Didier Marginèdes (Blue Solutions) "Nous travaillons sur une future Bluecar autonome pour contrer Uber"

De l'autopartage à la voiture sans chauffeur, le vice-président du spécialiste des nouvelles mobilités du groupe Bolloré se prépare aux prochaines évolutions du marché des transports.

Didier Marginèdes est vice-président de Blue Solutions. © Blue Solutions

JDN. La première ligne de bus 100% électrique de la RATP a été officiellement lancée fin mai 2016 à Paris. C'est votre Bluebus qui a été choisi pour l'équiper. Qu'attendez-vous de cette expérimentation et quels sont vos objectifs ?

Didier Marginèdes. Nous allons livrer à la RATP une trentaine de bus d'ici la fin de l'année. Elle testera aussi des véhicules espagnols, polonais et chinois mais nous sommes les seuls à nous engager sur une ligne entière. Ce sera l'occasion pour nous de tester un certain nombre de technologies, notamment sur la recharge, qu'il faudra optimiser. Nous avons tous les outils pour le faire mais il faut maintenant voir à l'usage. Notre objectif est d'être prêts en 2017 pour l'appel d'offres de la mairie de Paris, qui veut remplacer ses 4 500 bus d'ici 2025.  

 

Est-ce l'occasion pour vous d'imaginer des solutions smart grids ?

On travaille sur les réseaux électriques intelligents pour optimiser la production et la consommation d'électricité localement. Nous avons déjà lancé des expériences à ce sujet en Afrique et au Cambodge, au niveau des temples d'Angkor, où il y a de gros problèmes de pollution. Les abris des bus électriques qui tournent la journée sur les universités d'Abidjan (Côte d'Ivoire) et de Yaoundé (Cameroun) ont été équipés de panneaux solaires et de batteries. A Paris, nous discutons avec la ville pour mettre en place ce type de stations solaires. Cela l'intéresse mais c'est très compliqué à cause des règles strictes des monuments historiques, devant lesquels il est impossible d'installer des panneaux solaires.

 

Avec le projet Belib', la ville de Paris installe des bornes capables de recharger n'importe quel véhicule électrique en une heure, contre sept sur le réseau Autolib'. Qu'en pensez-vous ?

C'est une très bonne chose car nos stations sont surpeuplées de véhicules tiers. Même BMW a fait une publicité pour son modèle i3 en indiquant offrir une carte Autolib' pour la recharger plus facilement. La situation était telle que nous nous retrouvions avec des stations qui n'avaient plus ou trop peu de places pour accueillir nos clients. Cela ne pouvait pas continuer comme cela.

 

"Sur l'autopartage, notre regard est plutôt tourné vers l'étranger"

Vous lancez à Londres Bluecity, un service d'autopartage basé sur les 1 400 bornes de recharge électrique du réseau Bluepointlondon, que vous opérez désormais. Où en êtes-vous ?

Nous testons actuellement le service avec une vingtaine de véhicules. Il sera ouvert aux Londoniens en septembre 2016 avec dans un premier temps entre 100 et 200 voitures disponibles. Le service sera le même qu'avec Autolib' à Paris, à la différence que nous ne serons pas les seuls sur le marché. Nous souhaitons aussi augmenter le nombre de bornes et atteindre les 6 000. Il y en a qui sortiront de terre dès 2016 mais avec le changement de maire et les négociations qui doivent se faire quartier par quartier, cela prend beaucoup de temps.

 

Souhaitez-vous développer davantage l'autopartage en France ?

Notre regard est plutôt tourné vers l'étranger sur l'autopartage. Car pour qu'il soit efficace, il faut un certain nombre de prérequis. Les villes françaises sont trop petites pour que cela fonctionne. Nous sommes présents à Lyon et à Bordeaux mais l'engouement n'est pas le même qu'à Paris, où posséder une voiture est devenu un vrai luxe.

En ce qui concerne l'étranger, nous nous focalisons sur les Etats-Unis. Nous travaillons déjà à Indianapolis et nous annoncerons d'ici la fin de l'année un contrat dans une très grande ville  de la côte Ouest. Avant la fin du mois de juin 2016, nous devrions aussi officialiser un contrat avec une grande ville asiatique, toujours pour un service d'autopartage de véhicules électriques. Nous y avons remporté un appel d'offres pour 1 000 voitures.

 

Comptez-vous proposer de nouveaux services grâce au big data ?

On y réfléchit pour l'optimisation du trafic ou pour proposer des informations complémentaires sur des services utiles aux usagers. Polyconseil, une société de notre groupe, gère déjà les data d'Autolib' en ce qui concerne le positionnement des véhicules, pour que les voitures soient au bon endroit, c'est-à-dire là où il y a de la demande. Nos clients reçoivent ainsi des notifications push sur leur smartphone leur indiquant que s'ils ramènent une voiture dans le centre, là où il en manque, leur trajet sera gratuit.

 

"Nous allons partager nos données avec la RATP, qui pourra les intégrer dans son application"

Et en ce qui concerne l'open data ?

Notre philosophie c'est de tout développer nous-même, en interne. Cependant, en offrant la possibilité aux détenteurs d'un pass Navigo d'y charger directement leur abonnement Autolib', nous allons partager nos données avec la RATP, qui pourra les intégrer dans son application. Les trajets proposés pourront ainsi comporter des portions en Autolib'.

 

Craignez-vous la concurrence des voitures autonomes ? Comment vous y préparez-vous ?

Notre vrai concurrent, c'est Uber. D'autant plus qu'ils auront dans un futur proche des voitures sans chauffeur. Nous suivons cela de très près et nous travaillons d'ores et déjà sur une future Bluecar autonome. En termes d'innovation, nous avons aussi remarqué que ce qui ennuyait le plus les clients aujourd'hui, c'est d'avoir à brancher et à débrancher le véhicule sur sa borne de recharge. Nous sommes donc très intéressés par toutes les technologies de recharge par induction.

 

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