La sharing economy provoquera le prochain big bang de l'assurance

Des start-up lancent des produits flexibles et à la demande pour répondre aux besoins induits par l'économie collaborative. De quoi séduire les assureurs traditionnels qui peinent à s'adapter.

Avec l'explosion de l'économie collaborative, l'assurance de demain reposera davantage sur l'usage et moins sur la propriété. De quoi proposer un sérieux défi au secteur. Car "l'économie collaborative pose un problème assurantiel, explique Jean-Claude Sudre, expert assurtech et auteur du blog Assurance du futur. Lorsque les biens sont échangés, l'assureur a moins de visibilité sur le rapport entre l'utilisateur et l'objet, sur la durée du prêt… Cela modifie les contrats". Surtout, l'économie collaborative change l'estimation du risque : "Dans le cas du prêt ou de la location, l'assureur ne dispose d'aucun historique sur le loueur pour évaluer le risque."

Les assureurs s'allient avec les plateformes collaboratives ou entrent au capital

Les assureurs traditionnels, conscients de l'enjeu, commencent à se frotter au secteur. La Maif investit massivement dans des start-up de la sharing economy, comme les plateformes de prêt de voitures Koolicar et TravelerCar, d'échanges de maisons GuesttoGuest, de prêt et d'emprunt d'objets Mutum, de parkings partagés Zenpark… Autre pratique, davantage répandue : nouer des partenariats pour assurer les utilisateurs de ces plateformes, comme la MAIF avec la plupart des start-up qu'elle soutient, ou Allianz avec Drivy, AXA avec Blablacar. Mais "c'est d'abord un moyen pour eux de valoriser leur image et de cibler une nouvelle clientèle", estime Amal Benichou, consultante chez Accenture. Et de se préparer pour un marché énorme : "L'économie collaborative pesait 20 milliards de dollars en 2014 et pourrait atteindre 350 milliards dans 10 ans."

En parallèle, des start-up s'intéressent au sujet. Loin de se contenter d'adapter les offres existantes à l'économie collaborative, elles en repensent entièrement les formats pour mieux répondre à la demande naissante. "Les assureurs doivent proposer des interfaces utilisateurs plus agiles, des contrats modulables et une estimation de risque différente, note Jean-Claude Sudre. On observe ainsi une tendance forte de création d'assurances aux durées plus courtes, à la souscription simplifiée et qui proposent la possibilité de modifier très facilement sur mobile la durée ou de stopper le contrat."

Trov propose une plateforme d'assurance "à la demande" pour protéger des objets précis pour un temps donné.

L'américain Trov propose notamment une plateforme d'assurance "à la demande" pour protéger des objets précis pour un temps donné. Pratique pour assurer son appareil-photo quand on part en randonnée, par exemple. Mais aussi pour le louer à un particulier inconnu. Cuvva, de son côté, permet de s'assurer pour quelques heures pour conduire la voiture d'un ami. Et Slice, dont le lancement officiel ne saurait tarder, annonce une "assurance à la demande pour l'économie à la demande", qui permet de ne payer que lorsque "l'on participe au monde on-demand", et de l'activer ou la désactiver en un clic.

Les assureurs traditionnels étudient de près ce type d'offres, difficiles à lancer en interne. Ces interfaces sont compliquées à mettre en place pour des acteurs qui doivent compter sur leurs legacy systems. "Généraliser des expérimentations et les intégrer à un applicatif plus large reste compliqué pour les assureurs traditionnels, qui préfèrent pour l'instant s'en tenir à des partenariats, note Amal Benichou, d'Accenture. La force des assureurs réside dans leur réseau de distribution et dans les données de risques qu'ils possèdent."

Les assureurs français discutent avec des start-up pour créer des offres on-demand

A la vague des partenariats avec des plateformes de la sharing economy va maintenant se succéder une série d'alliances avec les assurtech, qui se sont engouffrées dans la brèche. C'est par exemple le cas de la start-up française spécialiste de la blockchain Stratumn, qui travaille avec des assureurs français pour mettre en production des services similaires à son prototype de bot lancé en juillet dernier, en collaboration avec Deloitte et Lemonway. "Deloitte nous a contacté pour créer un service à destination des millenials, raconte Richard Caetano, son CEO. De là est né Lenderbot, un chatbot sur Messenger qui permet de notifier par un message que l'on prête un objet à quelqu'un et pour combien de temps. Les informations sont enregistrées dans la blockchain et ne peuvent donc pas être altérées. Ensuite, l'utilisateur peut souscrire à une micro-assurance pour protéger l'objet en question."

Même scénario pour le CEO de la start-up française Cbien, David Gascoin, qui compte monétiser sa plateforme de gestion de biens auprès des assureurs. Cbien permet aux particuliers de référencer tous les biens qu'ils possèdent pour estimer leur valeur et les gérer plus facilement. A terme, le CEO veut notamment permettre de souscrire plus facilement à une nouvelle assurance, d'estimer les montants des garanties des biens personnels avant de mettre une annonce sur Airbnb, d'assurer un bien spécifique pour un temps donné… "Notre data permettra de proposer tous les services assurantiels liés à l'économie collaborative." La start-up, qui compte d'ailleurs la MAIF à son capital, discute déjà avec plusieurs assureurs pour mettre en place ce type d'outils en partenariat. De quoi amorcer l'alliance des acteurs traditionnels et des start-up pour faire émerger l'assurance on-demand.

 

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