Euro 2016 : la smart city à la rescousse des stades

Les villes hôtes de la compétition de football ont le choix parmi de nombreuses solutions innovantes pour gérer l'afflux de supporters venus de tout le continent.

Leurs stades sont pour la plupart d'inextricables nœuds de circulation. Pourtant, la perspective de les voir pris d'assaut par des supporters venus de tout le Vieux continent ne semble pas effrayer les villes hôtes de l'Euro 2016 de football qui se déroulera en France du 10 juin au 10 juillet.

C'est le cas à Nice, qui a décidé de se passer des nouvelles technologies : "Concernant les lieux évènementiels, il n'y a pas de gestion automatisée basée sur des systèmes temps réel. La gestion des accès véhicule au stade Allianz Riviera, routes et parkings, reste traditionnellement basé sur l'humain et des schémas prédéfinis", nous déclare la métropole Nice Côte d'Azur.

"Nous envisageons de travailler sur des données de fréquentation des terrasses des cafés pour mieux diriger les fans avant ou après les matchs"

Du côté de Toulouse, on affirme avoir été pris de court : "Il n'y a pas de nouvelles technologies prévues sur ce point. Nous sommes pris par le temps car nous venons de lancer notre projet smart city et il est trop tôt pour innover dans ce domaine", explique Bertrand Serp, vice-président de Toulouse Métropole en charge de l'économie numérique.

"Néanmoins, nous avons prévu une mise à jour de notre application MToulouse, qui permettra aux supporters de s'y retrouver dans la ville et aux abords du stade. Nous lançons également un projet open data autour des données de localisation des terrasses des cafés et nous envisageons, à l'avenir, de travailler sur des données de fréquentation, grâce auxquellles nous pourrions diriger au mieux les fans, avant ou après le match, vers les terrasses où il y a de la place pour les accueillir", précise-t-il.

Pourtant les solutions pour fluidifier les abords des stades sont nombreuses et pas forcément coûteuses.

Maxime Bonnet, président de la start-up CamPark Solutions, affirme avoir trouvé une réponse efficace à l'épineux problème du stationnement lors des grands évènements : "Il nous suffit d'avoir accès aux images des caméras de vidéosurveillance pour répertorier en temps réel, grâce à notre algorithme, les stationnements libres. Et ce sans qu'aucune n'image ne soit enregistrée pour préserver la confidentialité des données."

"Il nous suffit d'avoir accès aux images des caméras de surveillance pour répertorier les stationnements libres"

Lauréate en 2015 du concours national d'aide à la création d'entreprises i-Lab, la société créée en septembre 2015 peut dès aujourd'hui déployer sa solution simplement et rapidement sous la forme d'une application capable de diriger les automobilistes vers les parkings disponibles. "D'autant que les stades sont déjà bien équipés en caméras", ajoute Maxime Bonnet.

Et sur le marché, la concurrence est déjà rude. Cartographier en temps réel les espaces de stationnement disponibles, c'est aussi l'idée de ParkingMap. A la différence que cette autre start-up française a tout misé sur des capteurs : "Grâce à de petites bornes magnétiques installées sur les emplacements de parking, nous sommes capables de rediriger vers les parkings, publics ou privés, qui ne sont pas pleins", explique Clément Rossigneux directeur du développement de l'entreprise.

L'application ParkingMap permet de visualiser en temps réel le stationnement disponible. © ParkingMap

Et il compte aller encore plus loin : "Nous travaillons sur une application pour piloter des panneaux de signalisation connectés pour que les usagers n'aient pas à consulter leur smartphone au volant." Ensuite, "un modèle prédictif sera sûrement développé. Grâce à l'analyse des courbes de remplissage les soirs de match, nous dirigerons les utilisateurs vers l'endroit où ils pourront se garer en fonction de l'heure d'arrivée prévue ou les dissuaderons de venir en voiture si tous les emplacements sont déjà pleins, au profit d'autres modes de transport", ajoute Clément Rossigneux.

Et cela tombe bien, pour gérer les mouvements de ceux qui choisiraient d'autres moyens de transport que la voiture, il existe aussi des solutions technologiques. Parmi elles, OLGA est une application pour smartphone réservée aux chauffeurs de taxi développée par le français Visucab. Le principe est simple : elle oriente leur parcours en fonction des lieux susceptible de générer des fortes demandes, dont les stades. "OLGA peut avertir les chauffeurs de taxi qu'il y a une fin de match au Stade de France, même s'il y a une prolongation", illustre par exemple Aurélien Lopes, gérant de Visucab.

Lancée au mois d'août 2015, l'application sera bientôt enrichie d'une nouvelle fonctionnalité : "Nous testons une autre solution en partenariat avec la SNCF sur la gare Montparnasse et la gare de Lyon, avec des capteurs installés dans les stations de taxi qui comptent les clients qui attendent et les taxis présents dans la file d'attente. Cela permet d'apporter le service nécessaire au bon endroit", raconte Aurélien Lopes.

