L'IoT fait parler les marchandises pour créer de nouveaux services

En connectant leurs produits, les industriels peuvent aller plus loin que suivre leur acheminement : ils génèrent de nouvelles lignes de business.

398 mètres de long sur 54 mètres de large. Le plus gros porte-conteneurs du monde appartient à l'armateur tricolore CMA CGM et arbore le pavillon français. Ce géant des mers peut transporter jusqu'à 17 222 conteneurs. Pour gérer plus efficacement le ballet de ces grandes boites en métal qui pèsent plusieurs dizaines de tonnes lorsqu'elles sont pleines, l'entreprise a décidé de les connecter. Elle a pour cela fait appel aux services de la société marseillaise Traxens, dont elle est l'un des principaux investisseurs.

Fondée en 2012, l'entreprise compte rendre les 20 à 25 millions de conteneurs qui circulent dans le monde communicants, grâce à son réseau maillé Trax-net et à ses objets connectés baptisés les Trax-box, qu'il suffit de fixer sur lesdits conteneurs. "Ils sont capables d'analyser la position, la température, les vibrations mais aussi les chocs", détaille Michel Fallah, PDG de Traxens.

"Dans les entrepôts des ports ou sur les bateaux, les conteneurs sont toujours plusieurs installés côte à côte. Lorsque le moment de transmettre leur données dans le cloud est venu, au lieu de se mettre en route et d'envoyer leur message chacune de leur côté, les Trax-box élisent celle qui dispose du meilleur signal de communication et du maximum de batterie. C'est elle qui se charge de transférer les data de l'ensemble des conteneurs communicants", poursuit-il. Cela permet aux autres d'économiser de l'énergie. Pour deux envois d'informations programmés chaque jour (le client peut choisir la fréquence), elles ont en moyenne une durée de vie de trois ans.

Traxens compte rendre communicants les 20 à 25 millions de conteneurs qui circulent dans le monde

Traxens fait payer aux armateurs comme CMA CGM un abonnement à ces données. Elles leur permettent entre autre de gérer de manière plus efficace le chargement et le déchargement des conteneurs. Mais ils ne sont pas les seuls à être intéressés par ces informations. Les entreprises qui font transporter leur production de fruits, par exemple, ont aussi tout intérêt à savoir si la température de leur conteneur a dépassé les 30 degrés pendant la traversée. Dans son business model, la jeune pousse a donc prévu de proposer des abonnements à ces sociétés.

Mais les potentiels développements de l'IoT dans la logistique sont loin de se limiter aux conteneurs. L'ensemble des supports de transport (camions, palettes...) peuvent être connectés, mais également les marchandises elles-mêmes. Le toulousain Ffly4u teste depuis janvier 2016 ses capteurs permettant de mesurer l'ensemble des facteurs environnementaux d'une marchandise (localisation, température, vibrations, chocs, humidité…) dans le cadre d'une dizaine de projets pilotes, conduits notamment avec Saint-Gobain.

En exploitant ces informations, les clients de Ffly4u peuvent travailler de manière plus efficace. Un industriel produisant du plâtre dans la région parisienne (et dont Ffly4u ne peut donner le nom) a décidé de rendre communicantes la centaine de remorques qu'il utilise chaque jour pour transporter sa production, afin d'en optimiser le flux. En sachant exactement où sont situées sur son site de production les camions vides et ceux qui sont pleins, l'entreprise met moins de temps à réaliser le même travail, avec moins de matériel, et effectue donc des économies directes.

Ffly4u a levé 700 000 euros en février 2016

Connecter leurs marchandises permet également aux sociétés de vendre des services supplémentaires à leurs clients. "Un producteur de produits laitiers peut par exemple proposer à ses distributeurs, moyennant finance, d'assurer la gestion de ses stocks périssables dans leurs entrepôts. Grâce aux données envoyées régulièrement par les capteurs, il lui est facile de prévenir son client que ses yaourts ne sont toujours pas en rayon alors qu'ils sont à trois jours de la date limite de consommation", illustre Olivier Pagès, PDG de Ffly4u. Les producteurs pourront également prouver aux distributeurs que leurs marchandises ont été transportées dans de bonnes conditions, que la chaîne du froid n'a pas été rompue.

Ffly4u, qui a levé 700 000 euros en février 2016, a connecté plusieurs dizaines de tourets de câbles électriques, produits par l'un de ses clients. "Grâce à la géolocalisation, il sait désormais exactement quand ses produits arrivent sur un chantier, et quand ils ont été déplacés par les ouvriers pour être utilisés." Une information qui a de la valeur pour l'entreprise de BTP cliente, qui peut ainsi savoir à quel rythme travaillent ses équipes sur le terrain. Localiser les tourets permet également de lutter contre le vol.

A une époque où de nombreux industriels essayent de basculer d'un modèle économique 100% produit à un business model mixte, mêlant produit et service, les nouvelles prestations que le mix IoT / logistique permet de développer promettent d'attirer de nombreuses entreprises.

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