Les logiciels et véhicules autonomes transforment l’industrie automobile et notre vie

Quelles seront les conséquences les plus probables de cette évolution pour les consommateurs et pour une industrie automobile plus que centenaire ? Que doivent faire les constructeurs pour éviter de se retrouver sur la touche ?

Avant même d’élaborer la moindre prophétie véritablement pertinente sur l’avenir de la voiture autonome, il est nécessaire de s’intéresser aux conséquences dans leur ensemble, d’imaginer les résultats potentiels suivants et leur impact :

Diminution considérable des décès, des blessures et des frais médicaux : les véhicules autonomes peuvent éviter la plupart des accidents provoquant chaque année la mort de plus de 1,24 million de personnes dans le monde.[i] Des études montrent en effet que 95 % de ces accidents sont dus à des erreurs humaines : même en tenant compte des erreurs logicielles, le taux de blessures serait bien inférieur à celui d’aujourd’hui. En outre, les frais médicaux seraient alors considérablement réduits, de même que les cas de dégâts matériels irrémédiables et la baisse de productivité.

 

Chute de la possession individuelle de véhicules : les véhicules autonomes favoriseront l’avènement d’un nouveau modèle de mobilité sous forme de service où le consommateur se contentera de commander en ligne un service de location. Ce service sera alors rendu possible par un parc omniprésent de véhicules autonomes. La personnalisation de l’expérience automobile proviendra non pas du constructeur ou du modèle, mais de la vie à bord de la voiture, grâce au logiciel – au travers de l’offre multimédia et des services connectés à disposition.

Assurance auto, (places de) parkings... pour quoi faire ? Plus besoin d’assurance auto si de plus en plus de consommateurs choisissent de ne plus acheter de voiture. En outre, les biens immobiliers servant de parking seront également affectés par cette évolution : en effet, bien que les flottes de vehicules autonomes auront encore forcément besoin de se garer, il sera possible de le faire dans des parcs situés hors des zones à forte concentration de population. Les répercussions économiques de cette tendance sont donc clairement impressionnantes.

Les embouteillages ? Un lointain souvenir : avec l’avènement des véhicules autonomes, les progrès en matière de gestion du trafic et de covoiturage contribueront à réduire les embouteillages. Les voitures arriveront plus vite à leur destination car elles utiliseront des logiciels pour tout optimiser : des itinéraires aux communications avec d’autres véhicules et  l’infrastructure routière. À cause des embouteillages, les Américains passent plus de 4,8 milliards d’heures et gaspillent 7,2 milliards de litres de carburant par an, soit l’équivalent de 101 milliards de dollars par an.[ii]

Impact environnemental – des progrès majeurs pour la planète : la plupart des experts s’accordent à dire que la vaste majorité des véhicules autonomes seront électriques. Même avec des méthodes de production traditionnelles, les voitures électriques modernes proposeront une consommation energétique équivalant à 2 litres d’essence par 100km, et la production d’électricité reste de toute façon bien plus écoresponsable que celle d’essence. Cela correspond à des économies de près 50 % par rapport aux automobiles classiques.

 

L’IMPACT SUR LA CHAÎNE DE VALEUR DE L’INDUSTRIE AUTOMOBILE

Les prédictions et statistiques citées ci-dessus ne sont que la partie émergée de l’iceberg pour les consommateurs. L’essentiel est que ces changements pourraient bien également transformer en profondeur l’industrie automobile, et même l’économie mondiale.

L’industrie automobile est en pleine révolution logicielle. La nouvelle génération de véhicules, qu’ils soient autonomes, connectés, partagés ou électriques, sont pilotés et se différencient à ce niveau. Les logiciels ont donc changé la donne.

Les constructeurs peinent encore à se faire à l’idée que l’automobile est devenue une plate-forme de déploiement pour des innovations logicielles. Ils se rendent progressivement compte de la place de plus en plus essentielle que les logiciels ont prise dans les fonctionnalités, l’expérience et les tendances relatives à leurs véhicules (du tableau de bord au groupe motopropulseur en passant par les systèmes de sûreté de fonctionnement et d’infodivertissement embarqué). La valeur perçue d’un pourcentage croissant d’automobiles devrait ainsi être directement liée aux logiciels intégrés. Les constructeurs sont donc de plus en plus confrontés à la nécessité de mieux les « contrôler », mais pour cela, il leur faudra opérer une véritable transformation.

Beaucoup de constructeurs ont donc choisi d’investir dans des sociétés spécialisées dans les logiciels pour accélérer leurs processus d’innovation et découvrir les ficelles de cette industrie (c’est le cas de Renault avec son projet d'acquisition portant sur des activités de R&D françaises d'Intel spécialisées dans les logiciels embarqués). D’autres investissent dans de nouveaux écosystèmes de partenaires afin d’adopter de nouveaux modèles économiques. Par exemple, GM a lourdement investi dans Lyft, Toyota a également injecté des capitaux dans Uber, et Volkswagen dans Gett.