Un service qui pourrait s'avérer utile lors de l'Euro 2016 : "Un touriste, juste de par sa présence, sera reconnu par le capteur et le taxi le plus proche de lui viendra le chercher. Il ne paiera pas les frais d'approche car il ne l'a pas commandé et en plus il n'a pas besoin de chercher un taxi."

Voilà pour les solutions les plus abordables. Mais certaines, plus futuristes, seraient d'une efficacité redoutable.

La plateforme de BestMile permettrait d'acheminer les spectateurs au stade dans des navettes autonomes

La start-up suisse BestMile en est persuadée : l'avenir du transport en commun passe par les navettes autonomes. "Nous avons développé un protocole qui permet à notre plateforme de communiquer avec n'importe quel véhicule autonome via le réseau cellulaire. Il permettrait de diriger, par exemple, un service de bus sans conducteur qui iraient des parkings éloignés vers les stades pour y déposer en continu les spectateurs, tout en s'adaptant à la demande, en détectant les personnes qui attendent aux arrêts, par exemple", raconte Maud Simon, porte-parole de l'entreprise.

"Un véhicule autonome seul na pas conscience de l'environnement global dans lequel il est. Notre logiciel permet d'éviter que deux véhicules autonomes arrivent au même arrêt en même temps et de fluidifier la circulation. La navette récupère ainsi les gens de la manière la plus efficace ", précise-t-elle.

Aussi avant-gardiste soit-elle, la solution de BestMile serait déjà prête pour les grands évènements, selon Maud Simon : "Nous avons transporté plus de 10 000 personnes sur un campus universitaire à Lausanne lors d'un test grandeur nature en partenariat avec le fabricant français de navettes autonomes EasyMile."

Mais revenons à des considérations plus terre à terre. Une fois arrivés au stade, les spectateurs représentent un nouvel enjeu, et pas des moindres, pour les autorités : la sécurité.

"Notre logiciel est capable d'identifier automatiquement des objets ou des actions qui n'ont pas lieu d'être aux abords d'un stade"

Pour les aider à repérer les objets et comportements dangereux sans avoir à installer plusieurs barrages filtrants, le spécialiste allemand Bosch Security Systems s'appuie lui aussi sur les caméras. "Nous travaillons sur les métadonnées, c'est-à-dire toutes les informations que nous pouvons tirer de la vidéo. Notre logiciel est capable d'aller identifier des objets ou des actions, comme quelqu'un qui emprunte une issue de secours, qui n'ont pas lieu d'être aux abords d'un stade et d'alerter automatiquement les services de sécurité", raconte Fabrice Carbonel, chargé de mission auprès du président de Bosch, en charge de la smart city et des partenariats.

Côté sécurité toujours, un nouveau système venu des Etats-Unis a récemment été testé grandeur nature lors de l'un des plus grands évènements sportifs mondiaux : le Super Bowl, la finale du championnat de football américain.

Cette innovation, c'est le contrôle des bagages en libre-service. Dénommé Qylatron, ce système est composé de casiers automatiques capables de vérifier en 12 petites secondes le contenu des sacs d'un spectateur. Concrètement, chaque appareil installé à l'entrée des tribunes contient cinq casiers, dans lesquels un supporter dépose ses affaires en scannant son ticket. Si le scanner intégré détecte un objet interdit, le casier devient rouge et la porte se ferme jusqu'à l'intervention du service de sécurité. Si tout est en ordre, il devient vert et l'usager peut récupérer ses affaires en scannant à nouveau son ticket.

Les spectateurs scannent eux-mêmes leurs bagages dans le Qylatron avant d'entrer dans le stade. © Qylur

"Cela représente un gain de temps considérable car il n'y a plus besoin de tout fouiller et de vider les sacs. En une heure, jusqu'à 1 000 personnes peuvent être contrôlées sans intervention humaine, même si une équipe est toujours présente pour vérifier que tout se passe bien", affirme Yair Dolev, vice-président de Qylur Intelligent Systems.

Un système selon lui plus efficace pour la gestion des flux de spectateurs mais aussi plus pratique pour les spectateurs : "Contrairement aux contrôles humains, où des femmes ne peuvent être fouillées que par des femmes, et des hommes que par des hommes, et où il y a plusieurs files d'attente, le Qylatron ne sépare pas les familles et les groupes, ce qui fluidifie leur entrée."

Proposé sous la forme d'un abonnement qui comprend l'installation, la gestion et la maintenance des appareils, Qylatron reviendrait entre 20 centimes et 1 dollars par spectateur selon la liste d'objets interdits de l'enceinte.

Séduit par ces appareils, Disneyland Paris les a déjà récemment testés. Mais aucun stade européen ne les a pour l'instant adoptés.

Smart city