La main invisible d'Adam Smith expliquée aux Nuls

C'est un événement : le premier volume de The Cartoon Introduction to Economics vient de paraître en France sous le titre de L'économie en bande-dessinée auréolé d'un premier succès aux Etats-Unis et d'un accueil enthousiaste de plusieurs économistes réputés.

L'économie en bande dessinée aurait pu s'intituler La main invisible. Moins commercial et explicite, ce titre aurait été plus juste puisque les auteurs ont à cœur d'expliquer comment, à l'instar de la célèbre métaphore d'Adam Smith, l'intérêt individuel peut servir l'intérêt commun. Rien de très original sinon que le livre ambitionne de le démontrer très méthodiquement et aussi simplement que possible. Sans détailler les chemins de traverse que Grady Klein et Yoram Bauman s'autorisent à emprunter pour atteindre leur but, cette démonstration pourrait se résumer de la façon suivante. A la base, on retrouve une conviction : chaque individu s'efforce de maximiser son intérêt en arbitrant entre des solutions comparables, entre le présent et l'avenir, entre le confort et le risque. Au niveau des échanges individuels, cette tendance naturelle de l'individu à privilégier son intérêt  peut aboutir à l'inverse de l'effet escompté. Dans une négociation, il n'est pas rare que chacun campe sur ses positions, ne veuille rien céder, quitte à ce que le résultat soit négatif pour chacune des parties. Il est même miraculeux que cela n'arrive pas plus souvent. De fait, pour les auteurs, l'échange entre un petit nombre d'individus est le niveau le plus complexe et le plus aléatoire. 

L'économie sauvée de la cupidité par le marché

Ce qui sauve en définitive l'échange de la cupidité individuelle et réussit à transformer cette cupidité en bien commun ne tient pas, selon Grady Klein et Yoram Bauman, à l'intervention plus grande du politique mais à la nature du marché concurrentiel, c'est-à-dire à une multiplication telle des acteurs économiques qu'aucun d'entre-eux n'ait le pouvoir de bloquer le jeu de l'offre et de la demande. L'économie en bande dessinée serait-elle le produit de fans inconditionnels de l'ultra-libéralisme ? Pas vraiment. Les auteurs n'ignorent pas la propension des économistes à privilégier la liberté du consommateur sur la réduction des inégalités, les critiques d'un Joseph Stiglitz sur l'existence même de la "main invisible" ou les limites de la rationnalité individuelle mise en évidence par Daniel Kahneman. Mais en libéraux tempérés et convaincus, ils insistent prioritairement sur la nécessité des politiques antitrust et soulignent la capacité du système à inventer en permanence de nouvelles solutions pour s'autoréguler. En ces temps de crise, on pourra trouver le propos naïf voire parfaitement contestable. Il n'en demeure pas moins que L'économie en bande dessinée s'impose, à ce jour, comme la démonstration la plus claire de la parabole de la "main invisible".
Même si on peut être en désaccord avec les thèses d'Adam Smith, la pédagogie du livre constitue indéniablement sa principale qualité.

Editeur : Éditions Eyrolles - Éditions d'Organisation - Nombre de pages : 212 - Prix : 17 € - Parution : août 2012

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