Les comptes multidevises, nouveau business des fintech

Les comptes multidevises, nouveau business des fintech Après le transfert d'argent à l'international, les fintech et bientôt les acteurs traditionnels s'attaquent à un marché qui vise aussi bien les particuliers que les entreprises.

Dans la liste des mauvaises surprises au retour de vacances à l'étranger, il y a la facture salée des frais bancaires. Pour les paiements et retraits à l'international, les banques proposent des taux de change peu avantageux et prélèvent une commission comprise entre 5 et 10 euros par transaction. Cet inconvénient n'a pas échappé aux fintech qui sont de plus en plus nombreuses à proposer des services de transfert et de paiement multidevises. Pour se démarquer, elles proposent des tarifs ultra-compétitifs et des frais avoisinant les 1%. Avec 1,07 milliard de dollars transférés par mois via son application, la start-up britannique TransferWise a lancé en mai dernier un compte multidevises destiné dans un premier temps aux entreprises, autoentrepreneurs et freelances basés en Europe.

"C'était une demande de nos utilisateurs, en particulier des travailleurs et des petites entreprises. Nous avons donc créé le compte Borderless. C'est comme avoir un compte en banque local dans n'importe quel pays mais sans avoir besoin d'aller l'ouvrir sur place", explique Joe Cross, general manager US et directeur marketing de TransferWise. Les entreprises peuvent aussi se voir attribuer des IBAN locaux pour la zone euro, le Royaume-Uni et les Etats-Unis. L'Australie et le Canada suivront courant 2017.

"Nous utilisons le taux de change en vigueur et nous y ajoutons une commission de 1,5% alors qu'une banque proposera plutôt 4%"

Le compte Borderless de TransferWise est surtout une source d'économie non négligeable pour les entreprises qui font du business à l'international. La start-up ne facture pas de frais d'ouverture ni de frais mensuels. Elle se rémunère seulement sur les transactions. "Nous utilisons le taux de change en vigueur et nous y ajoutons une commission de 0,5% alors qu'une banque proposera plutôt 4%", précise le dirigeant. TransferWise prévoit même de de supprimer la commission à terme. Depuis mai dernier, l'entreprise britannique, valorisée à 1,1 milliard de dollars, a annoncée être rentable après six ans d'existence. Son activité de transfert d'argent devrait donc compenser la perte de revenus issue des comptes multidevises. La start-up prévoit de couvrir "le plus de pays possible". Le marché français, déjà friand de l'offre de transfert d'argent, a tous les prérequis pour adopter le compte Borderless, selon Joe Cross. "Paris devient une ville très importante dans la tech, le nouveau gouvernement est très favorable à la fintech et il n'existe pas d'autres fintech françaises qui disruptent autant ce marché", affirme-t-il.

Une autre société britannique mise aussi sur les comptes multidevises mais avec une stratégie différente de celle de TransferWise. Créée en 2015, ipagoo a conçu une application qui permet aux entreprises et voyageurs d'affaires de détenir des comptes dans plusieurs pays européens. "En Europe, on compte environ 2,5 millions de PME et de PMI exportatrices et près de 30 millions de personnes qui vivent dans un autre pays que le leur", assure Carlos Sanchez, son directeur général. La société de 85 salariés, qui est une filiale du groupe de services financier Orwell, propose également des cartes bancaires qui peuvent être reliées à n'importe quel compte. Contrairement à  TranserWise, elle n'applique pas de commission de changes mais facture un forfait mensuel de trois euros par mois par compte et trois euros par carte. Pour l'instant, ce service est disponible dans quatre pays : la France (depuis juin 2017), le Royaume-Uni, l'Italie et l'Espagne. L'Allemagne, la Pologne, le Portugal et les Etats-Unis devraient suivre avant la fin de l'année.

La banque mobile multidevises Ditto vise 100 000 clients en un an

Ipagoo ne se cantonne pas à ce modèle BtoC. Elle proposera prochainement son service en marque blanche aux 4 000 banques de détail européennes. "Nous permettrons aux banques de s'étendre géographiquement sans avoir à ouvrir de nouvelles filiales ou succursales dans d'autres pays", explique Carlos Sanchez. Concrètement, une banque française pourra par exemple ouvrir une entité en Estonie et le consommateur estonien pourra alors accéder à tous les produits de la banque française comme l'épargne ou le crédit. Résultat : elle concurrencera directement les banques estoniennes.

Les fintech vont devoir faire face à l'arrivée de plus gros acteurs sur le marché du compte multidevises. Le leader mondial du change, Travelex, vient de lancer Ditto, une banque mobile spécialement dédiée à la gestion des devises. Créée et dirigée par le Français Sylvain Pignet accompagné d'une équipe de 65 personnes, elle cible les voyageurs d'affaires. Un marché évalué par Travelex à 400 000 personnes en France et 1,6 million en Europe. Le géant britannique a choisi le marché français pour tester son offre cet été avant un lancement commercial en fin d'année. "En plus du nombre élevé de voyageurs, le marché français enregistre un bon niveau adoption de la banque en ligne. L'autre avantage est que Travelex avait une licence bancaire dormante en France depuis quelques années", souligne Sylvain Pignet. Avec un abonnement de 9,90 euros par mois, une dizaine de devises disponibles (30 d'ici septembre) et une interface très ergonomique, Ditto se calque sur le même modèle que les néo-banques. Si le test est un succès, Travelex lancera prochainement sa banque en Italie, en Allemagne et en Pologne. Elle vise 100 000 clients en un an.

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