Consommateurs de tout ce pays, unissez-vous !

Toutes les économies industrialisées qui pratiquent maintenant la course au bas prix par le dumping social dans un contexte d’endettement ne parviennent d’ailleurs pas à retrouver la croissance et subissent chômage de masse et forte misère sociale.

Après la découverte par une Américaine d’un appel au secours d’un ouvrier-esclave chinois dans un colis importé, on peut s’interroger sur les conditions de travail en Chine et se convaincre définitivement que la bataille de la compétitivité avec ce concurrent est perdue d’avance, à moins que nous soyons prêts à travailler, comme l’indiquait la mystérieuse lettre, 15 heures par jour pour une poignée d’euros.

Se dessine alors aujourd’hui un système absurde où le niveau d’endettement privé des économies occidentales explose dans le cadre d’un modèle globalement fondé sur la consommation et un fort déséquilibre de la balance commerciale. En d’autres termes, un équilibre macroéconomique mondial précaire semble s’organiser autour d’un achat à crédit croissant par les pays industrialisés de produits au prix bas mais aux conditions de production qui relèvent d’un quasi-esclavage. 

L’absurdité de cette situation est d’autant plus forte qu’elle résulte finalement d’un coup de force intellectuel à propos de la loi de Say (dite « loi des débouchés »). Celle-ci explique notamment que « c’est la production qui ouvre des débouchés aux produits » (donc que l’offre crée sa demande), car en échange de la production, l’employeur verse une rémunération au salarié qui se mue ensuite en pouvoir d’achat dans les mains de ce salarié-consommateur. Empiriquement, cette loi a pu d’autant mieux fonctionner que les rémunérations étaient élevées, par exemple avec la politique salariale d’Henri Ford qui payait par choix ses ouvriers au-dessus de la moyenne des ouvriers américains, « five dollars a day », considérant, entre autres, qu’« un ouvrier bien payé est un excellent client ». Une partie du surplus de rémunération accordé à ses ouvriers lui revenait effectivement en bénéfices, même indirectement par la stimulation de l’économie environnante.

Mais aujourd’hui, cette loi de Say est travestie puisque la production croissante des économies émergentes est absorbée par une consommation à crédit des économies industrialisées (dont les dettes publiques ou privées sont parfois détenues par ces dites économies émergentes), autrement dit, de la richesse réelle, le produit, est échangée contre de la richesse illusoire dans le présent, la masse monétaire issue de l’endettement.

Pire encore, le consommateur occidental semble frappé de schizophrénie lorsque, se dirigeant en priorité vers les « prix bas », il stimule la production et donc l’emploi des économies émergentes au détriment de l’emploi national. Privilégier les « prix sacrifiés », revient ainsi à devenir à terme la véritable victime du sacrifice. Car schématiquement, les pays aux protections sociales très faibles sont de plus en plus producteurs lorsque ceux qui présentent des acquis sociaux plus importants tendent à se muer en consommateurs avant tout. Le risque à long terme est que la recherche de la compétitivité à tous prix ne débouche un jour sur la réduction de la protection des salariés dans un souci de rééquilibrage à la baisse.

C’est ainsi que les plus pauvres des pays riches enrichissent les plus riches des pays pauvres sans que nulle part les plus pauvres n’en bénéficient, les uns souffrant des délocalisations et du chômage à terme, les autres de conditions de travail toujours aussi misérables.
Face à ce constat d’un libéralisme qui met en concurrence des économies qui ne connaissent pas le même niveau de protection sociale, s’impose à nous la nécessité d’un protectionnisme stratégique comme le pratiquent toutes les autres sphères économiques du monde, y compris les économies émergentes. Mais en plus de ce protectionnisme intelligent, un changement profond des mentalités, notamment dans les habitudes de consommation et la législation sur le « fabriqué en France », est nécessaire pour encourager des relocalisations massives dans notre pays. Le patriotisme économique semble une partie des solutions à nos problèmes économiques, écologiques et sociaux.

Consommateurs de tout ce pays, unissez-vous !

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Chronique rédigée avec Gwenaël Le Sausse

 

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