Facebook s'attaque au crowdfunding ? Les fintech restent de marbre

Facebook s'attaque au crowdfunding ? Les fintech restent de marbre Le réseau social a récemment lancé un outil de collecte de dons destiné à financer des projets personnels. Il vient concurrencer des plateformes comme GoFundMe, Ulule ou KissKissBankBank.

Facebook trace petit à petit son chemin dans le monde du financement participatif. En 2015, le réseau social lançait Fundraiser, un outil permettant aux associations de lever directement des fonds sur leur page Facebook. Fin mars, l'entreprise de Mark Zuckerberg est revenue avec Personal Fundraiser, qui donne la possibilité à une personne majeure de collecter des dons pour un projet personnel. Facebook commence avec six catégories : l'éducation, les soins médicaux, les soins vétérinaires, l'aide humanitaire, "les urgences personnelles" (incendie, accident de voiture…) et les obsèques. Il prévoit d'élargir cette palette dans les mois à venir.

Cette nouvelle fonctionnalité vient faire de l'ombre à des plateformes spécialisées comme l'Américaine GoFundMe (aussi disponible en France). Depuis son lancement en 2010, ce site a collecté 3 milliards de dollars et compte une communauté de 25 millions de donateurs. Il prélève une commission de 7,9% ainsi que 30 cents par don. Facebook perçoit, quant à lui, 6,9% et 30 cents de frais. Dans une interview à CNNTech, un porte-parole du réseau social, Stephen Rocco Rodi, a assuré que ce montant couvrira "les frais de traitement des paiements, le contrôle des fonds, la sécurité et la protection contre la fraude". La multinationale a aussi souligné qu'elle ne souhaite pas faire de profits avec ce business. Suite à cette annonce, GoFundMe n'a pas souhaité s'exprimer dans la presse et n'a pas répondu à notre sollicitation. "Cela va peut-être avoir un impact sur leur activité mais cela reste à prouver", estime Alexandre Boucherot, président d'Ulule, une des principales plateformes de crowdfunding en France.

Même si les deux outils de collecte de dons de Facebook sont pour l'instant uniquement disponibles aux Etats-Unis, l'éventualité d'une ouverture en France est probable. Le bouton "faire un don" apparaît déjà sur les pages Facebook des associations comme Les Restos du Cœur, Secours Populaire ou encore la SPA. Il est possible de cliquer dessus, mais pas encore de faire un don. Cependant, le réseau social permet de renvoyer vers le site de l'association.

La page Facebook des Restos du Cœur a déjà le bouton "faire un don" mais celui-ci n'est pas encore actif. © Capture d'écran JDN

Les plateformes de crowdfunding françaises se préparent à l'arrivée du réseau social sur leur secteur mais ne tirent pas la sonnette d'alarme. "Facebook est capable de faire bouger l'ordre établi de façon assez rapide et peut relativement impacter le secteur. Nous sommes en veille sur ce sujet et allons voir comment  la situation évolue", confie Benjamin Bianchet, general manager de Leetchi.com, une cagnotte en ligne créée en 2009. Connue pour ses cadeaux communs (pots de départ, anniversaire…), cette plateforme a élargi son champ d'action en 2014 et propose désormais de financer tout type de projets (solidaires, professionnels et personnels). Elle prélève une commission de 2,9% au-dessus de 2 000 euros et de 4% en dessous de ce seuil… bien moins que Facebook ! Et cette stratégie semble payer. La jeune pousse a ouvert plusieurs bureaux en Europe, a été rachetée en septembre 2015 par le groupe Crédit Mutuel Arkéa et a atteint 7 millions d'utilisateurs fin 2016.

Ulule compte 1,5 million de membres et revendique un taux de succès de ses campagnes de 67 %

Comme Leetchi.com, Ulule s'est bâtie une belle réputation en France et à l'étranger. Basée à Paris, Montréal, Barcelone, Rome et Bruxelles, elle compte 1,5 million de membres et revendique un taux de succès de ses campagnes de 67 %. "Cette réussite s'explique par l'accompagnement que nous fournissons aux porteurs de projets. Facebook ne propose pas ce service et ne le proposera pas. Je pense que cette différence est justement notre valeur ajoutée", souligne Alexandre Boucherot, président d'Ulule. "Nous avons une équipe qui met les porteurs de projet en confiance et qui les aide à aller plus loin. C'est aussi ça le job d'une plateforme de crowdfunding", confirme Vincent Ricordeau, cofondateur de KissKissBankBank.

Preuve que la confiance est là, Ulule comme KissKissBankBank, ont chacun lancé un deuxième site de crowdfunding dédié aux projets personnels. La première a créé en 2016 Okpal. "Sur 100 projets, 20 ne pouvaient pas se réaliser sur Ulule, qui était destinée aux projets professionnels ou associatifs. Il était donc légitime de lancer un autre site", raconte Alexandre Boucherot. La commission s'élève à 5% tout compris et les fonds peuvent être retirés en plusieurs fois dans une durée illimitée. La deuxième a créé en 2013 Hellomerci, une plateforme de prêt solidaire à taux zéro.

Les acteurs français du crowdfunding continuent à connaître une belle croissance. Entre 2015 et 2016, les fonds collectés sur les plateformes français ont augmenté de 40%, pour atteindre 233,8 millions l'année dernière, d'après le baromètre de l'association Finance Participative. "Le marché est immense. Sans compter qu'on ne prend pas en compte les chiffres de Facebook et Paypal", explique Alexandre Boucherot puisque ces géants américains ne sont pas considérés comme des acteurs du secteur. Même constat aux Etats-Unis. Les fonds collectés par ces acteurs sont passés de 642 millions de dollars en 2015 à 819 millions en 2016, selon Statista.

Facebook est plus discret sur ses chiffres. Plus de 750 000 associations ont lancé des collectes sur le réseau social en 2016 mais les montants totaux n'ont pas été précisés. Reste à savoir quand il s'attaquera au marché des entreprises.

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