Cyrille Le Floch (Qowisio) "Nous déploierons notre réseau IoT dans dix nouveaux pays dès 2017"

A la fois opérateur et fournisseur de capteurs, Qowisio couvre désormais l'ensemble du territoire français avec ses antennes. Et il ne compte pas s’arrêter là.

Le réseau IoT Qowisio est déployé sur l'ensemble du territoire tricolore. Quel investissement représente l'installation de ces antennes pour votre entreprise ?

Cyrille Le Floch, PDG de Qowisio. © Qowisio

Nous avons dépensé moins de 3 millions d'euros pour fixer les quelques milliers d'antennes nécessaires à la couverture de l'ensemble des villes de plus de 10 000 habitants en France et des axes autoroutiers.

 

Reste-t-il des zones blanches, non couvertes par votre réseau ?

Quelques-unes, mais chacune de nos antennes ultra narrow band (pour bande de fréquence ultra courte, ndlr) coiffe une zone de 60 kilomètres. En nous installant le long des autoroutes nous assurons une bonne couverture du territoire. Si certains clients locaux nous le demandent, nous pourrons installer de nouveaux émetteurs et densifier notre toile.

 

Comptez-vous désormais vous déployer à l'international ?

Tout à fait. Nous sommes en train de créer une filiale aux Etats-Unis, à Austin. Nous comptons couvrir dix nouveaux pays clefs dès 2017, en commençant par l'Europe.

 

Pourquoi avoir mis tant de temps à déployer ce réseau public ? Votre entreprise a tout de même été créée il y a 7 ans…

Nous avons déjà déployé des dizaines de réseaux privés (qui appartiennent à des entreprises, NDLR) dans 29 pays. Installer un réseau public n'était pas un but en soi pour Qowisio. Cela nous permet simplement de ne pas dépendre d'un opérateur tiers. C'est l'objet en lui-même qui est au cœur de notre démarche. La valeur de ce marché est liée à l'exploitation de data. Elles ne peuvent être collectées que si les appareils intelligents sont déployés massivement.

"Qowisio commercialise plus de 60 catégories d'appareils IoT"

Notre réseau nous permet d'attirer des clients potentiels. Les entreprises - nous visons essentiellement le secteur du BtoB - viennent nous voir car nous sommes des opérateurs IoT et que nous avons des tarifs compétitifs (10 centimes d'euro par an et par objet connecté à Qowisio). Elles repartent presque toujours avec un caddie plein d'appareils intelligents, que nous produisons en interne. C'est une démarche originale par rapport à celle des autres opérateurs du secteur.

 

Quel type d'objets connectés avez-vous conçu ?

Ce sont des capteurs plus que des objets connectés à proprement parler. Ils peuvent très facilement être intégrés par les entreprises à leurs produits, leurs outils de production, de transport... Nous commercialisons plus de 60 catégories d'appareils aujourd'hui. Ce sont de petits trackers GPS, de température, d'humidité, de détection de fumée… Chacun de ces instruments de mesure low-cost peut être utilisé par des entreprises sur différents marchés, de la logistique au BTP en passant par la sécurité incendie.

 

Qui sont vos principaux clients ?

Nous avons une cinquantaine de clients. Principalement des start-up, des PME et des ETI. Nous leur avons vendu plus de 100 000 objets connectés. De nombreux petits acteurs sont intéressés par l'IoT, qui peut les aider à être plus efficaces dans leur business. Mais il faut pour cela leur offrir des coûts compétitifs, même si la quantité d'appareils dont ils ont besoin est faible.

"Nous sommes rentables quasiment depuis notre création. En 2015, nous avons dégagé un résultat net de 1,1 million d'euros"

L'un de nos clients travaille dans la logistique. Nous lui avons permis de géolocaliser ses palettes. L'investissement pour lui était faible : 1 euro et 50 centimes pour chaque tracker GPS, avec trois ans de connectivité à notre réseau incluse. Si le capteur avait coûté plus cher, il n'aurait pas basculé à l'Internet des objets. Une palette ne vaut que quelques dizaines d'euros. Il était pour cette entreprise hors de question de connecter ces articles si cela coûtait plus d'un ou deux euros. L'équation économique ne tenait pas.

 

Vous réussissez à dégager des profits même en vendant des produits ultra-low cost ?

Absolument. Nous sommes rentables quasiment depuis notre création. Nous avons généré en 2015 6,2 millions de chiffre d'affaires soit deux fois plus qu'en 2014, avec un résultat net de 1,1 million d'euros. Nous fabriquons nous-même nos cartes électroniques à partir de composants standards. C'est très efficace en termes de coût.

 

Les entreprises qui choisissent d'acheter vos capteurs peuvent-elles les connecter à un réseau qui n'est pas le vôtre ?

Oui, elles peuvent décider de faire transiter leurs données chez Sigfox ou sur un réseau LoRa. Ces technologies sont très proches de celle de Qowisio. Le capteur est le même. Les entreprises doivent juste installer sur leurs objets connectés un logiciel différent. Les fabricants d'IoT ne sont ainsi pas prisonniers d'un opérateur et de ses tarifs. Ils ne dépendent pas d'un tiers pour exploiter les données de leurs trackers. C'est un argument important face à des investisseurs pour lever des fonds par exemple.

 

"Nous érigeons en ce moment une Cité de l'objet connecté à Austin, au Texas"

N'est-ce pas contradictoire pour un opérateur de tenir ce genre de discours ?

Beaucoup de nos clients choisissent le réseau Qowisio car nos tarifs sont compétitifs. Et de toute façon, ils ne viennent pas chez nous seulement pour des questions de connectivité. Ils font appel à nos services car nous sommes des spécialistes de la conception d'objets intelligents. Qowisio s'intéresse par exemple de près à la question de la batterie. Tout le monde est obsédé par le fait que les capteurs doivent avoir une durée de vie de 10 ans. Mais c'est faux ! Tout dépend de leur fonction.

Certains trackers ne doivent fonctionner que pendant une période très brève. Nous avons par exemple développé avec l'un de nos clients des bons de commande connectés. Ces petits circuits électroniques imprimés sur papier n'ont besoin de fonctionner que quelques heures ou quelques jours. Nous avons donc intégré une toute petite batterie adaptée à cette demande. Le client nous renvoie ensuite la puce et ladite batterie. Qowisio les recycle ensuite pour créer de nouveaux bons de commande intelligents.

 

Dans quel but êtes-vous actionnaire de la Cité de l'objet connecté à Angers ?

Nous essayons d'aider au maximum les entreprises à se lancer dans le secteur. La Cité de l'objet connecté d'Angers est un fablab au sein duquel des sociétés non spécialistes peuvent très facilement prototyper un objet connecté. En un mois à peine, un projet peut entrer en phase d'industrialisation. Nous allons développer des espaces similaires dans chacun des pays où nous allons installer notre réseau. Nous érigeons d'ailleurs en ce moment une Cité de l'objet connecté à Austin, au Texas.

 

 

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