De nombreux dirigeants se trompent

Les services de ressources humaines ont mauvaise presse. Pourtant, ça ne devrait pas être le cas.

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On a toujours affirmé que les ressources humaines devraient être la partie la plus forte d'une entreprise. Alors pourquoi, en réalité, son impact est-il le plus souvent ressenti d'une manière négative ?
Parce que, malheureusement, les ressources humaines fonctionnent souvent comme un cercle conspirationniste ou un spectacle de santé et bonheur. Bien sûr, ce sont des extrêmes, mais s'il y a quelque chose que nous avons retenu des cinq années passées à voyager et à parler avec des groupes d'entreprises, c'est que les ressources humaines fonctionnent rarement comme elles le devraient.
C'est un scandale, d'autant plus frustrant du fait que la plupart des dirigeants ne font rien pour arranger les choses.
Attendez, les ressources humaines devraient être la "killer app" ou l'"application qui tue" de chaque entreprise. Qu'il y a-t-il de plus important que de savoir qui se fait embaucher, évolue, est promu ou mis à la porte ? Le monde de l'entreprise est un jeu. Et comme dans tous les jeux, c'est l'équipe qui met les meilleurs sur le terrain et qui les fait jouer qui gagne. C'est aussi simple que ça.
Pourtant, en observant les entreprises d'aujourd'hui où le directeur financier règne en maître et où les ressources humaines sont reléguées à l'arrière-plan, on ne le dirait pas. Ça n'a aucun sens. Si vous étiez propriétaire de l'équipe des Boston Red Sox, par exemple, est-ce que vous traîneriez avec le comptable de l'équipe ou le directeur du personnel des joueurs ?
C'est sûr, le comptable peut vous parler finances. Mais le directeur du personnel des joueurs sait ce qu'il faut pour gagner : quel est le niveau de chaque joueur et où trouver des recrues fortes pour combler le manque de talents. Il a plusieurs années de cela, nous avons discuté avec 5 000 professionnels en ressources humaines à Mexico City. A un moment donné, nous avons demandé au public combien d'entre eux travaillent dans des entreprises où le dirigeant accorde autour de la table une place équivalente aux ressources humaines et au directeur financier. Après un silence gêné, moins de 50 personnes ont levé la main. Terrible !
Depuis lors, nous avons essayé de comprendre pourquoi les ressources humaines sont devenues aussi marginales. Comme indiqué ci-dessus, il existe au moins deux extrêmes en ce qui concerne ces mauvais comportements.
La ruse survient quand les directeurs de ressources humaines deviennent des petites éminences grises, faisant et défaisant des carrières, quelque fois même pas sur ordres du dirigeant. Ces services de ressources humaines peuvent vraiment être puissants mais souvent de manière nocive, provoquant les meilleurs à partir simplement pour échapper aux intrigues de palais.
Pourtant, dans bien des cas, on connaît l'autre extrême : des services de ressources humaines qui organisent des piques-niques, envoient le bulletin de l'entreprise (avec les dates anniversaires d'ancienneté dûment consignées) et, en général, rendent tout le monde fou en appliquant des règles et des règlements qui ne semblent avoir pour seul but que de renforcer la bureaucratie. Ils tirent le peu de pouvoir qu'ils peuvent sembler avoir en étant mielleusement philanthropes d'un côté et en sanctionnant de l'autre.

Comment les dirigeants réparent-ils les dégâts ?

Tout commence avec les personnes qu'ils désignent pour gérer les ressources humaines, pas des éminences grises ou des flics mais de grands leaders : des hommes et des femmes avec une vraie stature et une crédibilité. En fait, les managers ont besoin de remplir les ressources humaines avec un genre spécial d'hybrides : des gens qui sont en partie des pasteurs (qui écoutent tous les péchés et reçoivent toutes les plaintes sans récrimination) et en partie des parents (aimants et nourriciers, mais sans détour si vous dérivez).
Les types pasteurs-parents peuvent être issus du service des ressources humaines mais, le plus souvent, ils ont dirigé au cours de leur carrière des usines ou ont eu des responsabilités. Ils font leur travail : fonctionnement interne, antécédents, tensions et la hiérarchie masqué qui existe dans l'esprit des gens. Ils sont connus pour être francs sans relâche, même lorsque le message est difficile et ils s'accrochent à la confiance. Avec leur perspicacité et leur intégrité, les pasteurs-parents gagnent la confiance de l'entreprise.
Mais, les pasteurs-parents ne font pas que rester assis et rendre les gens chaleureux et conciliants.
Ils améliorent l'entreprise en supervisant un système rigoureux d'analyses et d'évaluations qui fait savoir aux gens quelle est leur place et ils surveillent ce système avec la même vivacité qu'un responsable de la conformité aux lois sur la sécurité financière.
Les dirigeants doivent également s'assurer que les ressources humaines remplissent deux autres rôles. Elles devraient créer des mécanismes efficaces tels que l'argent, la reconnaissance et la formation pour motiver et retenir les gens. Elles devraient aussi obliger les entreprises à affronter leurs relations les plus électriques telles que celles qu'elles ont avec les syndicats, ceux qui n'ont plus de résultats ou des vedettes qui posent problème en ayant, par exemple, la grosse tête.
Maintenant, vu votre expérience négative avec les ressources humaines (et vous n'êtes pas le seul), il se peut que cette sorte d'activité des ressources humaines à gros impact ressemble à une chimère. Mais, étant donné que la plupart des dirigeants proclament haut et fort que les gens sont leur "plus gros atout", cela ne devrait pas être le cas.
Ça ne peut pas l'être. Les dirigeants doivent se donner les moyens de leurs promesses et obtenir des ressources humaines qu'ils fassent leur véritable travail : élever la gestion du personnel au même niveau de professionnalisme et d'intégrité que la gestion financière. Comme les gens sont les acteurs du jeu, que peut-il y avoir de plus important ?
 
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Traduction par Sylvie Ségui, JDN
Cette chronique traduite par le JDN a été publiée via le programme Influencers de LinkedIn, où s'expriment près de 500 leaders d'opinion. Retrouvez la version originale en anglais ici.

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