Pourquoi les sondages sont-ils si critiqués ? Ce qu'en pensent les instituts

Face aux critiques de leur profession, trois grands noms des sondages développent la contre-argumentation des instituts : « Secrets de sondages » de Denis Pingaud, « La guerre des sondagesé » de Hugues Cazenave et « Opinion, sondages et démocratie » de Roland Cayrol.

Un réflexe anti-démocratique
Ceux qui critiquent les instituts sont des adversaires des sondages, donc de l’opinion, donc de la démocratie. Ce premier tir de barrage, censé dissuader les critiques d’aller plus loin, est à ce point sommaire qu’on ne s’y attardera pas. Contentons nous de préciser – si besoin était – qu’on peut regretter la multiplication des sondages, sans vouloir les interdire.

Un coupable idéal en cas de défaite
C’est une des critiques adressées aux sondages, une de celles que les instituts aiment évoquer pour mieux la balayer d’un revers de main. Après tout, qui attaquent le plus souvent les sondeurs sinon des politiques (brutalement ou désespérément) confrontés à de mauvais sondages ? Denis Pingaud évoque ainsi Ségolène Royal devenue dans ses heures difficiles une « sondophobe » aussi obsessionnelle qu’irrationnelle mais somme toute représentative d’une classe politique qui trouve dans les mauvais sondages un exutoire facile. Hugues Cazenave enfonce le clou : « les exemples de candidats battus, d’hommes ou de femmes politiques en difficulté critiquant les sondages sont légion ». Comme si le débat actuel se résumait à un manque de fairplay et à quelques ambitions déçues…

Une lecture trop littérale des résultats
La critique des sondages s’appuie sur leur absence de fiabilité en plusieurs occasions. Or pour les instituts, les sondages se trompent rarement. Prenez le premier tour des présidentielles de 2002 devenu l’exemple même de l’incapacité des sondages à détecter les glissements d’opinion. Pour Denis Pingaud, l’érosion des intentions de vote en faveur de Lionel Jospin était pourtant évidente pour qui savait bien regarder les chiffres.  Hugues Cazenave va même plus loin : il ne fallait pas prendre les résultats au pied de la lettre mais « tenir compte des marges d’erreur qui entourent les résultats de tout sondage ».

L’extrapolation médiatique
A cette mauvaise lecture des résultats (auxquels il faudrait adjoindre le réflexe de tous ceux qui ont le malheur de prendre les sondages « au pied de la lettre ») s’ajoute le parti pris politique et sensationnaliste des médias. Que ne ferait pas un journal pour faire une couverture sensationnaliste, sinon trahir les résultats des sondages ? Pour nos professionnels, ce travers médiatique pèse aussi beaucoup dans le débat actuel. C’est dire qu’entre ceux qui ne savent pas lire et ceux qui extrapolent ou instrumentalisent les résultats, les pauvres instituts ne sont pas vraiment aidés !

Un nouvel exemple de la société du soupçon
La critique des sondages ignore que la méthodologie des intentions de vote est contrôlée par la Commission des sondages, un « organisme officiel indépendant composé de membres du Conseil d'État, de la Cour de cassation et de la Cour des comptes ». Mais que penser lorsqu’on sait que cette « sentinelle institutionnelle » ne donne les informations demandées qu’au compte goutte et n’a jamais sanctionné un institut ?

En guise de conclusion provisoire
Ainsi ce débat ne serait que le résultat d’ambitions politiques déçues, le fait de quelques extrémistes ennemis de la démocratie et le résultat d’une ignorance généralisée sur la bonne façon d’interpréter les résultats des sondages ? Heureusement non. Quoi qu’il leur en coûte, les instituts de sondages devront se résoudre à répondre aux critiques sur le fond. Le débat ne fait donc que commencer. Pour la démocratie, il n’est pas anodin qu’un pays aussi friands de sondages que la France prenne l’initiative de le mener jusqu’au bout.

 

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