Exclusif : Reworld Media lève 2 millions d'euros pour attaquer le marché asiatique

Reworld Media levée Asie Le repreneur de 8 des titres vendus par Lagardère veut surfer sur l'attrait du "Made in France" pour exporter son business model de content commerce en Chine et en Asie du Sud-Est.

Pascal Chevalier est un homme pressé. La vente des magazines de Lagardère à peine actée, le patron de Reworld Media a déjà le regard tourné vers l'Asie où il va lancer, d'ici cet été, Marie France Asia, un magazine en anglais distribué dans un premier temps à Singapour, en Malaisie, à Taïwan, Hong Kong puis, progressivement, en Indonésie, Thaïlande, Corée, au Japon et en Chine. Un marché qu'il a investi sur la pointe des pieds, début octobre 2013, avec le lancement du site Mariefranceasia.com, site qui revendique aujourd'hui un million d'abonnés à ses newsletters et une audience de plus de 500 000 visiteurs uniques qui en fait un des sites féminins les plus populaires. Pascal Chevalier veut désormais accélérer la cadence, avec en ligne de mire les près d'1 milliard d'internaute que compte cet eldorado. Des internautes dont la seule évocation du "Made in France" font brillonner les yeux, jure-t-il. "Les marques français y jouissent d'un statut à part, avec un positionnement premiumisé à l'extrême". L'emballement local est d'ailleurs confirmé par le tropisme de plus en plus fort des annonceurs français du luxe et de la mode vers ce marché. 

Déjà des rachats en vue en Asie

Fort de ce premier succès, Pascal Chevalier vient donc à peine de finaliser une levée de fonds d'un montant de 2 millions d'euros auprès du fonds basé à Singapour, Hera Capital. "Cet investissement d'Hera Capital va finir d'asseoir localement notre crédibilité et nous permettre d'accéder au large réseau d'affaires que s'est constitué le fonds", se félicite Pascal Chevalier. Fondé par deux Français spécialisés dans le capital-risque, Thierry de Panafieu et Sébastien Guillaud, Hera Capital accompagne des sociétés sur le marché asiatique depuis mars 2012. Le fonds a déjà investi près de 2 millions d'euros dans le spécialiste du big data, Wildfire et compte dans son portefeuille d'actifs des marques estampillées "France" telles que Sophie Paris, Bel Perfumes ou Crème Simon.  Il doit également donner à Reword Media les moyens financiers de ses ambitions. Le groupe, qui pèse désormais plus de 80 millions d'euros de chiffre d'affaires pour un total de 300 collaborateurs, envisage déjà de nouvelles acquisitions. "Qu'il s'agisse d'un site avec une belle audience locale mais pas la légitimité qui va avec ou au contraire, une marque forte à l'international qui chercherait à profiter de la croissance en Asie". 

Exporter content commerce et made in France 

Ici encore, le business model sera le même que celui éprouvé par le groupe depuis ses débuts : du "content commerce" multi-canal. A savoir, faire du papier un écrin pour les marques, développer les sites et les applications de chaque titre et travailler les bases de données pour mettre en place une vrai offre CRM. Une profession de foi qui a fait hérisser bien des poils du côté des syndicats de Lagardère dont la réaction, après l'annonce de la reprise de 8 des titres par Reworld Media, ne s'est pas faite attendre. "Nous ne sommes plus là face à des projets éditoriaux mais face à des opérations low-cost strictement publicitaires, au service desquelles monsieur Chevalier prétend mettre les rédactions", avaient-ils pesté auprès de l'AFP.

Pas de quoi effrayer Pascal Chevalier qui appelle l'histoire du Web à son secours. "Rappelez-vous le procès d'intention que l'on faisait au Web il y a quelques années, avec des équipes print et Web qui s'opposaient alors... Et regardez la majorité des rédactions aujourd'hui, dont beaucoup sont devenues intégralement bimédia. " De quoi justifier la fusion prochaine des régies et des rédactions ? Pascal Chevalier assume la provocation et précise : "Aujourd'hui les annonceurs sont extrêmement friands d'opérations spéciales. Dans cette perspective, seuls les médias qui réussiront à mettre la plume de leurs rédactions au service de la capacité d'innovation de leur régie seront à même de sortir du lot". 

Permettre à Be de renouer avec la rentabilité

Un positionnement qui doit lui permettre notamment de relancer le féminin Be, qui a essuyé de nombreuses pertes en 2013. "Be est une marque géniale dont la qualité éditoriale n'est pas à prouver. Je reste persuadé que nous pouvons les aider à développer des nouveaux leviers de revenus, sur l'e-commerce notamment." L'e-commerce auquel Be s'était essayé fin 2012... sans succès. "Je ne pense pas que Lagardère était outillé pour réussir à lancer un tel projet "from scratch", juge-t-il. Tout l'enjeu résidera dans notre capacité à créer une place de marché cohérente avec le ton et le style Be." Et les près de 10 000 abonnés que comptent les boxes de Marie-France et le lancement imminent d'un pop-up store Marie-France à Saint-Tropez prouvent qu'en matière d'e-commerce, il sait y faire. 

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