Les pros de l'auto mettent le turbo sur la gestion de flotte intelligente

Les géants TomTom Telematics, Masternaut et Ocean ne sont plus les seuls à se disputer les 7 millions de véhicules qui seront équipés d'ici 2020 d'un dispositif connecté de gestion de flotte.

15% par an d'ici 2020. La croissance du marché de la gestion de flotte intelligente prévue par Ptolemus Consulting a de quoi faire saliver les acteurs du secteur. "7 millions de véhicules seront équipés d'un dispositif connecté de gestion de flotte en Europe occidentale d'ici quatre ans", estime Matthieu Noël, consultant automobile du cabinet de conseil belge.

"7 millions de véhicules seront équipés d'un dispositif connecté de gestion de flotte en Europe occidentale d'ici quatre ans"

Les leaders du marché ne s'y trompent pas. Tous travaillent sur de nouvelles offres et partenariats pour séduire les propriétaires de flotte, entreprises ou loueurs. Si leurs solutions sont basées sur la même formule, à savoir un boîtier connecté embarqué couplé à un abonnement mensuel facturé jusqu'à une vingtaine d'euros selon les options choisies (géolocalisation, analyse de la conduite, maintenance prédictive, dashboards, etc.), leurs stratégies divergent.

Le leader européen TomTom Telematics, qui revendique plus de 670 000 véhicules connectés à travers le monde et près de 45 000 clients, a lancé fin septembre un nouveau terminal compact équipé d'un écran tactile de 2,5 pouces : le PRO 2020. "Ce nouveau système tout-en-un rassemble quatre fonctionnalités qui permettent à nos clients de faire badger les conducteurs à bord, de consulter le kilométrage effectué à titre professionnel et privé et d'enregistrer le temps de travail pour simplifier le suivi des horaires", explique Stéphane Schriqui, directeur commercial France de TomTom Telematics.

TomTom Telematics revendique plus de 670 000 véhicules connectés à travers le monde et près de 45 000 clients

La filiale du géant néerlandais de la navigation met l'accent sur l'éco-conduite en couplant ses produits à sa solution OptiDrive 360 et à sa plateforme Webfleet. La première analyse le comportement du conducteur et le conseille notamment pour consommer moins de carburant. La seconde est le fer de lance de la société pour se différencier face à une concurrence de plus en plus féroce. "Notre cœur de métier n'est pas le boîtier mais l'intelligence. Webfleet remonte en temps réel toutes les données collectées par le boîtier connecté que nos ingénieurs installent sur les véhicules et les présente sur un portail en ligne. Elle peut aussi les restituer via des API pour les intégrer directement aux outils de gestion du parc automobile développés par les entreprises elles-mêmes", affirme-t-il.

Derrière TomTom Telematics, les concurrents ne sont pas en reste. Fortement implanté en France et en Angleterre depuis une vingtaine d'années, le numéro 2 sur le Vieux continent Masternaut, qui équipe 250 000 véhicules en Europe, a investi plus de 7 millions d'euros en R&D ces trois dernières années pour mettre à jour son offre et compte rapidement booster son marketing. "Maintenant que nous sommes à la pointe de la technologie nous serons moins prudents en termes de communication. Le marché français est équipé à moins de 10% donc il y a de la place pour grandir", promet Olivier Mansard, vice-président global sales de Masternaut.

Masternaut a investi plus de 7 millions d'euros en R&D ces trois dernières années pour mettre à jour son offre

La société franco-anglaise désormais sous capital américain mise tout sur sa technologie brevetée CAN clipping. Elle permet au boîtier installé dans l'ordinateur de bord du véhicule de récupérer les informations par induction sans qu'il n'y ait besoin de le brancher au système comme le font ses concurrents, qui utilisent le procédé CAN bus. "C'est moins intrusif et les constructeurs apprécient cela", se réjouit-t-il.

Le vice-président de Masternaut veut aussi faire la différence avec sa plateforme Connect, capable comme celles de ses compétiteurs de remonter des informations basiques comme le kilométrage ou la consommation de carburant mais aussi d'intégrer d'autres sources de données comme la température extérieure.

