Mobile vous avez dit « mobile » ? Analyse d’un mot dans l’air du temps.

Mobilité professionnelle, mobilité sociale, mobilité informatique, mobilité spatiale, Internet mobile… Le mot « mobile » se médiatise et multiplie les sens. Tour d’horizon d’un vocable multifonction.

Avec le développement des interfaces mobiles: portables, tablettes et autres smartphones, la mobilité est un enjeu majeur. Elle ouvre des perspectives nouvelles en termes d’organisation du travail. Pour passer à la mobilité, et donner à vos cadres un accès universel, la vraie question est « que faire tenir dans ces quelques centimètres » ?
Plus que la technologie, il faut penser à l’usage et privilégier les fonctions mobiles essentielles. 
A la radio, en rendez-vous, au café du coin, … le mot « mobile » se dévore à toutes les sauces. La mobilité est-elle devenue un enjeu essentiel, une raison d’être ? Inquiet,  je parcours la presse, cherche sur le JDN, consulte le dictionnaire, afin de répertorier tous les usages de la mobilité jusqu’aux fondamentaux de l’étymologie.
Les « geeks » et « early adopters » iront jusqu’à parler de « webisation cloud ». En effet, dans le bréviaire de tout actif qui se respecte et vit au futur, le mot « mobile » est d’usage fréquent car il résonne comme un air d’indépendance et qu’il fleure bon la liberté. C’est vrai, après tout, auriez-vous envie de consommer du « transportable » du « fluctuant », de posséder de « l’instable » ?
Adjectif ou nom commun, « mobile », du latin mobilis, ne trouve pas moins de sept emplois dans le dictionnaire.
Depuis les fêtes mobiles, (dont l’avantage est de toujours chômer un jour ouvré),  jusqu’à « tout ce qui se meut ou peut se remuer (salariés) ; en passant par « l’impulsion qui incite à agir » (bonus annuel), « les compositions artistiques faites de plaques légères agencées sur des tiges articulées, mises en mouvement par… » (le truc qu’on accroche), le téléphone sans ligne fixe (LE mobile),  les plantes à anthères mobiles ( ?), le mobile home (Ah les vacances US…), jusqu’aux gardes mobiles (mort aux…) dont l’objectif est finalement de maintenir fixe tout citoyen pris d’une frénésie de mobilité.
On notera que le Petit Robert précise même que la marque « Mobylette » résulte de la contraction du mot avec bicyclette.
Mais de l’internet ou de l’informatique mobile rien, pas un mot, les quelques cent-vingt millions d’euros de publicité plurimédia investis en 2011 pour promouvoir la mobilité n’y ont pas suffi.


Maintenant, si comme à l’image de l’auto, qui sans son élément « mobile » n’aurait pas lieu d’être ; vous souhaitez avec votre Ipod, Iphone, ou smartphone, devenir cet homme de ce XXIe siècle « mobile »… Attention ! Selon l’interlocuteur le mot ne plaisante pas : du chasseur de tête au juge il devient inquisiteur. Si, dans le premier cas, il faut mieux l’être (mobile); dans le second, chez le magistrat, si vous en avez un (mobile), il est conseillé de le devenir (mobile) et de traverser l’Atlantique pour se réfugier à… Mobile, Alabama.
C’est alors le moment de vous rappeler, dans le cadre de cette trajectoire, qu’un objet mobile est toujours défini à partir d’un point d’origine, fixe, et d’une succession de points qui par définition restent immobiles.

La mobilité, franchement, à quoi bon ?

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