Former les top managers des grands groupes, ces cancres de l'IoT

Le MIT et l'IoT Valley ont créé des formations dédiées aux dirigeants qui veulent exploiter le potentiel des objets connectés sans commettre d'erreurs stratégiques majeures.

Les membres du top management des groupes du Cac 40 sont de plus en plus mordus d'objets connectés. Pourtant, lorsqu'il s'agit de décider d'une stratégie de déploiement dans leur entreprise, ils sont loin d'avoir la science infuse.

Entre septembre et novembre 2015, cinq délégations de grands comptes sont venues visiter l'IoT Valley de Labège, dans la région toulousaine, pour rencontrer les start-up qui y travaillent. Entre janvier et juin 2016, elles étaient 30. "Ces visiteurs ne sont pas toujours informés des problématiques centrales liées à l'Internet des objets. Comment déployer des milliers de capteurs en un temps record ? Combien est-ce que cela coûte ? Comment exploiter au mieux les données collectées ? Ils ne savent pas toujours quelles questions poser aux entrepreneurs. Nous avons donc décidé de les former pour qu'ils aient une vision plus précise des enjeux clefs du secteur", explique Bertrand Ruiz, business développeur à l'IoT Valley.

30 délégations de grands comptes sont venues visiter l'IoT Valley de Labège entre janvier et juin 2016

Cette association, créée en 2011, a donc lancé une formation payante baptisée Ambrosia. Les cours s'étalent sur une journée et sont réservés à une vingtaine de personnes, triées sur le volet. "Lors de la première édition, qui s'est déroulée le 26 mai 2016 à Toulouse, nous avons reçu des cadres dirigeants de la SNCF, d'Airbus, de Safran. Nous avons également accueilli des décideurs de grandes ETI tricolores", se souvient-il.

Des start-up, comme l'opérateur Sigfox ou le fabricant de capteurs Intesens, détaillent leurs expériences d'industrialisation de projets IoT. "Lors de la prochaine édition, qui devrait se dérouler courant novembre 2016, nous allons nous pencher sur une problématique verticale comme la gestion des données par exemple. La jeune pousse Ubigreen, qui a développé une solution d'analyse de l'efficacité énergétique d'un bâtiment utilisée dans les locaux de la Société Générale, pourrait venir témoigner", se projette le business développeur.

L'IoT Valley veut organiser ces journées deux fois par an. Les prochaines sessions auront lieu à Paris, pour se rapprocher des décideurs. Les effectifs resteront très réduits, vingt personnes maximum, pour que les participants puissent interagir, poser toutes leurs questions. L'association construit actuellement des partenariats avec trois grandes entreprises tricolores (dont elle ne peut citer le nom) qui vont sponsoriser Ambrosia.

2 000 cadres dirigeants devraient participer à la deuxième session de cours du Mooc sur l'IoT proposé par le MIT

Pas avare, l'IoT Valley partage aussi ses connaissances sur l'Internet des objets avec le grand public. Elle a créé les "Meetup", des cours bi-mensuels de 40 minutes suivis d'une série de questions-réponses, ouverts au quidam. L'association, qui a amassé une importante quantité d'informations sur l'IoT, réfléchit même en ce moment à structurer ses connaissances et à les rendre accessibles aux internautes via un Mooc. "Nous essayons de déterminer quelle serait notre cible. Plutôt des techniciens ? Des dirigeants ? Des étudiants ?", s'interroge Bertrand Ruiz.

Cette question, Sanjay Emani Sarma se l'est posée il y a un an. Cet enseignant en ingénierie mécanique, qui dirige le bureau "digital learning" du Massachusetts Institute of Technology, a travaillé pendant six mois sur la conception d'un Mooc payant sur l'Internet des objets, destiné aux tops managers des entreprises industrielles, du retail, du transport, de la santé, de l'énergie ou encore de la logistique.

"L'IoT n'est pas une technologie comme une autre. Elle ne doit pas être gérée par les équipes techniques de l'entreprise mais par les membres du comité exécutif, qui prennent des décisions stratégiques. En effet, les amas de données collectés par les objets connectés modifient en profondeur le business. Mais concevoir un système IoT fonctionnel, facile à entretenir et sans faille de sécurité demande un certain nombre de connaissances, que nous essayons d'apporter avec ce cours en ligne. Partir dans une mauvaise direction peut coûter très cher à une entreprise", souligne le professeur. Lorsque les lampes d'un aéroport sont connectées à un relais, chargé de transmettre leurs data  au cloud, il faut réfléchir à ce qui se produit si ledit appareil relais tombe en panne, s'il est piraté…

Le cours, constitué de 12 heures de vidéos, explore en détail les différentes technologies IoT, les standards de communication, les questions d'architecture du réseau, les réglementations en vigueur ou encore le big data, pour permettre aux cadres dirigeants de prendre les bonnes décisions. Une promesse séduisante, puisque plus de 800 personnes ont participé à la première édition de ce Mooc, qui s'est déroulée en avril 2016. Pour la prochaine session, Sanjay Emani Sarma s'attend à plus de 2000 inscriptions.

 

 

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