Valérie Pécresse (Région Ile-de-France) "Le prix du Navigo augmente en contrepartie d'investissements sur des services innovants"

La présidente de la région Ile-de-France présente de nouvelles offres connectées dans les transports franciliens et plaide en faveur de l'open data.

Valérie Pécresse, présidente de la région Ile-de-France. © Région Ile-de-France

JDN. Dans votre programme "Faire de l'Ile-de-France la 1ère Smart région d'Europe", vous présentez un grand volet open data, notamment sur les transports. Vous y annoncez vouloir créer une plateforme où l'on pourrait suivre leurs déplacements en temps réel. A quel horizon comptez-vous la créer ?

Valérie Pécresse. La région est très en retard sur le transport intelligent, notamment en ce qui concerne l'information, la billettique et le réseau Internet. Nous allons agir sur ces trois sujets. Le site et l'application Vianavigo vont d'abord se transformer en véritables calculateurs d'itinéraires multimodaux en temps réel et prédictifs. Une première version sortira en 2018.

L'objectif est de modifier les comportements des voyageurs. Nous avons calculé qu'il suffisait que 10% d'entre eux prennent les transports un peu plus tôt ou un peu plus tard pour décongestionner complètement le réseau. S'ils savent par exemple une heure avant de partir qu'il faudra attendre 10 minutes de plus pour monter à bord d'un train moins plein ou que des places seront libres dans le parking où ils doivent se garer en partant 10 minutes plus tôt, cela pourra les inciter à modifier leur parcours. A terme, tous les modes de transport seront disponibles sur ces services, y compris le vélo et covoiturage.

Nous voulons d'ailleurs donner un coup de pouce au covoiturage, qui a besoin d'avantages compétitifs pour réellement démarrer, avec des expérimentations sur des bandes d'arrêt d'urgence sécurisées sur autoroute dédiées au transport en commun express et au covoiturage ainsi que des places de parking réservées aux covoitureurs.

 

"Nous mettrons en ligne dès la fin 2016 le compte client Navigo"

Et que comptez-vous faire dans la billettique et le réseau Internet ?

Nous mettrons en ligne dès la fin 2016 le compte client Navigo qui offrira la possibilité aux usagers d'y gérer leur abonnement et de le renouveler en ligne, sans avoir besoin de perdre du temps dans les files d'attente le 1er du mois ou d'acheter le boîtier à 7 euros qui leur permet pour l'instant de recharger leur carte directement depuis leur ordinateur. Et en 2018 nous lancerons le Smart Navigo, sur le modèle de ce qui se fait à Londres, c'est-à-dire que les utilisateurs paieront à la fin du mois ou de leur séjour le tarif le plus avantageux en fonction de leur utilisation. Si le système se rend compte qu'un abonnement hebdomadaire revient moins cher qu'un mensuel, alors il appliquera la tarification la moins élevée. Cela deviendra à terme un portefeuille électronique multi-services, qui sera aussi porteur d'offres additionnelles.

 

Avec quels moyens ? L'augmentation de 3 euros du passe Navigo mensuel à partir d'août 2016 qui vient d'être annoncée contribuera-t-elle au financement de ces projets ?

Tout cela se fera grâce au budget de financement du Syndicat des Transports d'Île-de-France (STIF) que je préside, c'est-à-dire 9 milliards d'euros. Je suis en ce moment même en négociation avec le Premier ministre Manuel Valls pour obtenir un rééquilibrage du budget.

Le prix du Navigo n'augmente et n'augmentera qu'en contrepartie d'une augmentation de la qualité du service rendu, notamment grâce à des services innovants. La hausse de 3 euros à partir du mois d'août sur l'abonnement mensuel financera ainsi le lancement du plan "1000 bus", une partie du plan de renouvellement du matériel roulant (700 rames d'ici 2021) et le déploiement de la vidéoprotection.

 

"Deux appels à projets sont prévus pour 2017 : un sur l'IoT et un sur l'impression 3D, avec une dotation d'un million d'euros"

Vous voulez que l'API de ce calculateur soit ouverte. Comment les entrepreneurs pourront-ils soumettre leurs idées de services innovants imaginés à partir des données ouvertes ?

L'objectif est d'entretenir une dynamique avec les start-up franciliennes pour intégrer de nouveaux services innovants. Elles pourront bénéficier de l'open source au fur et à mesure des appels à projet qui seront lancés. Deux sont déjà prévus pour 2017 : un sur le thème de l'IoT et un autre sur celui de l'impression 3D, avec une dotation totale d'un million d'euros.

