Ces grandes tendances qui font bouger les lignes de l'e-tourisme Les relais de croissance : camping, collaboratif, location et restos

Dans ce marché stagnant, où les paniers moyens sont en légère baisse car les consommateurs partent moins longtemps et moins loin faute de budget, qui tire son épingle du jeu ? "L'un des gagnants est l'hôtellerie de plein air : les campings et les mobil-homes, qui offrent un excellent rapport qualité prix", répond sans hésitation Jean-Pierre Nadir. Or l'offre est à la hauteur de l'engouement : l'Hexagone, premier pays d'Europe en capacité d'hébergement de plein air, compte 9 000 campings aménagés accueillant chaque année 6 millions de campeurs français et 2 millions d'étrangers.

Le patron d'Easyvoyage observe également la montée en puissance de l'économie du partage, qui permet pour les uns de se constituer une cagnotte et pour les autres de minimiser leurs dépenses : "Le covoiturage est maintenant utilisé aussi dans une logique estivale et fait partie des plans malins des voyageurs", note-t-il. Le comparateur a donc intégré à son moteur la plupart des acteurs du tourisme collaboratif : Drivy (voitures), BedyCasa (chambres)... il ne manque plus qu'AirBnB.

fabrizio giulio, dg d'expedia.fr
Fabrizio Giulio, DG d'Expedia.fr © S. de P. Expedia

Les acteurs de l'e-tourisme montrent par ailleurs un intérêt général pour la location d'appartements et de maisons de vacances. En témoigne le partenariat entre Expedia et HomeAway. "Nous sommes en train d'intégrer les offres de HomeAway aux Etats-Unis, souligne Fabrizio Giulio. Nous envisagerons dans un deuxième temps de faire de même en Europe".

Parmi les relais de croissance des voyagistes en ligne, la location de voiture figure aussi dans les tous premiers rangs. Il s'agit en effet d'un produit doté de marges intéressantes, que les consommateurs achètent plutôt en dernier et que les sites de voyage proposent souvent en cross-selling. "Nous ne pourrions pas vivre de l'aérien seul, à moins d'avoir des marges cachées quelque part, explique Fabrizio Giulio. Disposer d'un produit location de voiture solide et compétitif nous permet d'être plus agressif sur l'aérien pour acquérir davantage de clients." Expedia, qui a déjà transféré ses activités vols et hôtels sur sa nouvelle plateforme technique, s'apprête à y passer aussi la location de voiture. "Nous allons pouvoir améliorer l'expérience client et tester beaucoup plus facilement de nouvelles fonctionnalités. A l'arrivée : une progression du taux de conversion... notamment sur le cross-selling de locations de voitures."

La restauration, excellente source de monétisation

Enfin, un nouvel axe de croissance apparaît peu à peu chez les voyagistes en ligne, celui de la restauration. L'importance qu'ils lui accordent se mesure par exemple au montant de leurs acquisitions. En mai, TripAdvisor aurait déboursé 100 millions d'euros pour absorber le service français de réservation de restaurants LaFourchette, dont le chiffre d'affaires n'avoisinait que 13 millions d'euros en 2013. "Ce n'est pas pour son volume d'activité que LaFourchette a intéressé TripAdvisor, mais pour sa capacité à monétiser le trafic", analyse Jean-Pierre Nadir. En l'occurrence, les 200 millions de pages vues qu'enregistre chaque mois la rubrique restauration du site d'avis clients, sur laquelle le moteur de LaFourchette a immédiatement été intégré.

"Plus globalement, les modèles sachant monétiser les leads sont considérés par les voyagistes comme d'excellentes sources de revenus supplémentaires. Or on va beaucoup plus souvent au restaurant qu'on n'achète de billet d'avion", remarque le fondateur d'Easyvoyage. Raison pour laquelle un mois après TripAdvisor, Priceline a conclu le rachat d'OpenTable pour pas moins de 2,6 milliards de dollars, alors que le concurrent américain de LaFourchette n'enregistrait que 30 millions de dollars de chiffre d'affaires en 2013. "La restauration entre pleinement dans l'univers du voyage", conclut Jean-Pierre Nadir, qui prévoit d'intégrer les restaurants à son site d'ici la fin de l'année.

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