L’amour et les données sont dans le pré

La France est la première puissance agricole en Europe. C’est donc tout naturellement que ce pays plein de richesses humaines, patrimoniales, gastronomiques et d’initiatives innovantes se place en tête des early-adopters pour les nouvelles technologies.

Il existe certes un paradoxe entre cette place de choix dans le domaine de l’adoption des objets connectés dédiés à l’agriculture et la couverture des réseaux ADSL, 3G et 4G mais on peut imaginer que le déploiement de ces moyens de communication viendra une fois les communes les rentables équipées et reliées à Internet par tous les moyens possibles…

On peut considérer cet Internet des Objets comme la troisième révolution agricole. L’agriculture a connu 2 autres révolutions qui ont changé à jamais la façon de nourrir la population :

  • Au XVIII ème siècle : la rotation des cultures et la mise en jachère
  • Au XX ème siècle : la mécanisation agricole.

Aucun doute que cette troisième révolution aura elle aussi une importance qui marquera un tournant décisif entre le monde agricole d’hier et celui d’aujourd’hui et demain.

Agriculture connectée : de quoi s’agit-il exactement ?

L’agriculture connectée recoupe de nombreuses solutions qui visent toutes à améliorer les conditions de travail des agriculteurs et accroître productivité et compétitivité. Aujourd’hui un exploitant agricole équipé peut s’appuyer sur la robotique agricole, des drones, des capteurs, des idées de production innovantes, des programmes de recherche, des logiciels, des applications mobiles, etc.

Voyons un peu plus dans le détail ces outils 2.0. Pour expliquer ce qu’est la robotique agricole, prenons quelques exemples simples :

  • Les tracteurs bénéficiant de l’auto-guidage
  • Les machines connectées qui permettent de modifier à distance la hauteur de la coupe, la trajectoire.
  • Les robots maraîchers qui suivent l’agriculteur et servent de chariots et les robots qui analysent en permanence les sols.
  • Les robots de traite des vaches.
L’ère des drones a sonné !

Parrot, entreprise française leader mondial des drones propose Sequoia pour réaliser une cartographie extrêmement précise des cultures à partir de photos infrarouges. Un code à 4 couleurs permet de déterminer les parcelles qui ont besoin d’apports de nutriments, celles qui sont attaquées par des nuisibles et enfin celles qui ont besoin d’être irriguées.

 Pas besoin cependant d’acheter un drone ni d’apprendre à le piloter : l’agriculteur peut passer par un prestataire pour à peine plus de 10 euros par hectare survolé.

Des capteurs connectés même là où on ne penserait pas en trouver

Les capteurs placés sur chaque parcelle permettent de recevoir des informations telles que la météo (température de l'air, pluviométrie, hygrométrie, force du vent) exceptionnellement géo-localisées puis de les transmettre en temps réel. Ces capteurs intelligents facilitent la prise de décision mais ouvrent également la voie à une meilleure planification du travail (en sachant le meilleur moment pour semer, pour irriguer, pour traiter, pour récolter). Ces informations précieuses ont aussi un impact positif sur l’environnement : terminé l’utilisation excessive d’engrais ou de pesticides, place à une agriculture raisonnée !

Plus étonnant, certains capteurs insérés dans les animaux indiquent lorsque l'animal est le plus fécond, lorsque le veau va naître, ...

En France on n’a pas de pétrole… Mais on ne manque pas d'idées pour améliorer la production. À l'image de la startup Agricool qui amène une innovation : faire pousser 3 600 plans de fraises sur 32 m² dans des containers. Les fraises recevant un éclairage par LED, de l'engrais bio et de l'eau par brumisateurs et tout cela commandé à distance. Résultat : un rendement 120 fois supérieur à une culture classique.

Côté recherches : on prend de l'avance. La France dispose de plusieurs digifermes offrant la possibilité aux entreprises de finaliser leurs solutions, robots, applications, etc. en plaçant en situation réelle prototypes d’objets connectés ou versions bêta de leurs logiciels. C'est une formidable opportunité pour les entreprises et startups de tester avec de véritables utilisateurs du monde agricole leurs concepts et les valider avant commercialisation.

Pour les agriculteurs c'est l'occasion de se former et partager techniques et contraintes avec les fournisseurs des solutions 2.0 de demain.

Logiciels et applications : recevoir et traiter les informations

Les logiciels et les applications disponibles sur ordinateurs, smartphones et tablettes ont pour vocation d’optimiser le traitement des données émises par tous ces capteurs, robots, drones, etc. Certains sont même conçus et mis à disposition par les chambres d’agriculture.

Il s’agit de pouvoir stocker, analyser ou partager des informations telles que les intrants utilisés, la quantité épandue, la météo sur chaque parcelle, le suivi des coûts de production, un suivi des cours en direct, une projection des revenus à venir,…

Le métier d’agriculteur est en pleine mutation et l’accès aux technologies du futur dès aujourd’hui a apporté un regain d’intérêt des jeunes pour ce métier ô combien essentiel pour la planète. Cette smart agriculture prend encore plus en compte le volet environnemental, optimise le temps de travail, renforce productivité et compétitivité mais il reste 2 freins à une adoption massive de toutes ces technologies 2.0 : la formation et le coût d’investissement.

Pour bien faire, les lycées qui forment les futurs fermiers se doivent de dispenser des cours sur ces objets connectés pour les rendre familiers et préparer les élèves à leur utilisation sur le terrain. La formation continue étant assurée par des MOOC. Le coût d’investissement pour recourir à cette technologie n’est pas non plus anodin (près de 9 500 euros pour payer un drone Ebee SQ, plus de 300 euros par station météo Sencorp plus un abonnement mensuel de 6 euros, …)

Avec un revenu moyen de 25 500 euros par an pour les agriculteurs français de moyennes et grandes exploitations, il est évident que s’équiper passera par des aides européennes, des réductions fiscales ou de charges. Rêvons un peu et si les aides favorisaient l’expansion de l’agriculture de précision, la smart agriculture ?

Quel modèle économique et de société finalement ?

Tous ces objets produisent des données qu’il faut bien entendu collecter et traiter. C’est probablement là que se situe le principal défi à relever : la définition d’un modèle économique et sociétal.

C’est le monde agricole qui fabrique ces données à partir de ses usages, de sa façon de travailler et de ses choix. Peut-on donc l’en déposséder ou au contraire faire en sorte que ces données soient partagées entre agriculteurs ou même de manière universelle ?

Pour transposer le choix qu’il faut faire, imaginons que ces données soient des connaissances ! Est-il préférable d’enfermer ces connaissances dans une encyclopédie payante de type Universalis ou plutôt la partager universellement dans une encyclopédie collaborative de type Wikipédia ?

Pour approfondir le sujet, je vous invite à parcourir le livre blanc «  Les défis de l’agriculture connectée dans une société numérique ».

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