Quelles seront les autres conséquences de cette transformation et de cette maturité numérique pour l’industrie automobile ? Tout d’abord, les transactions linéaires entre les fournisseurs, les constructeurs et les clients devront être remplacées par un modèle plus dynamique. La bonne nouvelle est que les innovations de l’ère connectée peuvent profiter à l’ensemble de l’écosystème automobile. Les nouvelles fonctionnalités de ces logiciels permettront aux partenaires de la chaîne de valeur de communiquer et de collaborer plus efficacement en temps réel. Les entreprises entièrement dotées de technologies connectées et intelligentes pourront organiser d’innombrables chaînes de valeur en parallèle et aligner leurs offres aux tendances de façon dynamique, à mesure qu’elles émergeront.

LES PREMIÈRES ÉTAPES DE LA TRANSFORMATION

Connectivité croissante, conduite automatisée, croissance exponentielle des volumes de données et nécessité de les gérer... Un grand nombre de facteurs complémentaires s’aligne, et les systèmes automobiles sont plus complexes que jamais. Il devient donc essentiel de développer des logiciels favorisant des interconnexions et interactions toujours plus intelligentes entre les différents systèmes au sein de, et autour des véhicules. En résumé, les constructeurs sont désormais des éditeurs à part entière, qu’ils en soient conscients ou non. Les logiciels et la connectivité représentent une part de plus en plus importante de la chaîne de valeur de l’automobile, et les futures innovations en la matière et relatives à l’Internet des Objets devraient être source d’avantages concurrentiels et de valeur stratégique.

Quelle importance les individus accordent-ils à ces fonctionnalités logicielles ? Une enquête réalisée par Tesla montre que les consommateurs aux États-Unis, en Allemagne et en Chine seraient tous prêts à débourser 3 000 dollars pour enrichir leur véhicule d’un système de pilotage automatique.

Les constructeurs en pleine transformation numérique doivent adopter des capacités et des innovations logicielles disponibles aujourd’hui, tout en travaillant activement sur leur vision à long terme. Cette dernière peut couvrir la transformation de connaissances issues du Big Data en de meilleures opportunités stratégiques ; l’utilisation étendue de technologies SMAC (sociales, mobiles, analytiques et cloud) ou l’exploration des opportunités offertes par l’Internet des Objets.

Un bon point de départ pour les constructeurs tournés vers l’avenir consisterait à se focaliser sur l’intégration logicielle. Jusqu’à aujourd’hui, l’évolution de la voiture autonome s’est faite de façon décousue : beaucoup de fonctionnalités logicielles ont été développées dans le cadre de projets académiques ponctuels, souvent par des équipes de recherche réduites avec peu d’expérience de la production d’éléments spécifiques pour le monde de l’automobile. D’autres éléments (tels que les logiciels des combinés d’instruments, des systèmes d’infodivertissement, des calculateurs d’aide à la conduite, des systèmes télématiques ou encore des fonctions du groupe motopropulseur) évoluent séparément et ne sont pas correctement intégrés. Il faut donc une plate-forme capable d’intégrer les différents éléments logiciels, capteurs et systèmes de conduite du véhicule autonome.

Les systèmes très distribués utilisant une multitude de capteurs et d’unités de commande électronique pour assurer des fonctions limitées d’aide à la conduite (aide au stationnement, régulation de vitesse, détection d’angles morts, correction de trajectoire, freinage et assistance d’urgence) devront devenir des systèmes plus centralisés. Ils supporteront de nouvelles fonctions telles que le stationnement autonome, le maintien de trajectoire, l’arrêt d’urgence, la communication entre véhicules (V2V) et de véhicule à infrastructure (V2I), la navigation avancée, les hotspots Wi-Fi, ainsi qu’un ensemble de nouvells fonctions d’aide à la conduite. Cela signifie que les différents systèmes complexes au sein du véhicule devront communiquer et fonctionner ensemble afin d’obtenir les capacités connectées avancées de la voiture de demain, tout cela de façon sécurisée.

En outre, deux réseaux distincts évoluent actuellement séparément : le réseau embarqué (ou « cloud intra-véhicule ») et le vaste réseau externe du monde extérieur, autrement connu sous le nom d’Internet des Objets. Sur le long terme, la plate-forme logicielle interne devra soutenir la convergence de ces deux réseaux.

Tandis que les véhicules deviennent toujours plus intelligents, les constructeurs doivent également commencer à tirer parti de l’analyse de Big Data pour des applications de plus en plus variées. Compte tenu des énormes volumes de données circulant vers et depuis les voitures, ils ont désormais l’opportunité de collecter ces informations et de les transformer en connaissances exploitables pour faciliter la prise de décision. Par exemple, ils pourraient utiliser des capacités d’analyse en temps réel pour déterminer et offrir des services à la demande appropriés aux consommateurs. Des diagnostics et des données sur l’utilisation des véhicules leur permettraient également de découvrir comment améliorer leurs performances et réduire leurs coûts d’usage. 


[i]. Organisation mondiale de la santé. Rapport de situation sur la sécurité routière dans le monde. Mai 2016.

[ii]. Texas Transportation Institue. Rapport sur la mobilité urbaine.


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