Téléphonie mobile illimitée : Xavier Niel en passe d'être dépassé ?

Zero Forfait, Numericable, Prixtel : le prix des offres de téléphonie illimitée depuis un mobile est en train de chuter à toute vitesse. Free Mobile sera-t-il encore en mesure de proposer un forfait à prix cassé à son lancement ?

Xavier Niel doit-il se satisfaire ou se désoler de la décision prise par le régulateur des télécoms le 5 mai dernier ? L'Arcep s'est en effet penchée sur l'épineux problème des coûts de terminaison d'appel vers les réseaux de téléphonie mobile. En clair, le prix payé par un opérateur – fixe ou mobile - chaque fois que l'un de ses abonnés appelle le téléphone mobile d'un autre abonné. Fixé jusqu'à présent à hauteur de 3 centimes d'euro par minute (et 3,4 vers Bouygues Telecoms), ce coût est l'un des principaux facteurs empêchant la mise en place d'offres dites d'abondance (illimitées, ou presque) car cela implique une charge de 1,80 euro pour chaque heure de téléphonie "illimitée" consommée par les clients.

 

Lors du bras de fer qui vient de se jouer à l'Arcep, les trois opérateurs mobiles propriétaires de réseaux (Bouygues, Orange et SFR) ont défendu une ligne plus ou moins commune. Ils demandaient une baisse "modérée" pour atteindre un niveau de 1,3 centime au 1er janvier 2013. Soit une baisse de 60% et une heure d'interconnexion portée à 80 centimes. Iliad demandait bien plus : une baisse pour atteindre 0,75 centime d'euro, soit l'heure à 45 centimes. L'Arcep a tranché en fixant un tarif de 0,80 centime au 1er janvier 2013, ou 48 centimes pour une heure. Le tout dans un calendrier de baisses régulières : 2 centimes au 1er juillet 2011, 1,5 centime au 1er janvier 2012 et 1 centime au 1er juillet 2012.

 

Free devrait donc s'en réjouir, lui qui affirmait à l'Arcep : "la généralisation des offres illimitées fixe vers mobile ne sera possible que lorsque la taxe d'interconnexion sera inférieure à 1 centime". Il pourra donc réaliser de substantifiques économies sur son forfait Freebox d'appel fixe vers mobile. Mais dans un autre sens, Free peut aussi s'en plaindre. En effet, la décision a immédiatement provoqué l'émergence de nouvelles offres d'abondance en téléphonie mobile. Alors que le FAI comptait frapper un grand coup en étant le premier à annoncer une offre illimitée depuis un téléphone mobile à prix "révolutionnaire". Raté.

 

Coup sur coup, plusieurs offres ont été dévoilées. Tout d'abord Zero Forfait, qui propose des appels illimités vers 19 numéros différents pour 19 euros. Une offre qui en séduira plus d'un car les chiffres montrent que deux tiers des appels mobile sont passés vers les trois numéros les plus appelés. Ensuite Numericable. L'opérateur a voulu jouer une opération de buzz (lire notre article Qui se cache derrière La Révolution du mobile, du 06/11/2011) mais s'est pris les pieds dans le tapis : son site "mystère" était enregistré par son consultant en relations presse et sa page Facebook n'a attiré que 2600 personnes (on conseille opportunément à l'opérateur de diviser le coût de l'opération telle que facturée par son agence de communication par le nombre de fans pour établir un ROI réaliste). Cela pour dévoiler un forfait à 29,90 euros par mois pour 12 mois d'engagement mais sans téléphone, incluant des appels, SMS et Internet en abondance. Enfin, Prixtel devrait lui aussi dévoiler prochainement une baisse de son forfait illimité, actuellement facturé 49,99. Virgin Mobile pourrait aussi répliquer, compte-tenu qu'il propose déjà un forfait 5 heures, SMS et Internet illimités pour 29,99 euros.

 

Du côté des trois opérateurs mobile, on s'apprête à compter les points : "La baisse des coûts d'interconnexion va peu impacter la marge d'Orange. Tout d'abord statistiquement, un abonné Orange appelle moins souvent un abonné d'un autre réseau qu'un abonné Bouygues, tout simplement car la part de marché d'Orange est supérieure à celle des autres opérateurs. Ensuite, la stratégie d'Orange a été de développer un effet club qui encourage, par des réductions, toute une famille ou une bande d'amis à souscrire chez Orange" commente un consultant spécialisé dans les modèles économiques pour un opérateur télécoms.

 

Et de poursuivre : "Ni Orange ni SFR n'ont intérêt à lancer des offres commerciales illimitées à prix cassé aujourd'hui. Ils vont encourager des MVNO [opérateurs virtuels utilisant leur réseau, NDLR] à le faire. Quitte à les racheter plus tard. Quand Free se lancera, il aura une couverture en propre réduite et ne bénéficiera plus de la surprise du prix car des offres similaires ou presque seront déjà disponibles sur le marché, sauf à ce qu'il soit vraiment très imaginatif ". Chez Orange, un interlocuteur qui préfère ne pas être cité rappelle une évidence : "Quand Free a pris le marché de l'ADSL, c'était une miette pour France Télécom et ça l'est toujours. Le mobile, c'est pas une part du gâteau, c'est le gâteau tout entier".

Free / Telecoms 2.0