Minh Tran (Axa Strategic Ventures) "Le marché français est très attractif pour des nouveaux entrants assurtech"

General Partner du fonds de capital-risque d'AXA, Minh Tran décrypte les tendances du marché de l'insurtech hexagonal.

Minh Tran, General Partner d'AXA Strategic Ventures © AXA

JDN. Les fintech explosent mais le marché de l'assurtech est encore très peu mature. Mis à part quelques pionniers américains, comme Oscar, les acteurs sont rares. Pourquoi ?

Minh Tran. Les banques ont toujours été en avance sur les acteurs de l'assurance en termes d'innovation. Aujourd'hui, l'assurtech a deux ou trois ans de retard sur le secteur fintech. En 2015, plus de 11 milliards de dollars ont été investis dans des sociétés fintech dans le monde contre moins de 3 milliards dans l'assurtech.

Mais c'est en train de changer. Le marché grossit de façon conséquente, aux Etats-Unis comme en France. En 2013, quand nous avons créé AXA Seed  (devenu Axa Stratégic Ventures, ndlr), les assurtech n'existaient pas. En 2015, on a reçu 1 000 dossiers dont 10% de start-up cherchant à disrupter l'assurance. En 2016, elles représentaient 10 à 20% de 2 000 dossiers. Une dizaine de fonds spécialisés insurtech se sont créés dans le monde, dont deux en Chine et deux en Europe (Axa Strategic Ventures et Allianz, ndlr). Les autres sont tous américains.

 

Comment décririez-vous le marché français de l'assurtech ? Quelles sont ses spécificités ?

Le marché français est très attractif pour des entrants disruptifs. D'abord, à cause de sa taille. La France est le cinquième marché de l'assurance du monde, derrière les Etats-Unis, le Japon, le Royaume-Uni et la Chine, car il y a une dimension réglementaire forte par rapport à des pays où l'assurance n'est pas obligatoire. D'ailleurs, ces réglementations créent des barrières à l'entrée pour des étrangers et des opportunités pour les acteurs français.

Surtout, le marché français de l'assurance est dominé par des acteurs dominants qui ont grandi par croissance externe dans les années 1980 et 1990. Il en résulte des grands groupes qui s'appuient sur de nombreux systèmes d'information différents, difficiles à faire évoluer. Par conséquent, ils innovent peu et tout reste à faire pour réformer les systèmes.

 

Quelles sont les segments du secteur de l'assurance les plus sujets à être transformés ?

Aujourd'hui la santé est le secteur le plus disrupté, avec beaucoup de systèmes de coaching destinés à réduire les risques. Les start-up nouent des partenariats de distribution avec les assureurs. D'autres segments sont aussi concernés : l'assurance dommage, avec les technologies IoT pour la maison et la voiture, les innovations pour améliorer les réclamations, les nouvelles assurances de biens… Enfin, l'assurance-vie connaît un bouleversement avec les robo-advisors qui aident à gérer les finances personnelles.

 

Quelles sont les tendances de fonds de l'innovation dans l'assurance ?

L'assurance va devenir de plus en plus segmentée

Le secteur va de plus en plus glisser vers une "user-based insurance" dans laquelle les prix sont de plus en plus segmentés et l'utilisateur de mieux en mieux connu grâce au Big Data. Jusqu'ici, les mutuelles spécialisées avaient une meilleure connaissance du risque. Désormais, l'ensemble du marché tendra vers cet objectif de personnalisation.

 

Generali vient de lancer Vitality, première initiative d'un assureur français pour récompenser les assurés au comportement vertueux. Croyez-vous qu'un jour le pay-how-you-behave fera son incursion dans la santé en France, avec une modulation des primes ?

Pour faire ce qu'Oscar propose aux Etats-Unis, avec un bracelet connecté et une réduction de prime en cas de comportement vertueux, les acteurs français devront trouver le moyen de surmonter les obstacles réglementaires. Aujourd'hui, cela semble très difficile car il y a beaucoup de barrières réglementaires. Il faudra au préalable répondre à une question de base : veut-on permettre ce genre de pratiques en France ou non ?

 

Vous avez investi dans une vingtaine de start-up avec AXA strategic Ventures, plus ou moins liées à votre secteur d'activité. Quelle est celle avec laquelle AXA a noué le plus de synergies ?

Particeep, qui fournit l'IT aux acteurs du financement participatif, nous a permis de sortir une assurance crowdfunding avec AXA Creditor et de rentrer sur un marché sur lequel nous n'étions pas présents auparavant.

 

Minh Q. Tran est General Partner d'AXA Strategic Ventures Europe. Il a auparavant travaillé pour plusieurs fonds d'investissement (Bertelsmann Ventures, Nokia Ventures, Truffle Capital). Il est détenteur d'un MBA de l'INSEAD.

 

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