Ce que cache la boulimie d'investissements de MAIF Avenir

L'assureur se forge une place de choix sur le créneau de l'économie collaborative, dans lequel il voit de nouvelles perspectives business et un moyen d'accompagner sa transition numérique.

En un an seulement, MAIF Avenir est devenu l'un des acteurs les plus actifs du capital-risque dans l'Hexagone. Créé en juillet 2015 et doté de 125 millions d'euros pour trois ans, le fonds a déjà réalisé 15 investissements et s'est engagé à hauteur de 44 millions d'euros (dont 33 millions investis directement dans les 15 start-up et 11 dans d'autres fonds de capital-risque). Et le rythme d'investissements ne faiblit pas : MAIF Avenir travaille sur plusieurs investissements qui pourraient être bouclés avant octobre prochain, pour une enveloppe globale de 18 à 20 millions d'euros, révèle au JDN Nicolas Boudinet, directeur général du fonds et secrétaire général de la MAIF.

Le fonds souhaite investir sur trois créneaux : économie collaborative, digital (UX, app mobile, web, social) et innovation (objets connectés, assurtech, fintech). Mais c'est clairement le premier secteur qui a pour l'instant raflé la mise. Parmi les start-up au portefeuille du fonds : le site de location de voitures entre particuliers Koolicar, ceux d'échange de maisons GuesttoGuest et de location entre particuliers Locat'me, le réseau social de proximité Monptivoisinage, le réseau de prêt d'objets Mutum, le site d'autopartage Travelercar et celui de parkings partagés Zenpark, les sites de covoiturage Sharette et Covoiture-art.

MAIF Avenir devient l'assureur des plateformes d'économie collaborative

"MAIF Avenir est né de l'idée que l'on doit mettre en œuvre des moyens de pivoter sur des activités nouvelles, explique Nicolas Boudinet. Notre philosophie d'investissement, c'est de choisir des entreprises avec lesquelles on va développer des partenariats et qui vont offrir des services à nos sociétaires. L'économie collaborative a du sens pour la MAIF car elle révèle des nouveaux modes de consommation qui transforment le métier d'assureur et bouleversent la propriété."

MAIF Avenir est ainsi devenu l'assureur de Koolicar, GuesttoGuest, Mutum, Zenpark et TravelerCar. "Cela représente quelques centaines de milliers d'euros de chiffre d'affaires par an", minimise Nicolas Boudinet. Marginal pour un groupe comme la MAIF, "mais cela a le mérite d'exister". C'est surtout un moyen pour la MAIF d'entrer en contact avec de nouveaux sociétaires et d'investir de nouveaux secteurs. "Progressivement, nous voulons intégrer les services de l'économie collaborative à nos offres", prévoit le directeur général. Pour l'instant, la MAIF se contente de les conseiller à ses sociétaires, par exemple dans la gestion de sinistres : "On recommande Mesdepanneurs.fr pour un problème de serrurerie si la personne n'est pas couverte par son contrat d'assurances, par exemple. On travaille aussi sur des solutions de stockage en cas d'inondation."

Investir dans des assurtech pour se challenger

Outre l'économie collaborative, MAIF Avenir assure vouloir investir dans des fintech et assurtech pour disrupter son modèle. Mais les exemples sont plutôt rares jusqu'ici. L'assureur a bien investi 500 000 euros dans l'assureur P2P Inspeer, qui a du mal à décoller, pour "les aider, s'inspirer de ce qu'ils font dans une logique d'auto-disruption et se challenger nous-mêmes". Le fonds a aussi soutenu Cbien, service d'inventaire pour ses biens personnels et Payname –tout juste rebaptisé Morning- qui a récemment pivoté de l'appli de paiement à la néo-banque. "Il est vrai que jusqu'ici, nous avons plutôt misé sur la diversification que sur des services d'assurance disruptifs, reconnait Nicolas Boudinet. Mais le secteur est encore très peu mature en France et nous préférons mener en interne des projets d'auto-disruption. Par ailleurs, les services d'économie collaborative bouleversent eux-aussi le secteur à leur manière en nous amenant vers de nouveaux modèles d'assurance."

Difficile de faire un bilan clair du retour sur investissement du fonds depuis un an. "Le but du fonds MAIF Avenir n'est pas le ROI". "Nous n'avons même pas défini de multiple de référence pour les sorties", explique Nicolas Boudinet.

Sharette, racheté par Citygoo, n'a pas fonctionné

Toujours est-il que, moins d'un an après les premiers investissements, quelques échecs se dessinent déjà, comme celui de Sharette, revendu il y a quelques jours à Citygoo. "Nous n'y avions investi qu'un petit ticket de 100 000 euros car nous doutions de la philosophie finale du projet et nous ne voulions pas soutenir un Uber-like, se souvient Nicolas Boudinet. Je crois que l'on a perdu notre mise, ou bien que l'on a juste été remboursé, toujours est-il que cela ne fonctionnait pas." De manière générale, le DG assure que les start-up sur lesquelles MAIF Avenir a peu misé n'ont pas vraiment décollé, "à croire que l'on devrait toujours suivre notre instinct".

Mais plusieurs start-up du portefeuille se portent très bien. "Globalement, nous nous attendons à des valorisations supérieurs lors du second tour de table sur la plupart d'entre elles", note le directeur général" Cela a été le cas de Koolicar, qui a signé sa seconde levée de fonds de 18 millions d'euros en avril auprès de PSA, à laquelle MAIF Avenir a de nouveau participé. "Ce sera probablement bientôt le cas aussi de Numa et de GuesttoGuest", prévoit Nicolas Boudinet. Lors de chaque investissement, MAIF Avenir vise une prise de participation lui donnant une minorité de blocage, à 33 ou 34% du capital, "mais en réalité la moyenne de la participation est plutôt de 20%", confie le DG.

Agrégateur de comptes et crowdfunding

Pour asseoir sa stratégie, MAIF Avenir commence à se professionnaliser : "Nous sommes en train de recruter un manager de fonds, qui comptera aussi à terme deux ou trois analystes, tout en conservant l'implication forte des équipes internes qui s'occupaient jusqu'ici du sourcing", décrit Nicolas Boudinet.

Dans les mois à venir, MAIF Avenir entend diversifier son portefeuille, notamment en poussant davantage sur l'univers des fintech. "Nous sommes déjà présents sur le bloc du paiement avec Morning, et nous allons lancer un agrégateur de comptes en partenariat avec la start-up Linxo. Nous visons aussi le crowdfunding", explique le directeur général. Le fonds annoncera également des investissements fin 2016 ou début 2017 dans le domaine du sport, pour proposer des garanties assurantielles et des services spécialisés." Enfin, le DG dévoile que le récent investissement dans Cozycloud ne sera pas le dernier dans l'univers de la gestion des données…

 

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