 

Qu'est-ce que la région attend de l'open data par défaut, qui prévoit l'ouverture automatique de toutes les données au plus tard le 1er janvier 2018 ? Dans quels autres secteurs que les transports l'open data pourra améliorer les services de la région ?

Il s'agit de faire en sorte que les entrepreneurs puissent se saisir de toutes les problématiques de la région. Je vois notamment de belles opportunités dans l'open data touristique, car c'est un vivier de création de richesses inexploité. En ouvrant les données des restaurants, des hôtels, et de tous les lieux touristiques, il y aura la possibilité de créer des services additionnels. Il y a 31 millions de touristes par an en Ile-de-France, plus que le Royaume-Uni sur toute une année. En améliorant leur parcours dans la région, on les incite à prolonger leur séjour et en leur proposant des services connectés personnalisés de dépenser plus chez nous. S'ils restent ne serait-ce qu'une journée de plus, c'est 31 millions de nuitée supplémentaires. Et chaque jour un touriste dépense en moyenne 30 euros. Si l'on parvient à faire grimper ce montant au niveau espagnol, c'est-à-dire 40 euros quotidiens, cela va créer énormément de valeur.

"Ouvrir les data des 25 bassins d'emploi de la région permettra de faire correspondre offre et demande au mieux"

L'open data sera aussi très intéressant pour l'emploi. Aujourd'hui, quand Pôle Emploi trouve un travail à l'autre bout de l'Ile-de-France à un Francilien, il considère qu'il a rempli sa mission. Ouvrir les data des 25 bassins d'emploi de la région permettra de faire correspondre offre et demande au mieux et les habitants pourront aussi choisir leur lieu de résidence en fonction de leurs compétences, par exemple. Il s'agira aussi de mieux adapter l'offre de formation en fonction des métiers en tension, sachant qu'il y a 500 000 offres non pourvues actuellement en Ile-de-France.

 

Que répondez-vous aux transporteurs, notamment, qui ont peur de se faire piller leur savoir-faire industriel via l'open data ? N'avez-vous pas peur que cela affaiblisse les entreprises ?

Les professionnels ont toujours été un peu sur la défensive à ce sujet, comme l'illustre la récente polémique entre la RATP et Citymapper sur les informations en temps réel. Il faut passer à une dynamique offensive. Si le service est meilleur sur Smart Navigo, il n'y aura aucune raison d'aller télécharger l'application d'un autre. La donnée a une valeur, il faut l'utiliser nous-même tout en laissant ceux qui ont des idées innovantes développer des services additionnels.

Il ne faut pas rester dans une logique de blocage simplement parce que l'on a peur. Il est nécessaire de remettre la notion de prise de risque dans la gestion publique. Nous allons donc apprendre en marchant, c'est-à-dire tout ouvrir et nous protéger au fur et à mesure. J'ai déjà obtenu l'accord de la RATP et de la SNCF sur ce point.

 

"A Saclay, nous planchons avec Keolis sur un service de navettes sans chauffeur qui reliera la gare RER au campus"

D'ici à la fin de l'année, 150 des 380 gares SNCF d'Ile-de-France seront équipée en WiFi. Quand le seront-elles toutes ?

Nous ciblons d'abord les plus grandes gares en termes de trafic. A terme, elles seront toutes équipées. Nous voulons aussi mettre un accent particulier sur les zones rurales avec l'opération "1 000 tiers-lieux à l'horizon 2021". Concrètement, 330 gares et bureaux de Poste ruraux seront équipés. Par ailleurs, l'intégralité du réseau RATP sera couvert par la 3G ou la 4G d'ici 2018.

 

La start-up française Navya teste en première mondiale ses navettes autonomes dans le centre-ville de Sion, en Suisse. Pourquoi pas en Ile-de-France ?

On y travaille. Je préside le campus de Saclay, où l'on planche avec Keolis sur un appel à projets sur le véhicule autonome pour mettre en place le plus vite possible un service de navettes sans chauffeur qui reliera la gare RER au campus. C'est aujourd'hui faisable car c'est un lieu relativement clos avec une voie de circulation dédiée.

Le vrai problème, c'est le franchissement des routes. Il faut, comme à Saclay, des itinéraires dédiés pour garantir une sécurité maximale. A court terme, ce sera donc réservé à des quartiers conçus dans l'idée d'y faire circuler des minibus sans chauffeur, car il serait trop coûteux de réaménager des quartiers en fonction de cela. L'appel à projets "100 nouveaux quartiers innovants et écologiques" sera notamment l'occasion pour la région de s'équiper.

 

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