La technologie détruit désormais plus d'emplois qu'elle n'en crée

Alors que la création de richesses augmente, le nombre d'emplois chute. De quoi créer d'importants troubles sociaux à l'avenir.

La technologie est partout mais les emplois ont disparu.

Grâce à l'efficacité d'Internet et des systèmes automatisés, productivité et PIB ont augmenté au cours des dernières décennies mais la classe moyenne et les emplois tendent à disparaître.

La stagnation des salaires aux Etats-Unis et partout dans le monde continuera de progresser en parallèle du remplacement des humains par de nouvelles technologies

Nous avons atteint un point de rupture : la technologie détruit désormais plus d'emplois qu'elle n'en crée. Et si cette tendance continue, le monde pourrait faire face à une crise importante selon Wendell Wallach, consultant, expert en éthique et conférencier pour le centre interdisciplinaire de bioéthique de l'université de Yale.

Selon Wallach, robots, impression 3D et autres technologies émergentes alimentent le chômage technologique et les inégalités de richesse dans le monde.

Le chômage technologique est un concept selon lequel la technologie détruit plus d'emplois qu'elle n'en crée. Cette crainte a été considérée comme un sophisme du Luddisme ces 200 dernières années mais devient aujourd'hui une sombre réalité.

Début juin, au cours d'une présentation au Conseil Carnegie pour l'éthique dans les affaires internationales Wallach a déclaré : "C'est une situation sans précédent qui, je pense, pourrait mener à toutes sortes de disruptions une fois que l'opinion publique aura saisi que nous sommes au beau milieu d'une vague de chômage technologique."

Aucun signe ne laisse présager un retournement de tendance. La technologie évoluant plus vite que jamais avec peu voire pas de surveillance ni de réglementation, la probabilité que de plus en plus d'emplois soient remplacés par de nouvelles technologies atteint des sommets, nous a expliqué Wallach.

Quelques 47% des emplois actuels aux Etats-Unis pourraient être informatisés dans les 10 ou 20 prochaines années

En effet, selon une étude de l'université d'Oxford publiée en 2013, quelques 47% des emplois actuels aux Etats-Unis pourraient être informatisés dans les 10 ou 20 prochaines années.

Selon Wallach, auteur de "A Dangerous Master : How to Keep Technology from Slipping Beyond Our Control", la stagnation des salaires aux Etats-Unis et partout dans le monde continuera de progresser en parallèle du remplacement des humains par de nouvelles technologies.

Habituellement, des éléments tels que la productivité, les emplois, les salaires horaires et les revenus augmentent à l'unisson. Cependant, au cours des trente dernières années, le PIB et la productivité ont progressé alors que le revenu médian américain a stagné et que l'emploi a baissé, écrit Wallach dans son livre. L'innovation technologique a joué un rôle important dans cette tendance.

"D'un point de vue historique, 50% du PIB revient aux salaires et 50% au capital. Nous assistons à une mutation radicale de cette tendance en grande partie à cause des modifications de création de richesses qui ont eu lieu dans les technologies de pointe", affirme-t-il. "Personne ne fait quelque chose de mal, c'est juste que les industries d'aujourd'hui sont différentes des usines d'hier."

Ce changement a créé une situation où de plus de plus de capital revient à un pourcentage de plus en plus petit de la population : 5% de la population est sur le point de détenir 70% du capital

Ainsi, à titre d'exemple, en 1990, GM, Ford et Chrysler ont généré 36 milliards de dollars de chiffre d'affaires et ont embauché plus d'un million d'ouvriers. Les "Big Three" actuels (Apple, Facebook et Google) génèrent plus d'un billion de dollars de chiffre d'affaires et n'emploient qu'environ 137 000 personnes.

Ce changement a créé une situation où de plus de plus de capital revient à un pourcentage de plus en plus petit de la population : 5% de la population est sur le point de détenir 70% du capital, avertit Wallach.

C'est un scénario dangereux car il peut potentiellement mener à des troubles sociaux importants, peut-être même à des révolutions.

"Il est difficile de prédire ce que feront les populations quand elles ne recevront plus l'argent nécessaire pour subvenir aux besoins de leur famille. Dans d'autres pays, cela s'est déjà traduit par une révolution", rappelle Wallach.

Cependant, a-t-il ajouté, une telle crise pourrait être évitée si les gouvernements prenaient des mesures pour redistribuer les richesses.

"Ce type de situation terrible peut bien sûr être évitée grâce à des réformes sociales et à des subventions à l'emploi. Ces réformes imposeraient de redistribuer les fruits du capital générés par une hausse de la productivité", a-t-il recommandé.

 

Article de Cadie Thompson. Traduction par Manon Franconville, JDN.

Voir l'article original : We've reached a tipping point where technology is now destroying more jobs than it creates, researcher warns

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