Vers un Brexit patrimonial ?

Le Brexit anglais va-t-il changer quelque chose à notre façon de gérer notre patrimoine ? S'il modifie ou amplifie certaines tendances, les ruptures viennent d'ailleurs et sont sources d'opportunités pour qui saura les saisir.

Le vote en faveur du Brexit n’a pas été sans surprendre beaucoup de pronostiqueurs et sondeurs, y compris les investisseurs qui pariaient encore la veille sur le "remain". Depuis, la littérature se nourrit des commentaires parfois les plus alarmistes sur les effets collatéraux, notamment sur les stratégies patrimoniales dont il faudrait revoir les orientations. Les marchés boursiers, après une forte volatilité à J+1, ont retrouvé leur cycle de vie : l’impact financier à court terme a été de faible ampleur, ce qui tend à montrer une certaine sérénité des marchés par rapport aux conséquences de cette nouvelle situation.

Si le choc est certain en Angleterre sur le plan de la politique intérieure et à Bruxelles sur les modifications de fonctionnement des instances européennes dans le futur, la question est de savoir si les épargnants du continent risquent de subir un Brexit patrimonial de cette rupture.

 

L’impact du Brexit anglais sur notre patrimoine

  • Ce sont les actifs (financiers et immobiliers) en livre sterling qui sont d’abord impactés du fait de l’anticipation d’une récession possible du Royaume-Uni (estimée entre 5% et 10% par rapport au trend potentiel à 10 ans). Des études d’impacts concernant la France ont été faites qui estiment la perte à environ 0,4% à 10 ans (Euler Hermès) du fait de la baisse du commerce entre nos deux pays.  On peut penser que cette baisse sera partiellement compensée par des relocalisations d’entreprises.
  • Le Brexit sonne surement la fin de l’élargissement de l’Europe et va nous conduire probablement vers une Europe à deux vitesses, recentrée sur la zone euro avec l’approfondissement du noyau dur historique et une marginalisation des pays de l’Est, alliés traditionnels de la Grande-Bretagne. L’Europe, sans le Royaume-Uni, sera plus homogène en termes de vision et devrait s’aligner probablement avec la zone euro.
  • Enfin, concernant la stabilité des marchés, le risque de solvabilité sur le marché est très faible. En outre, la Bank Of England et la BCE sont prêtes à inonder le marché de liquidités.

Rappelons que le Royaume-Uni est toujours membre de l’Union Européenne pour au moins encore deux ans et probablement quelques années supplémentaires. Nous sommes convaincus que cette nouvelle donne devrait générer des opportunités, notamment sur les actions européennes et la livre sterling.

L’impact du "Brexit" des taux amplifiés

Une autre rupture, née indépendamment du référendum qui n’a fait qu’accélérer le processus à court terme, réside dans l’émergence des taux négatifs, concept inédit, assez peu étudié dans les cursus universitaire. Pas loin de 10 000 milliards de dollars de dettes à taux négatif ont été émis ces derniers temps et le bund allemand a rejoint la Suisse et le Japon dans l’univers des taux négatifs.

 

Dans ce contexte, la question des fonds euros interpelle les épargnants français qui ont investi 80% de leurs avoirs placés en assurance-vie sur ce support. Est-ce la mort du fonds en euros ? Nous sommes convaincus que non. Mais une redistribution des cartes est nécessaire pour assurer la pérennité des capitaux sur le long terme.

 

Les 4 piliers qui ont fait le succès des fonds euros ne sont pas remis en question mais vont connaitre quelques évolutions dans un souci de protection de l’épargnant :

 
  • Le rendement : il faut s’habituer à la faiblesse du rendement de l’argent sans risque. Le rendement, qui était un atout majeur des fonds euros, retrouve peu à peu sa logique de protection et a perdu son statut de "couteau suisse" pouvant répondre à toutes les problématiques patrimoniales. Cela reste quand même le meilleur placement à horizon court terme du marché !
  • La liquidité : aujourd’hui, elle n’est pas remise en cause mais le risque d’un gel pour une durée temporaire en cas de remontée brutale des taux couplée à une forte demande de rachat ou d’arbitrage est réel. Notons que la remontée des taux n’est pas d’actualité dans un proche avenir.
  • La sécurité : elle est assurée par la structure financière des compagnies d’assurance et des Etats pour qui la baisse des taux a un impact positif sur leur solvabilité.
  • La garantie : elle perdure avec un curseur qui pourra varier pour certains fonds euros avec 10 à 15% du capital non garanti en contrepartie d’un rendement supérieur.
En contrepartie de la baisse de rendement, le Brexit anglais a mis la pression sur les taux de crédit qui battent record sur record à la baisse : c'est une bonne nouvelle pour ceux qui empruntent, notamment en immobilier.
  

Le "Brexit patrimonial", une opportunité à saisir

Le vrai Brexit vient peut être de la rupture dans les paradigmes de la gestion de notre patrimoine. Les règles d’hier ne sont plus celles d’aujourd’hui : et l’Angleterre n’y est pour rien ! Nous sommes rentrés dans une nouvelle ère que nous devons apprivoiser. C’est un défi pour les professionnels qui doivent convaincre les investisseurs de revoir leur comportement de placement et c’est un défi pour les épargnants qui doivent intégrer qu’ils ne peuvent plus valoriser leur patrimoine sans prendre des risques.

 

S’il n’existe pas d’alternatives en tant que telles aux fonds en euros, il est indispensable de trouver des sources de diversification pour gérer notre patrimoine différemment pour le valoriser. L’immobilier, comme d’autres placements, sera à l’honneur dans cette redistribution.

 

1/ Raisonner par projet ou objectif patrimoniaux

A chaque projet ou objectif, il faut construire une allocation dédiée qui tienne compte de la durée et des enjeux pour déterminer le profil de risque des investissements et sortir de la gestion cyclique et à court terme des marchés. Plus que jamais, la diversification par zone, par thématique, par dépositaire… sera un facteur de protection du patrimoine.

 

2/ Tenir compte de la durée des placements

Le temps permet de prendre des risques (même si ces dernières années contredisent cette logique), le court terme est source de pertes à long terme à cause de l’empilement des opportunités court-termistes.

 

3/Prendre plus de risques

La diversification des investissements dans ses contrats d’assurance permet de prendre plus de risque (avec des supports immobiliers, des produits structurés et une gestion déléguée pour les OPC).

Il sera pertinent de profiter des dispositifs nouveaux proposés par les gestionnaires à l’instar de celui inauguré par Emmanuel Macron facilitant l’investissement en private equity via les contrats d’assurance-vie, en permettant la sortie en titres. Il a été d’ailleurs annoncé mardi 5 juillet 2016 que le Code des Assurances allait être modifié à l’automne pour aller encore plus loin dans la réforme.

Ma conclusion, c’est que nous vivons plutôt un new deal patrimonial qu’un Brexit ! Cela fait des années que l’on sait que qu’il faut réformer l’assurance-vie, la moderniser pour qu’elle corresponde à notre époque et la mettre au service de l’économie réelle. On sait aussi que le fonds euro est une spécificité française qui ne peut pas tenir dans ce contexte de sortie de crise et de taux bas qui dure. Le placement préféré des Français va retrouver sa place initiale de support pour une gestion long terme autour d’objectifs patrimoniaux précis (revenus, retraite, transmission…). Et ce n’est pas une si mauvaise nouvelle.

 

Assurance-vie / Zone euro