En 2030, une France en manque de main d'oeuvre ?

Pénurie de main d'oeuvre en 2030 Les employeurs se dirigent tout droit vers une pénurie de talents, indique le BCG. Un déficit qui ne menace pas seulement l'Hexagone.

Des entreprises cherchant désespérément des salariés disponibles ? Une situation difficile à imaginer, tant elle semble éloignée de la réalité actuelle, marquée par un chômage de masse. Pourtant, d'après une récente étude du Boston Consulting Group (BCG), la plupart des pays se dirigent vers un cruel déficit de talents dans les années à venir. Et la France ne fait pas exception.

Les anticipations du BCG comparent, dans 25 pays, l'évolution escomptée de la main d'œuvre avec le besoin attendu des entreprises. Ce denier se base en particulier sur les gains de productivité et le taux de croissance prévus. 

En France, les analystes tablent sur un manque de main d'œuvre disponible d'ici à 2030. Selon les scénarios, l'écart entre la demande et l'offre d'emploi oscille entre 1% de déficit (moins de salariés disponibles que de besoin) à 5% d'excédent, un chiffre trop faible pour que tous les postes soient parfaitement pourvus.

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Le tableau ci-dessus doit se lire ainsi : "Sur la base de la croissance observée ces 20 dernières années, la France affichera un déficit de main d'œuvre de 1% en 2030." © BCG

Certains pays comme les Etats-Unis devraient rester excédentaires... mais ils restent l'exception : dans la plupart des économies étudiées, la situation est bien plus alarmantes qu'en France. Des déficits de main d'œuvre béants menacent le Brésil (jusqu'à -34% en 2030), la Corée du Sud (jusqu'à 26%) ou encore la Russie (-24%).

"La structure démographique de la France est en bien meilleure forme que celle de l'Allemagne"

Plus proche de nous, c'est le cas allemand qui attire l'attention. Le BCG estime que, au rythme actuel de croissance, il manquera 23% à 27% de main d'œuvre en 2030 outre-Rhin. La faute, en particulier, à une démographie en berne. De 43 millions aujourd'hui, la population active devrait chuter à 37 millions en 2030. Pire : les courbes de l'offre et de la demande de travail doivent se croiser dès... 2015. Concrètement, cela signifie que la croissance allemande sera incapable de poursuivre sur sa lancée sans de profondes évolutions touchant à l'immigration, au taux d'emploi des femmes et des seniors, au temps de travail ou à la productivité.

Comme l'écrivent les auteurs de l'étude, "la structure démographique de la France est en bien meilleure forme que celle de sa voisine l'Allemagne". Une comparaison pour une fois favorable à l'Hexagone mais qui ne doit pas occulter les conséquences en chaîne : si la croissance allemande cale à cause de sa démographie, l'économie française en subira nécessairement le contrecoup.

BCG