La constance du manager

En période de turbulence, la constance du manager se révèle une nécessité. Encore faut-il connaître ce qui l'alimente.

Ce que la période de turbulence et d'incertitude actuelle nous permet de constater c'est que, plus que jamais, la constance demeure une qualité essentielle. Elle l'est, par exemple, pour les parents qui, voyant leur enfant soumis à d'innombrables stimuli, cherchent à leur transmettre une façon de trouver dans ce monde en effervescence une raison d'être qui aille au-delà du court terme. Elle l'est tout autant pour le manager qui, devant la force des vagues qui assaillent son organisation, cherche à rassurer ceux qui dépendent de lui et à leur transmettre l'espoir de jours meilleurs.

Ce réconfort et cet espoir, il les alimentera à même son attitude devant les vicissitudes de la vie organisationnelle. C'est de la constance dont il fera montre au quotidien que les cadres comme les employés tireront l'inspiration dont ils ont besoin pour affronter au jour le jour les effets de la crise. Cette constance proviendra principalement de la force de sa vision, du courage de ses actions et de l'humilité de sa démarche.

La force de sa vision

Nul marin ne serait prétendre pouvoir garder le cap sur une mer agitée s'il n'avait en tête, de façon continue, sa destination. Sa connaissance des caprices de la mer et de la sournoiserie du vent ne lui serait d'aucun secours s'il ne pouvait se référer constamment, par-delà l'horizon tourmenté, au port qu'il cherche à atteindre. Sans cette vision du port, il ne saurait quel ordre lancer, quel angle donner au gouvernail ni comment muer le vent contraire en opportunité de rallier plus rapidement le rivage. Le manager fait face, en période d'incertitude et de crise, aux mêmes difficultés.

Il lui faut constamment se référer à sa vision afin de montrer une direction claire malgré les méandres de l'adversité contre lesquels son organisation doit se débattre. Sans cette direction, c'est-à-dire sans cette vision, les membres de l'organisation chercheront à satisfaire tout d'abord leur besoin de sécurité et se retrancheront sur tout ce qui est susceptible d'y répondre risquant ainsi de scléroser l'organisation au moment où elle gagnerait à faire montre de plus de souplesse. En période de bouleversement, il n'est plus temps d'expliquer mais de séduire par la force de ce que l'on propose et la clarté de la direction que l'on indique. Et seule une vision constamment ressassée peut avoir cet effet.

Le courage de ses actions
Dans la tempête, le capitaine a intérêt à ménager ses pas. Il ne peut être partout à la fois tout en étant présent là où cela compte, là où les décisions portent : au poste de pilotage. Il est trop tard pour descendre dans la cale vérifier si tout se passe bien ou si le bateau ne manquera pas de combustible ! Il doit poser quelques gestes ciblés avec l'assurance de celui qui en a vu d'autres et qui inspire confiance à ceux qui l'écoutent. Il doit trancher et avoir le courage d'indiquer la voie même si le doute l'assaille.

Il en va de même du manager. Il doit puiser en lui-même la force nécessaire pour atténuer l'insécurité qui le tenaille et ne pas la transférer chez ses subordonnés. Il doit choisir soigneusement là où il doit poser un geste et ne pas se laisser distraire par la tentation d'intervenir tout azimut et confondre ainsi activités et actions. Ses interventions auront la portée de la confiance qu'on lui témoigne. Il n'est plus temps de construire cette confiance mais de la mériter dans les faits. Si sa vision est claire, ses actions le seront tout autant.

L'humilité de sa démarche
Malgré la vision et malgré les actions, le manager n'oubliera pas qu'il lui faut faire montre d'humilité et ne pas se laisser emporter par le tourbillon du mouvement généré par ses actions au risque d'en faire une de trop.  Tout comme le capitaine qui, ayant donné ses ordres et gardant l'oeil sur l'horizon, espère avoir fait ce qu'il fallait mais sait d'expérience que la mer peut être la plus forte, le manager ne perdra pas de vue que le leadership qu'il exerce est lié à la connaissance de lui-même et que le meilleur temps pour se découvrir est souvent en période de turbulence lorsque l'on prend le temps de se voir agir.
 
Il tirera donc profit de ces moments turbulents pour poursuivre le voyage en lui-même et donner suite à son apprentissage. Il demeurera humble dans l'exercice de ses fonctions, cherchant à rassurer sans prétendre tout savoir, ferme dans ses décisions mais compatissant envers ceux qu'il dirige. Bref, il se positionne en modèle au moment même où la situation l'exige le plus. Il devient le véritable attracteur (en référence à la théorie du chaos) dont l'organisation a besoin tout en se rappelant qu'il n'est pas l'organisation...

Conclusion

La constance, on le voit bien, est ce qui permet au manager d'offrir une image de congruence dont l'organisation a impérativement besoin en période d'incertitude et de turbulence. Mais, en même temps, cette constance représente un défi majeur dans le contexte où l'organisation est assaillie par de nombreux bruits susceptibles de la distraire de sa raison d'être. La constance du manager lui permet non seulement de maintenir le cap mais d'affermir résolument son rôle de modèle et de guide. Le véritable leader se révèle dans l'adversité. N'est-ce pas ce dont nos organisations et nos entreprises ont le plus besoin dans la période actuelle ?

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