Accepter les critiques ou l’art de progresser

Si vous êtes de ceux qu’on dit susceptibles, vous vivez sans doute très mal les commentaires sur votre personne ou sur vos actions. Pourtant, les critiques sont salutaires car elles nous font progresser.

Pour accepter d’être critiqué, il est utile de se répéter que la critique parle autant de celui qui la formule que de celui qui la reçoit, l’enfantine tirade « c’est celui qui dit qui l’est » est d’une grande pertinence. Cette petite astuce vous permettra de prendre le rôle de l’observateur (Que me dit-il de lui/d’elle ?) et d’être en peu en recul par rapport à ce qui se passe (ne pas être dans l’émotion au moment de la réception).

La critique parle de celui qui la formule

Si vous acceptez au moins comme une hypothèse de travail que l’autre vient vous chercher sur ses propres fragilités/obsessions vous aurez gagné un peu de confort. Quand quelqu’un s’exprime par le jugement « Ce n’est pas très intéressant ce que tu nous dit », ce qu’il avoue en fait c’est qu’il se juge lui-même le plus souvent, qu’il se questionne sur sa propre capacité à intéresser les autres dans ce contexte ou dans un autre. Il s’interroge à un tel point qu’il ne voit le monde qu’à travers ce prisme.

La critique parle de celui qui la reçoit

Il y a la critique en soi c’est à dire le fait d’être critiqué et le contenu de la critique. « Etre critiqué » c’est être pris en flagrant délit d’imperfection. Comme si la perfection était humaine ! Accepter la critique c’est tout d’abord renoncer à la toute-puissance sur soi et sur le monde (on ne contrôle pas tout, même ce qui est censé dépendre de nous) et ce que dit en elle-même la critique. Après tout c’est peut être tout à fait vrai que ce que vous dites est inintéressant. Voilà donc une façon de progresser. Et si c’était vrai ? Que pourriez-vous faire pour que le contenu soit plus attractif ! Nos ennemis sont nos meilleurs « amis », ceux qui nous aident à être meilleurs. Nos amis nous aiment pour ce que nous sommes.

Quatre comportements possibles face à la critique 

Face à la critique, on a le choix entre plusieurs comportements. Il n’y a pas de bon ou de mauvais comportement mais une réaction adaptée ou non à une situation et à un objectif. S’en tenir à un seul comportement est signe de rigidité, ce qui ne laisse pas beaucoup de place à la souplesse nécessaire aux relations humaines.

1) Fuir la critique comme une menace

La critique peut être tellement insupportable dans sa forme (elle est hurlée et menaçante) ou dans son fond (désir de détruire l’autre) qu’il est parfois souhaitable de prendre la fuite. On peut fuir par le regard (baisser les yeux, se détourner) ou tout simplement en sortant d’une pièce. Ne pas regarder c’est refuser de jouer un jeu qui nous déplaît. Elle peut également être tout à fait inoffensive et sans intention de nuire. « Fuir » c’est renoncer tout d’abord à se faire face (Que suis-je en train de fuir ?) et accorder à l’autre un très grand pouvoir sur nous-mêmes (il a le pouvoir de me faire du mal).

2) Attaquer pour dissuader

Quand on attaque il faut être sûr d’avoir le dessus. Voilà pourquoi si vous êtes quelqu’un de particulièrement gentil, inoffensif et attentionné vous servirez d’exutoire à ceux qui encaissent les critiques des autres sans jamais rien dire. Si vous êtes de ceux qui attaquent, vous avez peut-être compris que l’attaque est une stratégie de défense efficace : « Ne pas s’approcher, chien méchant » écrit-on pour dissuader l’intrus. Généralement cela fonctionne et même un peu trop puisque personne ne vient plus jamais vous parler ni pour vous critiquer ni pour partager.

3) Manipuler par stratégie

La « manipulation » va de l’humour à l’intimidation. Tout le monde n’en est pas capable, cela demande un certain goût pour le jeu. Dans le meilleur cas on parlera de « recadrage », c'est-à-dire changer le contexte d’une proposition pour lui donner un autre sens. Imaginons quelqu’un qui vous klaxonne d’une façon continue et insistante (1 klaxon). Si vous répondez sur un rythme différent  (1, 2,3 ) chaque fois qu’il s’arrête. Il ne klaxonne plus il fait de la musique avec vous ! Mais ce peut-être aussi « intimider ». On vous dit « Tu n’es pas à l’heure » et vous répondez « Quelle heure était-il hier quand tu t’es absenté ? ».

4) S’affirmer et être constructif

On peut aussi décider de ne pas accepter la critique en son état et demander son droit à rectification. Voici comment s’y prendre pour construire du positif à partir d’une critique (c’est le même processus si vous souhaitez formuler une critique).

 a) Décrire ce qui vous gêne en vous appuyant sur des faits précis. Ex : « J’étais concentré sur mon travail, tu es entré sans frapper pour me dire « texte de la critique ». C’est aussi la façon dont sont énoncées les choses qui posent problème.

b) Exprimer les conséquences négatives du comportement qui vous gêne. Ex : « Quand je suis interrompu dans mon travail cela me met en colère et je ne peux ni écouter ni entendre ce qu’on me dit » ou « Quand je suis critiqué, je me sens attaqué et cela me démotive ».

c) Proposer des solutions. Ex : « Quand tu as des commentaires à faire sur mon travail, mon comportement, je préfère que tu le fasses quand nous sommes seuls » ou « je souhaite que tu commences par ce qui fonctionne bien » ou « j’ai besoin que tu me dises clairement ce que tu attends de moi à la place. »

d) Exposer les conséquences positives pour tous. Ex : « Si tu fais cela alors je pense que je serai capable d’accueillir positivement tes critiques et que tu pourras également exprimer ce qui te gêne ».

La critique peut donc être vécue comme une occasion de progresser et de faire progresser la relation à condition naturellement d’en avoir envie.

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