Prime aux salariés : une mesure hâtive aux nombreux paradoxes

Et si la prime "dividendes" correspondait finalement à une mesure précipitée pragmatique et court termiste, quant elle aurait pu constituer une véritable réforme rapide dogmatique et pérenne ?

Cette interrogation se dessine nécessairement lorsque l'on parcourt les détails de la prime obligatoire. Malgré une volonté affichée d'accroître le pouvoir d'achat des salariés, cette mesure, élaborée à la hâte par le Gouvernement, révèle différents paradoxes : elle se  limite aux entreprises de plus de 50 salariés ; elle ne concerne que celles qui, dans cette catégorie, distribuent des dividendes en hausse ; elle n'impose aucun montant minimal, mais suggère un montant maximal de 1 200 euros au-delà duquel la prime "dividendes" échappe au régime des exemptions de charges sociales ; son montant peut être la conséquence d'une négociation ou, à défaut, d'une décision unilatérale de l'employeur.
Au-delà de ces premières constatations, la mise en place de cette prime, exemptée de charges sociales, est surprenante quand on sait que les dispositifs privilégiant l'exonération de charges sociales ont été gelés depuis 2007. N'y a t-il pas une contradiction du gouvernement à opter pour ce type de dispositif alors même qu'il s'est appliqué à réduire, voire supprimer, toutes les formes de niches, sociales ou fiscales ?
En outre, malgré la volonté du gouvernement de rendre cette prime "indolore" pour les entreprises grâce à l'exonération de cotisations sociales (dans la limite de 1 200 euros) et sa déductibilité de l'impôt sur les sociétés, la prime n'en demeure pas moins soumise au forfait social, qui a augmenté de 300 % en 3 ans ! Dans un contexte marqué par l'apparition de nouvelles charges pour les entreprises liées aux nombreuses pénalités sociales (seniors, handicap, pénibilité, égalité entre les hommes et les femmes, apprentissage...), cette prime, obligatoirement instituée dans les entreprises visées, contribue donc à alourdir davantage le coût du travail.

D'autres réflexions étaient possibles

La prime Sarkozy, une fois de plus, révèle le pragmatisme dont les pouvoirs publics font preuve en matière d'emploi et de pouvoir d'achat. Mais la valeur pratique de cette mesure sera-t-elle à la hauteur des attentes des salariés ? Connaîtra-t-elle une application pérenne ?
En tout état de cause, elle ne permettra pas de réconcilier le capital et le travail qui constituent les deux piliers des entreprises. Au contraire, elle risque de les éloigner encore un peu.
Il s'agirait là d'une conséquence paradoxale quand on connait les vertus d'autres systèmes, aussi dogmatiques que pragmatiques, dans lesquels les salariés sont associés aux bénéfices réalisés par l'entreprise du fait de leur "actionnariat raisonnable".

Sous ce rapport on aurait pu espérer qu'une réflexion autour de l'augmentation des salaires dans les entreprises conduise les pouvoirs publics à aller au-delà de l'instauration d'une prime salariale uniforme versée corrélativement à la distribution de dividendes en hausse et qu'elle soit au contraire l'occasion de réfléchir à un nouveau modèle d'entreprise permettant de réconcilier le capital et le travail.

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