Développement durable : la génération de la dernière chance

Seuls les 30/40 ans ont la passion et le savoir-faire pour transformer la seule course au profit en une vision durable de l'entreprise et de la planète. Ils forment la génération de la dernière chance.

Très récemment encore, une majorité de têtes pensantes de la société économique ne percevaient le développement durable que comme une coquille. Tantôt un vernis marketing pour promouvoir des produits et des services à peine modifiés, tantôt un camouflage managérial pour faire accepter des efforts drastiques d'amélioration de la performance.

Trop de directions générales d'entreprises restent aujourd'hui encore réticentes à des stratégies profondément orientées vers le développement durable. Au-delà des patrons militants ou déjà visionnaires, l'attitude est encore  portée, au mieux, vers le juste nécessaire, en règle générale, vers l'attentisme. En somme, on continue d'associer le développement durable à une  "passade" de l'économie de marché. Un peu comme un père regarde avec condescendance et aussi un peu d'inquiétude, la lubie vestimentaire d'un adolescent en mal d'identité. Pourquoi investir et s'investir dans cette démarche, qui demande un fort engagement sur le moyen/long terme, si la mode passe ?

Le mois de juin 2009 a apporté une partie de la réponse : le score de la liste écologique et l'engouement de la population envers le film "Home" ont définitivement fait voler en éclats ce point de vue désormais archaïque. Cette  "passade" s'est emparée de la société toute entière et c'est désormais au tour des décideurs de la politique, de l'économie et de l'ensemble des piliers de notre société de prendre en compte ce virage historique de la responsabilité environnementale.

Pour autant, il existe un risque majeur que le développement durable ne devienne, au lendemain de la crise, qu'un relais de la recherche du profit et du seul profit. Comme le dit l'indien Amartya Sen, prix Nobel, qui participe à la Commission sur la mesure de la performance économique et du progrès social pour définir de nouveaux indices économiques, "il faut  espérer qu'on ne reviendra pas au business as usual une fois le séisme de la crise passé". On doit en effet fortement redouter que ce nouvel élan ne contribue que faiblement aux enjeux majeurs d'un capitalisme responsable et d'une croissance durable. A savoir la réduction majeure des impacts environnementaux et celle des inégalités, pour ne citer que celles-là.

Puisqu'il y a un risque important, quelles sont néanmoins les raisons d'espérer ? La réponse : une catégorie de la population placée en première ligne. Car entre les aspirations visionnaires d'un peuple de citoyens et de consommateurs et la volonté de dirigeants d'entreprise soumis à des contraintes aiguës de performance économique, il existe une génération de la dernière chance. Ils - et elles - ont entre 30 et 40 ans. Ils font partie de ce que les sociologues appellent la  "génération X". Ils sont techniciens, agents de maîtrise, cadres, managers, directeurs de service, ou encore artisans et jeunes entrepreneurs. Ils sont rentrés dans la vie active dans les années 1990, directement plongés dans des années de course effrénée au profit. Ils ont évolué sous la pression permanente d'un système qui exige de toujours faire mieux, plus vite et plus fort. Aujourd'hui, ils occupent des postes à responsabilité et portent encore sur leurs épaules - et souvent plus que jamais en raison de la crise - des impératifs de croissance et de résultat.

Désormais, ils veulent être porteurs de l'espoir de voir triompher l'économie de marché responsable, et d'abandonner, une bonne fois pour toute, ce "business as usual", avec lequel l'humanité n'a aucun avenir. Qu'on ne s'y méprenne pas : rien ne se fera sans que cette génération ne décide se jeter à corps perdu dans cette bataille difficile. Il s'agira de refuser constamment les choix simples d'un point de vue uniquement financier. Il faudra que chacun, dans toutes ses décisions, à son niveau de responsabilité, cherche la mesure du juste équilibre entre sobriété environnementale et performance économique, paramètre essentiel qu'il faudra toujours respecter pour ne pas mettre à mal la santé de l'entreprise qui reste le pilier de notre croissance.

Des solutions existent. Chaque jour apporte son lot nouveau d'exemples d'entreprises performantes, qui font des innovations majeures quant à la sobriété de leurs impacts environnementaux. C'est ici cette chaine d'hôtels qui élabore un concept à la fois plus efficace et plus écologique. C'est là ce fabricant de matériels de nettoyage industriel qui engage toute sa stratégie vers un positionnement "vert". C'est encore cette marque de produits de luxe qui reconçoit, pas à pas, chaque pan de ses activités pour concilier croissance et développement durable.

Il s'agit d'un défi complexe car les exigences sont multiples et les solutions souvent difficiles à identifier. Mais c'est un défi à la hauteur des possibilités de cette génération, qui a grandi dans l'entreprise en apprenant que complexe ne veut pas dire impossible. C'est aussi  un défi majeur car pour faire triompher le développement durable en faisant de celui-ci "la norme du business", il ne faudra pas seulement "arroser les entreprises" où l'herbe pousse déjà. Il faudra aussi arroser là où le sol est aride...

Préserver la planète et la vie de nos enfants est l'un des plus grands challenges générationnels de ce siècle. On peut le voir comme un fardeau. On peut le voir aussi comme une chance : celle de donner un sens à une génération qui en a tant besoin. Une génération qui peut changer le cours de l'histoire pour un monde meilleur. C'est de toute façon la seule issue qui s'offre à nous.

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