Investissements en France : les entreprises font-elles preuve de mauvaise volonté ?

Selon Michel Sapin, si les investissements sont en berne aujourd’hui, c’est parce que des entreprises se reposent sur leurs acquis. Une ligne de pensée bien arrêtée qui trouve cependant rapidement ses limites dans l’environnement économique actuel.

Certes, les charges de certaines entreprises ont baissé, mais leurs capacités de financements ont également plongé du fait de nouvelles règles prudentielles des banques. Loin de l’inactivité, l’entrepreneuriat français cherche des solutions et se dirige vers les marchés financiers. Les remontrances ministérielles pourraient avoir du mal à passer auprès des intéressés.

Baisse des investissements : la faute aux entreprises pour Michel Sapin

Le ministre des Finances, Michel Sapin, a profité d’un entretien à Libération dimanche 17 août dernier pour pousser ce qu’on appelle familièrement un coup de gueule : si les indicateurs économiques français sont aussi sombres ces dernières semaines, c’est en partie imputable aux entreprises du pays. « Nous leur donnons des moyens pour investir, embaucher, innover. Elles doivent saisir cette chance », a-t-il déclaré, persuadé que certaines entreprises profiteraient de la baisse de charges du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) sans investir en parallèle dans l’économie réelle.

En effet, malgré des efforts du Gouvernement pour relancer la croissance du pays, les chiffres de l’Insee du 14 août dernier sont sans appel : la compétitivité française est restée durant le deuxième trimestre 2014 au point mort. Un triste constat qui s’explique en partie par un nouveau recul de 0,8 % de l’investissement des entreprises par rapport au trimestre précédent. Est-ce pour autant la preuve d’une mauvaise volonté des entreprises à investir comme le laisse entendre Michel Sapin ? Rien n’est moins sûr. 

Entreprises et PME font de leur mieux sur les marchés financiers

Rappelons que si les entreprises ont vu leurs charges baisser ces dernières semaines, leurs capacités de financement sont restées très limitées alors même qu’obtenir un crédit bancaire est devenu la croix et la bannière depuis bien des mois. Avec la contraction des volumes, les banques préfèrent désormais placer leur argent en sécurité plutôt que de prêter aux entreprises. Si, selon une enquête de BpiFrance publiée le 29 juillet dernier, les PME sont une majorité à hésiter à investir aujourd’hui, ce n’est en aucun cas parce qu’elles préfèrent le profit au développement, mais bel et bien parce qu’elles sont les premières à pâtir des nouvelles règles prudentielles des banques.  

Les entreprises, et particulièrement les PME, n’ont pas baissé les bras et sont de plus en plus nombreuses aujourd’hui à se diriger vers les marchés financiers, faisant par la même occasion mentir le ministre des Finances. On assiste depuis plusieurs mois à une croissance des introductions boursières de PME qui ont compris que le moyen de se financer le plus efficace n’était plus aujourd’hui le crédit bancaire. Pour Dominique Cerutti, PDG d’Euronext, il n’y a aucun doute sur l’initiateur de cette explosion des IPO : « la croissance des IPO a été boostée par la création il y a un an du marché EnterNext,  qui a permis de positionner la bourse comme une source de financement pour les PME ». Au premier semestre 2014, pas moins de 24 PME et ETI se sont introduites en bourses, contre seulement 10 sur toute l’année 2013. La Bourse de Paris a enregistré sur la même période 22 IPO d’entreprises qui ont réussi à lever 4,9 milliards d’euros.

Loin de se tourner les pouces en profitant des bienfaits des réformes gouvernementales, les entreprises du pays se sont mobilisées et les remontrances de Michel Sapin pourraient bien ne pas passer auprès d’un secteur qui a encore du mal à se sortir de la crise économique. Une crise économique qui a finalement laissé sa place à une « crise de confiance » selon le ministre des Finances allemand Wolfgang Schäuble qui, dans un entretien aux Échos, émet une  conclusion aux antipodes des déclarations de Michel Sapin : « quand on traverse une crise de confiance, ce n’est pas très simple de s’en sortir. Le principal en matière d’économie, c’est la psychologie ». Si le pacte de responsabilité est une preuve du droit chemin que commence à prendre la politique économique française, tant que le climat économique français ne se sera pas clairement amélioré, les investissements ne pourront pas remonter et les entreprises n’ont aujourd’hui aucune influence sur cet état de fait.

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