Paiements instantanés et gestion de liquidité : les banques doivent agir

Avec la mise en œuvre du système de paiement instantané paneuropéen prévue pour novembre prochain, les paiements en temps réel sont sur le point de devenir une réalité pour de nombreux particuliers et entreprises en Europe.

De nombreux établissements bancaires et prestataires de services de paiement (PSP) élaborent actuellement des études de cas relatives aux paiements immédiats. Ils engagent ou s’apprêtent à engager de lourds investissements informatiques afin d’être prêts à affronter le nouveau monde de la banque en temps réel.

La gestion des liquidités, une question essentielle

Si vous avez déjà eu l’occasion de voir un service de trésorerie à l’œuvre, vous savez qu’il s’agit d’une mécanique impressionnante : une série d’écrans affichent des graphiques complexes, des courbes et des alertes, qui interagissent en parfaite symbiose pour répondre aux exigences imposées par une stratégie de gestion de trésorerie efficace et évoluant rapidement. Il revient au trésorier de gérer la liquidité de la banque aussi efficacement que possible, tout en jonglant avec les contraintes des différents services, en répondant aux divers mouvements sur les titres liés à TARGET2 et en plaçant l’excédent de liquidité dans les toutes dernières minutes de la journée.

 

Mais la mission du trésorier est encore plus complexe lorsqu’il ne peut se fonder sur aucune prévision et qu’il est dans l’incapacité d’anticiper une sortie de cash parce qu’il utilise une nouvelle méthode de paiement. Quelles sommes placer ou conserver disponibles pour d’autres transactions ? Bienvenue dans le monde des paiements immédiats : le pire cauchemar du trésorier. Mais est-ce vraiment le cas ?   

La réglementation ouvre de nouveaux défis en matière de gestion de liquidité

La problématique des paiements immédiats ne concerne pas uniquement la technologie. L’état d’esprit et le mode d’organisation d’une institution financière (IF) doivent évoluer afin de répondre à cette nouvelle approche de la gestion de la liquidité. La mise en œuvre des paiements immédiats s’accompagne d’un risque important de dépassement des budgets et des calendriers de projets, les IF n’ayant pas pris la mesure de la complexité qu’un tel déploiement suppose. Cela ne se limite pas à la modernisation des infrastructures existantes et à la mise en place de quelques alertes. Ce nouveau scénario trépidant ne serait pas complet sans la prise en compte d’un autre élément important du nouveau système des paiements instantanés : la réglementation Bâle III et les nouveaux principes de liquidité intraday.

 

Les trésoriers doivent y répondre en gérant la liquidité avec précision, en suivant la liquidité intraday en temps réel, et en optimisant les opérations de compensation et de règlement afin qu’elles puissent fonctionner 24/24h, 7 jours sur 7, 365 jours par an. Telle sera la situation en Europe en novembre 2017, lorsque le règlement européen entrera en vigueur et que le système sera déployé dans toute l’Europe. Les banques qui ne se seront pas préparées seront à la traîne.

Quelques bonnes nouvelles pour les trésoriers 

Pour autant, quelques bonnes nouvelles attendent les trésoriers. Voilà plusieurs années que, dans certains pays tels que le Royaume-Uni, les IF cohabitent avec la gestion de la liquidité en temps réel. Si la solution n’est pas complexe, elle impose néanmoins une bonne compréhension de la situation. Cela requiert d’équiper le service de contrôle financier, la Control Room, d’une solution consolidée qui permette en priorité de traiter des volumes de transactions importants, de garder la main sur tous les processus de compensation et de liquidité, de mouvementer en temps réel les comptes techniques, et de conserver la bonne réserve de liquidité le week-end, les jours fériés, la nuit et dans tous les autres cas où le système de paiement à règlement brut en temps réel (RTGS) n’est pas disponible. Des systèmes d’alerte et des outils de suivi précis sont indispensables dans la Control Room d’aujourd'hui. Enfin, il est capital de prendre en compte les participants indirects, qui ont besoin d’accéder à des fonctionnalités supplémentaires pour utiliser la liquidité rattachée aux BIC accessibles qui sont connectés.

La BCE développe actuellement un système de règlement des paiements instantanés pour limiter le risque de liquidité. Ce service, baptisé TIPS (Target Instant Payment Settlement), sera ouvert à tous les membres du nouveau système paneuropéen d’ici à la fin 2018. Il soulève une grande confusion auprès des PSP. Certains pensent qu’ils doivent attendre le TIPS pour passer aux paiements instantanés. C’est une erreur. Les banques peuvent et doivent rejoindre le système paneuropéen dès que possible. Lorsque le TIPS sera déployé en 2018, le règlement passera du système de paiement immédiat (IP) au service TIPS, sans nécessité de procéder à de nouveaux investissements, sous réserve que les participants aient fait le choix d’une solution IP qui leur permette de procéder de la sorte.

Les banques doivent se préparer dès à présent au temps réel. Celles qui aujourd'hui forment et sensibilisent sur l’offre en temps réel seront les mieux placées pour profiter des atouts que procurent la position de précurseur, et des nouvelles opportunités que l’environnement des paiements en temps réel leur ouvrira.

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