Comment l'apprentissage collaboratif peut contribuer au développement du e-learning au Maroc ?

Malgré d'importants efforts du ministère de l'Education en faveur du e-learning, le taux d'abandon reste elevé.

En dépit des efforts fournis par le Ministère de l'éEucation nationale pour promouvoir le e-learning et malgré les moyens colossaux alloués à ces actions, nous constatons un taux d'abandon élevé et le nombre des bénéficiaires de la formation en ligne reste très bas par rapport au nombre total du personnel de l'éducation. En outre, plusieurs difficultés surtout d'ordre cognitif et métacognitif de la formation continue en présentiel sensées être surmontées par un apprentissage en ligne, persistent encore.

La conception de l'apprentissage en ligne, telle qu'elle est pratiquée sur nos dispositifs e-learning, est essentiellement basée sur une approche pédagogique transmissive. Le processus de transfert de connaissances est conçu sur un modèle de l'apprentissage individualiste, formalisé et automatisé. L'apprentissage est individuel, il est centré sur un utilisateur unique qui interagit avec un système, à une époque où bon nombre de psychologues, de pédagogues et de didacticiens stipulent que l'activité de l'apprentissage est sociale, affective et culturelle avant  qu'elle soit logique et fonctionnelle.

A cet égard et face aux cours dispensés en ligne, nos apprenants, constitués majoritairement d'enseignants (toutes catégories confondues), n'interagissent pas et ne collaborent pas malgré l'existence d'outils de communications synchrones et asynchrones qui sont mis à leur disposition (forum, chat, messagerie...). Faute d'interactions et de collaboration, les bénéficiaires de cette formation en ligne restent des  "consommateurs passifs" des ressources numériques mises en ligne, ce qui nuit au processus de l'apprentissage, et pourrait être à l'origine des signes d'essoufflement manifestés chez plusieurs apprenants, même au début de leur parcours de formation. Cela  accentue le taux de décrochage et, par voie de conséquence, pourrait  nuire à la fiabilité et l'efficacité de toute tentative de formation en ligne. 

En effet, la question de l'efficacité de l'apprentissage en ligne commence à susciter, plus que jamais, beaucoup d'intérêt au sein du Ministère de l'Education et préoccupe tous les acteurs impliqués dans le processus de cette nouvelle méthode d'apprendre. Certes, de nombreux programmes d'envergure sont maintenant offerts à distance sous un format électronique mais il existe encore beaucoup d'interrogations inhérentes à la performance véritable de tels environnements et aux apprentissages qui y sont réalisés.

A cet effet, une conscience pédagogique commence à se faire sentir, quoique tardivement, dans nos comportements à l'égard de la formation en ligne. Les approches pédagogiques, la stratégie pédagogique, l'ingénierie pédagogique, le design pédagogique... bref, plusieurs notions et paradigmes autour de la pédagogie commencent à s'infiltrer progressivement dans nos pratiques en e-learning. Cette prise de conscience aspire principalement à la recherche de nouvelles approches qui puissent améliorer l'apprentissage en ligne et créer un environnement propice au travail collaboratif qui sous-tend la dimension relationnelle de l'apprentissage où l'apprenant serait un partenaire dynamique dans le dispositif et concourt à la construction de ses connaissances. Cette dynamique de groupe remet en cause le processus d'apprentissage en ligne centré sur des mécanismes individuels et actualise des approches pédagogiques qui insistent davantage sur les dimensions sociales dans l'apprentissage en ligne.

Il est à préciser que la cognition, la culture et la technologie sont indissociables. Ces trois axes se retrouvent dans les développements récents des environnements d'apprentissage collaboratif. Dans ces environnements, la technologie ne constitue q'un élément d'une configuration complexe d'apprentissage. Cette configuration intègre en effet les objets d'apprentissage, les interactions entre les pairs, les apprenants, les tuteurs, le contexte institutionnel, les facteurs affectifs et motivationnels.

La technologie doit être au service de l'approche pédagogique et le recours aux activités d'apprentissage collaboratif offertes par les TIC telles que le wiki, le glossaire, le blog, les ateliers virtuels et les outils de communication synchrone et asynchrone pourraient contribuer positivement à l'instauration d'une nouvelle configuration d'apprentissage basée sur le travail collaboratif et coopératif.

En effet, cette collaboration en ligne permettrait aux réseaux d'apprenants d'organiser une relation d'échanges réciproques. Ce qui permettra d'atteindre la compréhension et la force d'un ensemble qui nous ne pourrions jamais obtenir par la simple addition des intérêts individuels. Chaque acteur tend en effet à justifier ses actes et se conduit en fonction de ces compétences. Les acteurs adoptent ainsi des conduites, des attitudes différentes. Ces différences témoignent de la pluralité des intérêts, des mondes de référence et des représentations.

Dans une approche socio-constructiviste, les connaissances de la communauté sont plus étendues que celles d'un seul individu, mais surtout que chaque membre de la communauté peut contribuer au développement cognitif du groupe. Lev Vygotsky nous explique que "c'est par l'interaction autour d'une activité que compétences et savoirs peuvent être explicités et que les membres d'un groupe peuvent dégager des stratégies pour atteindre des objectifs d'apprentissage communs."

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