Le français Ocean, racheté par Orange Business Services en avril 2015, entend aussi mettre la main sur une importante part du gâteau. Déjà présent dans 110 000 véhicules en France, ce qui en fait le numéro 1 du marché tricolore, il espère franchir la barre des 200 000 d'ici 2019 et lorgne sur l'Europe. "Nous lancerons d'ici la fin de l'année une plateforme multilingue et des partenariats à l'étranger seront annoncés en 2017", annonce Olivier Picard, directeur général d'Ocean.

Le leader du marché français Ocean espère franchir la barre des 200 000 véhicules équipés d'ici 2019 et lorgne sur l'Europe

En plus de son offre de gestion de flotte à distance Park Connect, la filiale d'Orange s'adresse particulièrement aux directions métier des entreprises avec ses offres packagées GéoPack et GéoPro qui s'adaptent aux exigences du BTP. "Nous avons beaucoup de partenariats sur ce secteur, notamment avec la Fédération Française du Bâtiment. Nous avons pu signer avec d'importants clients comme Eiffage", avance-t-il.

Ocean a aussi récemment lancé avec PSA O-Direct, une solution réservée à ses clients détenteurs de véhicules Peugeot, Citroën et DS. Elle permet aux gestionnaires de flottes de remonter en temps réel des données exactes directement issues des véhicules comme le kilométrage parcouru, la consommation de carburant ou les alertes techniques. "C'est un changement important de business model car nous devenons ainsi un fournisseur de services et non plus de hardware", observe Olivier Picard.

Car pour Matthieu Noël les fabricants vont petit à petit investir dans la gestion de flotte connectée : "Ce marché va être poussé par des solutions proposées directement par les constructeurs en utilisant une technologie embarquée."

"Ce marché va être poussé par des solutions proposées directement par les constructeurs en utilisant une technologie embarquée"

C'est notamment le cas de PSA, qui a multiplié ces derniers mois les partenariats avec TomTom Telematics, Masternaut et Ocean : "Nous voulons proposer une offre BtoB simple. Avec des véhicules qui sortent de nos usines déjà équipés d'un boîtier connecté compatible avec leurs offres et avec la nôtre, celle proposée par notre filiale Interparc Connect Management", explique Gaël Colin, responsable marketing et ventes de la business unit autopartage et flottes connectées de PSA. Ce boîtier composé d'un GPS, d'une batterie autonome et d'une carte SIM pour communiquer les informations peut être inclut dans le prix en série ou facturé 250 euros HT selon le modèle choisi.

Le hardware est garanti par le constructeur et les données récoltées sont censées être plus précises, puisque directement fournies par le fabricant du véhicule. "Le client est libre de choisir son prestataire et s'il n'est pas content il peut à tout moment migrer vers l'offre d'un concurrent sans avoir à changer de hardware", ajoute-t-il.

PSA compte déjà plus de 250 clients sur son offre maison depuis son lancement en avril 2014 et espère atteindre les 50 000 véhicules connectés d'ici la fin de l'année. Ses clients vont du petit artisan aux grandes entreprises telles que La Poste ou Dalkia.

PSA compte déjà plus de 250 clients sur son offre maison depuis son lancement en avril 2014

Son principal argument de vente est la possibilité d'activer à distance la solution de gestion de flotte pour les entreprises dès leur fabrication. "Ces dernières n'ont pas besoin d'attendre d'avoir suffisamment de véhicules connectés pour se lancer", précise Gaël Colin.

Le constructeur pourra aussi compter sur des jeunes pousses comme SoFLEET, filiale du groupe français Synox, spécialisé dans intégration de l'IoT. Créée il y a deux ans, cette société spécialiste du véhicule d'entreprise équipe déjà 10 000 véhicules en France. Pour l'avenir, elle a décidé de se concentrer sur un secteur qu'elle estime porteur, le véhicule électrique. "Nous travaillons avec plusieurs constructeurs automobiles sur ce sujet et nous espérons atteindre les 10 000 véhicules de fonction électriques connectés d'ici 2 à 3 ans", indique Emmanuel Mouton, PDG de SoFLEET. Son ambition : multiplier les capteurs embarqués pour proposer de nouvelles données personnalisées. "Cela peut aller du stock transporté à la température intérieure pour les véhicules qui doivent respecter la chaîne du froid. Il y a un énorme potentiel autour de l'IoT dans la gestion de flotte et beaucoup de nouveaux services à imaginer."

 

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