grands formats d'images que propose la nouvelle Timeline Facebook pour mettre en scène nos produits dans des contextes qui ont trait à l'actualité ou dans des décors originaux.

C'est l'esprit du concours "Faguo autour du monde" que nous lançons chaque été au cours duquel les participants sont invités à prendre en photo leur paire de chaussure dans les destinations les plus exotiques possibles. L'image est aujourd'hui le format le plus engageant sur le Web et c'est un moyen de divertir notre communauté de façon simple et efficace.

 

Cette volonté de divertir se décline parfois dans la rue comme dans le cas de la chasse au trésor que vous avez lancée en mars dernier...

En effet, réussir à animer une communauté virtuelle nous parait important mais réussir à fédérer cette communauté "physiquement" nous semble l'être encore plus. C'est pourquoi nous avons organisé une chasse au trésor dans Paris en cachant 100 QR codes dans les rues de la capitale et en offrant une paire de chaussure à ceux qui flashaient en premier un QR code. Pour un dispositif dans lequel nous n'avons pas investi énormément de budget, les résultats ont été vraiment satisfaisants. Nous avons réussi à mobiliser 400 participants et comptabilisé plus de 1 000 visites sur notre onglet Facebook dédié le temps de l'opération. Au-delà de l'aspect viral, l'objectif était ici encore de fédérer notre communauté. D'ailleurs, nos 12 collaborateurs étaient au cœur du dispositif, chacun se transformant en animateur et allant à la rencontre des participants.

 

Quel conseil donneriez-vous aux jeunes entrepreneurs désireux de lancer leur campagne de communication ?

Cela peut-être paradoxal venant de quelqu'un dont la société doit beaucoup à Facebook mais je leur dirais de ne surtout pas tout miser sur les réseaux sociaux. L'écosystème est devenu beaucoup plus chargé qu'à l'époque de notre lancement et les nombreux projets d'entreprises qui essaient d'y communiquer ont beaucoup de mal à émerger. Il y a trois ans, le fait de "liker" une page était un geste bien plus identitaire qu'il ne l'est aujourd'hui. C'était avant tout une manière de montrer qui l'on était. Aujourd'hui, on like une page par intérêt, qu'il s'agisse d'offres promotionnelles, de contenus de divertissemens ou d'informations spécifiques à la marque. C'est un aspect qui me fait penser que nous aurions beaucoup plus de mal à émerger aujourd'hui.

C'est pour cette raison qu'il me paraît important de travailler le ton que l'on adopte sur ce canal, en évitant de verser dans le tout promotionnel, C'est un passage obligé pour capter son attention. Enfin je conseillerais de ne surtout pas oublier le monde réel. N'hésitez pas à aller à la rencontre de vos consommateurs et ne négligez pas les médias plus classiques. Notre popularité tient également au nombreuses retombées presse que notre "buzz" initial a suscité.

 

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