L'autoroute aussi va devenir de plus en plus smart

Convaincues qu'il n'y aura pas de voitures connectées sans routes connectées, la Sanef, Colas ou encore Vinci se lancent dans une course à l'innovation.

La révolution de l'automobile ne se fera pas sans révolution de l'autoroute. Une évidence pour Joziene van de Linde, directrice de l'innovation du spécialiste néerlandais du BTP Heijmans, qui s'inquiète toutefois du retard pris sur les infrastructures : "Aujourd'hui tout devient plus intelligent, sauf les équipements routiers. Sachant qu'il y aura de plus en plus de moyens de transport alternatifs et qu'il sera de plus en plus facile pour les usagers, il est nécessaire que l'autoroute devienne plus attractive pour que la voiture le soit elle aussi."

"Aujourd'hui tout devient plus intelligent, sauf les équipements routiers"

"Nous sommes persuadés que la solution à cette problématique passe par la création d'interactions entre les voitures et les équipements autoroutiers. Cela peut être possible, par exemple, en plaçant dans la chaussée des capteurs qui vont avertir automatiquement et en temps réel l'automobiliste et l'opérateur de son état. Et c'est essentiel car la voiture autonome ne pourra circuler correctement que sur des chaussées de qualité irréprochable. Et si ce n'est pas le cas, il faut au moins qu'elle puisse en être avertie", poursuit-elle.

Le français Eurovia travaille justement sur un projet de ce type, nommé Smartvia, qui permettra, grâce à une chaussée connectée, de détecter immédiatement les besoins de maintenance, notamment. Mais Ivan Drouadaine, le directeur du centre de recherche de cette filiale de Vinci, compte aller encore plus loin : "Nous voulons faire du big data mobilité avec des capteurs placés dans l'enrobé ou sur le bas-côté des voies qui pourraient accrocher les adresses d'identification des voitures et des smartphones en circulation, via le réseau Bluetooth."

Intégrés à la chaussée, ces capteurs permettent aux véhicules de communiquer avec la route. © Eurovia

Avec sa filiale Signature, Eurovia imagine aussi des équipements de bord de route qui pourraient venir en aide à la voiture autonome. "Il s'agirait par exemple d'alerter le véhicule de la présence d'un autre usager dans une zone de non visibilité. Cela pourrait aussi à l'avenir remplacer le marquage au sol. Mais il reste aujourd'hui de nombreux points à travailler, notamment sur les types de boîtier et de fréquence les plus efficaces", précise-t-il.

Autre usage possible, selon la Sanef cette fois : la gestion du trafic. "Des antennes Bluetooth placées le long des autoroutes détectent les véhicules, les comptent, et en déduisent la densité de la circulation. Aujourd'hui, 20% des automobilistes sont connectés au Bluetooth, par leur smartphone ou leur véhicule, et cela nous suffit à détecter les bouchons", affirme Edouard Fischer, directeur des technologies et systèmes du groupe.

Ces antennes Bluetooth vont se multiplier au bord des autoroutes. © Sanef

Le groupe français offre déjà à ses utilisateurs, via son site, son application mobile et sa radio, la possibilité de mesurer en temps réel le temps de parcours en fonction de la direction souhaitée. "Nous avons même récemment signé un partenariat avec l'application communautaire Waze pour utiliser les informations collaboratives que les automobilistes y envoient et ainsi donner aux usagers le temps de parcours jusqu'à l'extérieur de notre réseau", renchérit-il.

Des informations qui permettent donc à la Sanef de prévoir les embouteillages mais aussi d'éviter certains d'entre eux : "Nous avons mis au point un système central intelligent qui analyse toutes les données de circulation et qui envoie si nécessaire des informations aux panneaux de signalisation pour réduire la vitesse maximale par tranche de 20km/h. Cet équipement fonctionne déjà sur l'A13 entre Mantes et Poissy et sur l'A4 à l'approche de Strasbourg : quand on voit le trafic arriver proche de la congestion on baisse la vitesse par tranche 20 km/h. On y observe en une réduction de 30% des bouchons", explique Edouard Fischer.

Autre problème qui pourrait être solutionné par les autoroutes intelligentes : celui de l'autonomie des batteries des voitures électriques, un frein important à leur développement : "Il faut miser sur l'électromobilité, c'est-à-dire sur la recharge des véhicules électriques sans contact, grâce à l'induction. Nous sommes en train de déterminer comment l'inclure dans la route de manière simple et peu coûteuse", affirme Pascal Tébibel, directeur de la prospective et des relations institutionnelles chez Colas.

"Et cela va aller bien plus vite que prévu. C'est même pour dans moins de dix ans, car tous les spécialistes du secteur collaborent entre eux, avec les start-up et les organismes de recherche pour accélérer sur ce sujet", ajoute-t-il. Les premiers essais sont d'ailleurs sur le point de commencer : l'institut de transition énergétique VeDeCom recevra en juillet prochain un équipement qui lui permettra de tester dès septembre 2016 en conditions réelles, sur une piste privée, la recharge par induction de véhicules en marche.

L'institut VeDeCom testera sur cette piste la recharge par induction de véhicules en marche dès septembre 2016. © JDN

Un autre outil pourra, lui, garantir à l'avenir la sécurité du véhicule autonome sur les autoroutes : la solution Novatherm, imaginée par Eurovia. Face à la neige et au verglas, difficile de prévoir le comportement des voitures sans chauffeur. Une difficulté qui pourrait être réduite à néant par ce système qui réchauffera la chaussée, et fera ainsi fondre la couche de glace, grâce à des tuyaux géothermiques installés sous la route. Concrètement, ils récupèrent la chaleur naturelle du sol, stockée et renvoyée vers la surface par une pompe à chaleur. Celle-ci se met en route automatiquement quand les capteurs placés dans l'enrobé détectent le froid.

"Il est possible de récupérer la chaleur de la chaussée pour la redistribuer aux bâtiments à proximité"

Mais ce n'est pas là la seule utilité du projet : "En plein été, la température de la chaussée peut monter jusqu'à 60 degrés. Il est alors possible de récupérer cette chaleur pour la redistribuer aux aires de repos, voire même aux bâtiments à proximité", imagine Ivan Drouadaine. Malgré l'immensité des travaux qui l'attendent pour équiper tout ou partie du réseau, l'entreprise veut s'y mettre rapidement : "Des démonstrateurs seront déployés en France dans les 24 prochains mois", annonce-t-il.

Il en va selon lui de l'intérêt même des professionnels du secteur : "L'autoroute n'est pas toujours bien accueillie par le voisinage, mais si elle chauffe la piscine de la ville ou de l'installation agricole d'à côté, ça change tout."

 

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