Les idées des étudiantes discriminées dans les travaux d’étude dans les écoles de management ?

Si on parle de plafond de verre et de la difficulté des femmes à s’affirmer dans l’entreprise, le phénomène existerait également dans les écoles. Le lieu de la discrimination serait le groupe d’étudiants dans lequel les idées émises par des femmes seraient moins considérées que celles de leurs homologues masculins.

J’ai évoqué dans ma précédente chronique la petite place laissée aux femmes dans les processus d’innovation dans les entreprises, estimant que la responsabilité d’un tel résultat incombait plus à la société française en général qu’aux entreprises. Dans cette chronique, j’essaie d’aller plus loin en relatant les conclusions d’un travail que j’ai mené avec mes confrères (Guy Parmentier de l’IAE de Grenoble, Mustapha Belkhouja et Hélène Michel de Grenoble Ecole de Management) sur la prise de parole des étudiantes dans travaux d’études en innovation dans une école de management. Le résultat, vous le verrez est sans équivoque et semble conforter ma thèse.

Prenons des étudiants de première année, toute la promotion d’étudiants fraichement sortie de classe préparatoire HEC, n’ayant donc que très peu travaillé en entreprise, voire même n’ayant pas travaillé du tout.
En guise de séminaire d’intégration, faisons-les découvrir le processus d’innovation dans une entreprise en les invitant à travailler en petits groupes, disons que ce petit groupe représenterait un service d’une entreprise, à leur demander d’esquisser un projet d’innovation – surtout le développement d’un produit ou d’un service nouveau – et de le vendre au mieux ce projet à l’ensemble de la promotion, soit, dans notre simulation l’entreprise, et à des parties prenantes (en l’occurrence des professeurs et des experts en innovation, , des directeurs de l’innovation chez Orange Labs, de Quechua – Décathlon, etc). Dans ce processus, intéressons nous à la place des étudiantes dans ce processus et à la qualité des idées d’innovation qu’elles ont émises et à leur capacité à bien les promouvoir.

Que constatons-nous ?

Tout d’abord que les idées d’innovation présentées par les groupes d’étudiants proviennent de garçons.
Pour autant, l’aisance créative des filles est égale à celle des garçons. Autrement dit, garçons comme filles proposent en moyenne la même quantité d’idées d’innovation.
Pour autant, les idées d’innovation émises par les filles sont souvent considérées comme créatives – comprenez originales - par les experts en innovation (bien évidemment le test a été réalisé en aveugle et le sexe ou le nom de l’auteur de l’idée ont bien été cachés), voire même plus créatives que celles émises par leurs homologues masculins : Plus précisément, les idées sélectionnées par les experts pour leur créativité, sont celles qui sont soit émises par des groupes mixtes, composés d’à peu près autant de garçons que de filles, soit par des groupes uniquement composées de filles.
La discrimination des idées émises par les étudiantes aurait lieu au sein du petit groupe d’étudiants. Ce phénomène est d’autant plus marquant dans les groupes composés de très peu de garçons (un garçon pour 5 filles).

Quoi conclure de cette simulation ? Deux points…

D’une part, les phénomènes d’exclusions d’idées d’innovation émises par des femmes existeraient certes peut-être dans les entreprises mais déjà chez les étudiants. En d’autres termes, cette « discrimination » serait plus un phénomène sociétal qu’entrepreneurial.
D’autre part, le lieu de la « discrimination » serait identifié : le petit groupe, dans lequel les individus se connaissent le mieux, au sein duquel ont lieu les échanges et le travail concret et où l’on veut peut-être chercher le compromis, où les phénomènes de leadership sont les plus forts. C’est cette dernière piste que je souhaite inviter à réfléchir.

 

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