Les Etats-Unis sont-ils en déclin permanent ?

Jim Clifton, PDG de l'institut de sondages américain Gallup, n'est pas inquiet quant à l'avenir économique des Etats-Unis. Son avis diffère quant au gouvernement actuel et aux médias, qui selon lui, se trompent sur toute la ligne.

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Lors d'une interview récente avec un grand journal de la région de Los Angeles, un journaliste m'a demandé : "Les Etats-Unis sont-ils désormais en déclin permanent ?"

Ma réponse a été la suivante : "Non. Notre pays n'est pas en déclin permanent. Mais je crains que notre leadership ne le soit."
En effet, nos dirigeants à Washington sont en train d'échouer misérablement, et il y a peu de chances qu'ils redressent la barre.

Le chômage stagne à un niveau élevé et on assiste à une pathétique croissance du PIB d'à peine 1 % : le pays échoue sur deux des indicateurs économiques les plus importants. Les chiffres de la création de start-ups sont effroyablement bas, alors que l'évolution des start-ups est le seul indicateur pouvant véritablement prédire la grandeur ou la décadence des Etats-Unis.

Le problème est le suivant : la survie des Etats-Unis dépend de la création d'emplois et du PIB. Mais sur quoi la Maison-Blanche, le Congrès, les médias et les experts se concentrent-ils actuellement ? Les armes à feu, la réforme de l'immigration et les affaires étrangères. Ces sujets n'ont franchement rien à voir avec les principaux facteurs ou causes premières du déclin potentiel des Etats-Unis.
Pire encore, Washington et les médias sont en total décalage avec le public : lorsque Gallup a demandé aux citoyens américains de nommer le problème majeur du pays, ils ont répondu en majorité (à 42 %) l'économie en général ou bien le chômage et l'emploi. A peine 4 % ont pointé du doigt les armes à feu et 4 % ont blâmé l'immigration. Oui, vous avez bien lu. En ce qui concerne les affaires étrangères elles ne préoccupent que 6 % des américains (principalement des inquiétudes quant à la Corée du Nord, à l'aide extérieure et à l'attention portée vers l'étranger).
En outre, nos chiffres prouvent que la grande majorité des américains souhaitent que le Congrès et le président mettent la priorité sur l'emploi et l'économie.

Cela n'est pas étonnant. Presque 20 % des employés américains déclarent qu'il est "probable", voire "très probable" qu'ils perdent leur emploi ou soient licenciés dans l'année à venir, soit davantage que lors de la récession de 2008. De plus, plus de 2 employés américains sur 5 affirment que s'ils perdaient leur emploi, ils ne pourraient pas tenir plus d'un mois avant d'être confrontés à d'importantes difficultés financières.

Il est intéressant de remarquer que le troisième problème cité comme le plus important est le "mécontentement envers le gouvernement" (16 %). Cette donnée cache un message. Nos leaders concentrent leur temps et leur énergie au mauvais endroit. Si les leaders d'un pays se trompent sur leurs priorités et leurs hypothèses de base quant à ce qui doit être amélioré, les choses ne feront qu'empirer.

Notre fondateur, le docteur George Gallup, un homme doté d'un grand sens de l'engagement envers la démocratie, avait bien compris cela. Il a déclaré : "Si la démocratie dépend de la volonté du peuple, alors quelqu'un se doit de déterminer ce qu'elle est." Il n'a pas dit que les dirigeants devaient voter cette volonté au sein du Congrès, mais il estimait que ceux-ci ne devaient pas perdre de vue les souhaits et les besoins de 300 millions de citoyens américains.

Je dois avouer que je suis aujourd'hui très inquiet. Lors d'un voyage récent en avion, j'ai eu le temps de lire le Wall Street Journal, le New York Times et le Washington Post plus en profondeur que d'habitude. Cela m'a ouvert les yeux. Page après page, je n'ai trouvé que très peu d'articles qui traitaient de la principale préoccupation des citoyens : les emplois et l'économie. J'ai lu beaucoup d'articles sur l'immigration, bien qu'il y ait aujourd'hui autant de Mexicains qui traversent la frontière pour rentrer chez eux que de Mexicains émigrant aux Etats-Unis. J'ai lu des tas d'articles sur les armes à feu, alors que le taux d'homicide n'a jamais été aussi bas depuis 50 ans. Et bien sûr, beaucoup d'articles sur la Corée du Nord et la Syrie, qui n'ont rien à voir avec les problèmes les plus pressants des Etats-Unis.

Je m'adresse aux hommes politiques à Washington et aux médias : nous avons un problème. Vous êtes en décalage avec les citoyens de ce pays. Vous feriez mieux de vous attaquer à l'emploi, parce que si vous ne le faites pas, la réponse à la question "Les Etats-Unis sont-ils en déclin permanent ?" deviendra un "oui" sombre et meurtrier.


Traduction par Joséphine Dennery, JDN

Cette chronique traduite par le JDN a été publiée via le programme Influencers de LinkedIn, où s'expriment près de 300 leaders d'opinion. Retrouvez la version originale en anglais ici.

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