Orange débarque enfin dans la banque mobile

Orange débarque enfin dans la banque mobile L'opérateur télécom lance Orange Bank ce jeudi 2 novembre. Sa promesse : des services quasi-gratuits et des fonctionnalités innovantes inspirées des néobanques.

Après deux faux départs, Orange lance ce deux novembre sa banque mobile Orange Bank, devenant le premier géant des télécoms en France à tenter l'aventure sur un secteur déjà ardemment disputé par les établissements traditionnels et de nouveaux acteurs technologiques. "Parmi les acteurs des néobanques, c'est celui qui a le potentiel d'utilisateurs le plus important", résume à l'AFP Ratana Lyvong, spécialiste du secteur financier au cabinet d'audit RSM.

Orange proposera une série de services censés faciliter la vie du client à bas prix : "Il n'y a pas de frais d'ouverture ou de tenue de compte, la carte bancaire (une visa siglée Orange Bank, NDLR) est gratuite à vie. Aucun frais sur les paiements, virements ou retraits, y compris en Europe", détaille Stéphane Richard dans une interview accordée au Parisien. Concrètement, les clients utilisent une application mobile pour effectuer des virements, payer sans contact depuis leur smartphone jusqu'à 600 euros... "Un assistant virtuel intégré [...] est capable de répondre à 95 % des interrogations [...] des utilisateurs", poursuit le dirigeant. Pour booster le taux d'utilisation de son app, Orange Bank demande à ses clients de s'en servir au moins trois fois par mois, sinon 5 euros par mois leur sont facturés. Pour gagner de l'argent, la nouvelle banque mise sur le crédit et l'assurance. Les clients peuvent déjà souscrire à trois offres d'assurance (dont une gratuite). Orange Bank lancera des offres de crédit à la consommation au premier semestre 2018. 

Orange mise 500 millions d'euros sur les dix prochaines années dans le but affiché d'atteindre deux millions de clients

Le groupe va miser 500 millions d'euros sur les dix prochaines années dans le but affiché d'atteindre deux millions de clients bancaires. "Le seuil de rentabilité est (...) au mieux à cinq ans", prévient Alice Poizat, spécialiste des services financiers au cabinet de conseil Kea and Partners, interrogée par l'AFP. Le marché s'annonce disputé : grand rival d'Orange sur le secteur des télécoms, Altice (SFR) a annoncé en juillet sa propre banque mobile d'ici 2019.

Quant aux banques classiques, les hésitations d'Orange leur ont laissé le temps de prendre position. Le mastodonte BNP Paribas a racheté début 2017 la banque mobile Compte-Nickel, tout en détenant déjà la banque en ligne Hello Bank et une part de C-zam, compte exploité par le géant de la distribution Carrefour. Crédit Mutuel-CM11 a annoncé une offre couplant compte bancaire et forfait téléphonique. Crédit Agricole prépare le lancement fin novembre d'une offre bancaire simplifiée, accessible via un téléphone mobile et à prix modéré pour concurrencer entre autres Orange Bank, selon Les Echos. Le secteur est en outre riche en jeunes pousses ambitieuses. Si la plupart des acteurs historiques des banques en ligne ont été rachetés - Boursorama par Société Générale, Fortuneo par le Crédit Mutuel Arkéa-une nouvelle génération de fintech est apparue sur la banque mobile, comme l'Allemand N26.

Force de frappe

"On ne voit pas très bien en quoi l'offre va être différenciante" du côté d'Orange, s'interroge Martine Leconte, spécialiste des banques chez RSM. Les experts soulignent que c'est en travaillant un public de niche que de nouveaux acteurs ont pu se faire une place, comme N26 ou Compte-Nickel, et non en tablant directement comme Orange sur un marché de masse. "Le plus marquant pour Orange Bank, c'est de se présenter comme une banque de plein exercice", remarque Mme Poizat, soulignant la "volonté d'oser s'appeler banque sans pour autant renoncer à son identité."

Mais les analystes reconnaissent que la nature d'Orange fait aussi sa force et sa spécificité : un géant aux 25 millions de clients mobiles, au lieu d'une fintech aux quelques dizaines d'employés. "Ils ont une énorme force de frappe donc ça pourrait leur faire l'avantage de capter le marché des autres", avance Mme Leconte. Avec des atouts cruciaux: un réseau fourni en agences physiques et "une base de données clients inégalée en France", renchérit Mme Poizat. "Les bases de données clients des opérateurs téléphoniques sont parmi les mieux qualifiées du marché, là où les banques peinent à avoir des choses de bonne qualité."

"Les bases de données clients des opérateurs téléphoniques sont parmi les mieux qualifiées du marché"

Autre avantage d'Orange, son savoir-faire dans les télécoms alors que l'utilisation de services bancaires passe de plus en plus par les téléphones mobiles. "L'articulation entre une banque 100% digitale et le fait de s'adosser à son réseau (...), ce sont les premiers à essayer de faire ça", remarque Mme Poizat. Elle cite cet assemblage comme l'un des grands défis d'Orange Bank, de même que sa capacité à "capter très rapidement beaucoup de clients" pour compenser la gratuité partielle des services .De fait, les différents experts restent prudents sur la rentabilité d'Orange Bank. Pour les analystes de RSM, c'est sur le crédit que les choses sérieuses commenceront, l'opérateur promettant déjà prêts immobiliers et à la consommation. "Le DG est quand même André Coisne, quelqu'un qui a été l'ancien patron d'ING Direct et de Bforbank", deux banques en ligne historiques, conclut Yann Hadjadj, spécialiste des technologies au cabinet de recrutement Heidrick and Struggles. "C'est quelqu'un qui connaît très bien ces écosystèmes."

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