Un an après son rachat par Nokia, que devient Withings ?

Un an après son rachat par Nokia, que devient Withings ? Nokia a mis la main en 2016 sur la start-up tricolore de produits grand public pour développer une stratégie BtoB. Où en est le projet ?

Nokia l'acrobate a le goût du risque. L'entreprise s'est séparée en 2013 de sa moribonde branche dédiée aux terminaux mobiles pour se concentrer sur son activité d'équipementier réseaux. Mais le géant finlandais n'a pour autant pas renoncé au développement de produits : en mai 2016, il débourse la coquette somme de 170 millions d'euros pour s'offrir le champion tricolore des objets connectés de santé et de bien-être Withings. Un saut périlleux pour le groupe qui espère ainsi percer dans un domaine où il n'a pas encore fait ses armes : l'e-santé.

Car le jeu en vaut la chandelle : le secteur dans son ensemble (dispositif IoT, logiciels et services) devrait peser 410 milliards de dollars dans le monde d'ici 2022, soit neuf fois plus qu'en 2015, où son chiffre d'affaires total était estimé à 46 milliards selon un rapport du cabinet Grand View Research. Une manne dont Nokia espère profiter. "La santé connectée sera à l'avenir l'une des opportunités les plus importantes et les plus profitables de l'Internet des objets. Ce marché observe une croissance annuelle de 20% et nous ne pouvions pas passer à côté", avait expliqué au moment de l'acquisition Ramzi Haidamus, le président de Nokia Technologies, la branche produits du finlandais.

"Le système de santé public britannique déploie les tensiomètres de Withings"

Pour préparer le terrain au rachat de Withings (dont la marque a disparu) et construire une stratégie claire, Nokia a créé un an et demi avant l'acquisition une division dédiée à l'e-santé, à la tête de laquelle officie désormais l'ancien CDO de la jeune pousse tricolore, Cédric Hutchings. "Le business model de notre branche Nokia Digital Health est double. Nous continuons à nous appuyer sur la vente de produits grand public, comme nous le faisions chez Withings, mais nous développons également une gamme de services destinés aux professionnels de santé qui souhaitent suivre et monitorer leurs patients à distance grâce à nos appareils", explique l'entrepreneur.

Mais qui va payer les objets connectés de santé utilisés par les médecins pour suivre leurs patients à distance ? En France, les députés ont évoqué dans un rapport parlementaire l'idée de rembourser un jour ces "médicaments connectés". L'une des branches du National health service, le système de santé public britannique, déploie les tensiomètres de Withings dans ses cliniques. "Si cela lui permet de mieux soigner ses patients et de faire des économies, le pilote sera étendu", souligne le président de la filiale de Nokia.

En attendant que de véritables politiques nationales soient mises en place, en France et à l'étranger, la société s'adresse donc directement aux opérateurs de soins. "Certaines structures ont des business model compatibles avec l'utilisation de nos produits. Nous travaillons par exemple avec le groupement hospitalier américain Kaiser Permanente, qui est à la fois une structure médicale et un assureur pour ses patients. Ce type d'organisation a tout intérêt à utiliser des objets connectés de santé avec ses malades pour limiter ses frais", détaille-t-il.

Le développement de produits par Withings à destination des professionnels de la santé paraît à première vue tenir du grand écart. "Withings était positionné comme une marque grand public, mais nous travaillions déjà sur des services concernant les professionnels de santé dans leur rapport au patient, même si cette activité ne représentait qu'une petite part de notre chiffre d'affaires. Pour devenir réellement impactant, nos produits doivent être intégrés directement dans le parcours de soin, cela a toujours fait partie de notre démarche", répond le patron de la division santé de Nokia. Et de poursuivre : "Analyser les objets connectés de santé comme des produits 100% BtoB ou 100% BtoC est une erreur. Ce sont des appareils à la croisée des chemins."

"Le panel de data collectées porte sur des millions de personnes et sur des populations bien plus diverses que celles des études médicales classiques"

Pour être utilisés par des professionnels, ces appareils doivent générer des mesures fiables et respecter des normes médicales. Withings a par exemple travaillé avec des cardiologues de l'hôpital européen George-Pompidou à Paris pour que leurs patients respectent un protocole précis lorsqu'ils utilisent chez eux le tensiomètre connecté de l'entreprise. Les data collectées peuvent ainsi être exploitées par les équipes médicales. "Si ce cadre est respecté, ces informations sont bien plus complètes que lorsque le docteur prend simplement la tension de son malade au moment de la consultation. Les médecins sont demandeurs de ce types de solutions pour améliorer leur prise en charge", indique Cédric Hutchings.

Les appareils développés par l'ex-Withings génèrent de nombreuses données qui intéressent également les professionnels de santé pour leurs études. "Le panel de data collectées porte sur des millions de personnes et sur des populations bien plus diverses que celles des études médicales classiques. Nous avons notamment beaucoup d'informations sur des individus qui ne sont pas malades et qui permettront, si elles sont exploitées à bon escient, de détecter les facteurs de développements précoces de certaines pathologies", pointe le président de Nokia Digital Health. Withings a créé en février 2015 un observatoire national de santé. Les études réalisées en interne ou par des partenaires du monde médical à partir de ces data sont disponibles librement sur ce site. L'entreprise a également développé avec Stanford le Medicine X challenge, un appel à projet visant à valoriser ces informations.

Si les produits de la branche santé de Nokia ont un intérêt réel pour les professionnels de santé, ils doivent rester avant tout des produits grand public simples à utiliser. Le problème de l'observance se pose chez de nombreux patients, en particulier lorsqu'ils sont atteints de maladies chroniques. Développer des appareils faciles d'utilisation est donc un enjeu clef pour le suivi à distance de ces malades. "Comme pour les produits connectés axés bien-être, la question du design est centrale. Ces appareils ne doivent pas être perçu par nos utilisateurs comme des morceaux d'hôpital mais s'intégrer facilement dans leur vie quotidienne", insiste le dirigeant. Nokia Digital Health réfléchit par exemple à intégrer des chatbots à certains de ses produits pour rendre l'interface utilisateur plus facile à piloter. Au lieu de restituer les données sous forme de graphiques, on pourrait imaginer entrer avec notre client dans une conversation", imagine Cédric Hutchings.

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