Lisk, la blockchain plus simple et plus rapide qui concurrence Ethereum

La crypto-monnaie a levé près de six millions de dollars et soulève l’intérêt des développeurs et spéculateurs.

Certes, les 27,6 millions d'euros de capitalisation de Lisk sont encore bien loin des 833 millions d'euros d'Ethereum. Mais la blockchain créée par deux anciens d'Ethereum présente des qualités qui fascinent les adeptes, au point de lever 5,7 millions de dollars dès sa création en mars dernier, lors de la plus importante levée en crowdfunding pour une crypto-monnaie.

Si Lisk séduit tant, c'est d'abord grâce à sa promesse phare : les développeurs n'ont pas besoin d'apprendre de nouveaux langages pour coder des applications (comme avec Solidity sur Ethereum) car la programmation se fait en Javascript. Ils peuvent donc prendre en main Lisk plus facilement. Un énorme avantage quand on sait que l'un des principaux freins au développement d'applications des industries sur la blockchain réside dans le manque d'experts capables d'y travailler.

Ceci dit, souligne David Teruzzi, expert en bitcoin, la vraie difficulté pour les développeurs est moins la prise en main du langage que le développement de la blockchain en elle-même : "C'est un travail complexe de par sa structure même. La vraie difficulté à laquelle sont confrontés les développeurs, c'est de créer une application qui tourne dans un réseau peer-to-peer compliqué à faire évoluer."

Plus rapide qu'Ethereum ou Bitcoin

Lisk se différencie aussi des autres blockchains par l'utilisation de "side chains" : "Les applications créées ne vivent pas vraiment dans la blockchain, ce sont des satellites qui gravitent autour d'elle", explique David Teruzzi. Lorsque la side chain est impactée par un évènement, Lisk reste quant à elle immuable. Ce fonctionnement permet à Lisk de revendiquer des opérations bien plus rapides que le Bitcoin ou Ethereum car la charge des side chains n'impacte pas sa vitesse.

La vérification n'est pas aussi complète que sur Ethereum

"La logique est très différente d'un programme Ethereum qui vit vraiment dans la blockchain, souligne David Teruzzi. Avec Lisk, on crée un nouveau noeud avec une side chain, et cela a moins d'impact sur le coeur de la blockchain, mais cela remet en cause la décentralisation et la vérification du contrat, qui n'est pas aussi complète que sur Ethereum".

Lisk diffère aussi par sa manière d'approuver les transactions, le "proof of consensus". Ethereum se repose de son côté sur la "proof of work" (ceux qui décident sont ceux qui calculent le plus) et s'apprête à basculer sur une "proof of stake" (ceux qui prennent les décisions sont ceux qui possèdent la monnaie et donc n'ont pas intérêt à casser le système). Lisk, de son côté, mise sur une "delegated proof of stake" : la blockchain délègue les décisions à 101 "noeuds" seulement, élus par les autres et qui peuvent être révoqués à tout moment si leur travail et leurs décisions sont mauvais. "L'efficacité de Lisk est supérieure car moins d'acteurs entrent en jeu pour valider les transactions", explique David Teruzzi.

La solidité de l'équipe en question

Lisk pourra-t-elle rivaliser avec Ethereum ? A terme, pourquoi pas. Mais la blockchain est encore bien trop peu mature. En version béta depuis mai, sa date de mise en production n'est pas encore connue. Surtout, les observateurs ne savent trop quoi penser de sa technologie car Lisk n'a pas encore publié de "white paper" qui expliquerait son fonctionnement, contrairement aux usages habituels avant même le lancement d'une nouvelle blockchain publique. "Cela ne donne pas vraiment confiance. Peut-être veulent-ils cacher une idée géniale, mais ce n'est pas vraiment normal pour un projet open-source", regrette David Teruzzi.

L'absence de white paper pose aussi des questions sur la solidité de l'équipe -le CEO de 24 ans, Max Kordek, qui vit en Allemagne, n'a encore jamais rencontré son cofondateur britannique et l'équipe est encore restreinte à six collaborateurs. D'autant que le lancement fin mai de Lisk en version béta a été entaché d'une attaque DDOS qui, si elle n'a pas remis en question la blockchain en elle-même, interroge sur les dispositions prises par l'équipe pour prévoir ce genre d'attaques fréquentes.

Tester la blockchain en attendant plus de maturité

Par conséquent, les développeurs sont pour l'instant plutôt invités à tester la blockchain pour l'éprouver plutôt que de se lancer sur de vraies applications et business. "Lisk présente du potentiel, mais pose encore beaucoup de questions", note David Teruzzi.

Si Ethereum et Lisk se prêtent à la création du même type d'applications, très nombreuses (certification de diplômes, propriété intellectuelle, finance…), le choix de l'une ou de l'autre reposera probablement de toute façon sur une logique différente : "Cela dépend si les développeurs souhaitent mettre en avant la décentralisation d'Ethereum ou la facilité de prise en main de Lisk, par exemple", décrit David Teruzzi. Des choix qui pourront se révéler lors de la mise en production de Lisk.

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