Choreus Datacenters veut héberger les grands clouds américains en Europe

Choreus Datacenters D'où vient Choreus Datacenters ? Comment cette société française est-elle parvenue à lever 400 millions d'euros ? Le point avec son directeur général, Christophe Bouniol.

400 millions d'euros. C'est bien la somme levée par Choreus Datacenters fin mai. Ce cabinet de conseil et intégrateur français spécialisé dans les data centers n'est pas un inconnu sur le marché hexagonal. Il travaille en effet pour de nombreux grands comptes, parmi lesquels la complémentaire retraite Agirc-Arrco, mais aussi plusieurs ministères, ou encore d'importantes municipalités comme la Mairie de Marseille. Les fournisseurs de data centers font également appel à lui pour les accompagner (c'est le cas de Telecity). Et ces dernières années, l'acteur a enrichi son offre de prestations d'exploitation, ciblant toujours les centres de données.

"Nous étions déjà concepteur et intégrateur de data centers, nous sommes devenus aussi spécialiste en exploitation. Alors pourquoi ne pas nous doter de notre propre infrastructure, et devenir nous même fournisseur de centres de données ?", commente Christophe Bouniol, directeur général de Choreus Datacenter. C'est bien cette démarche qui a conduit la société à monter son dossier de financement. Avec à la clé un objectif ambitieux : proposer aux grands clouds américains et asiatiques une infrastructure européenne, à l'état de l'art, avec la promesse d'économies de coût jamais vues dans le secteur.

L'argument écologique pour suroptimiser la production d'énergie

christophe bouniol choreus
Christophe Bouniol est directeur général de Choreus Datacenter depuis 2012. © Choreus Datacenter

C'est un fonds d'investissement allemand, dont le nom reste confidentiel, qui a versé l'intégralité des 400 millions d'euros. "Il s'agit d'un fonds regroupant des entreprises et des personnes privées fortunées qui a pour but de financer des projets de production énergétique qui ont un impact écologique positif", résume Christophe Bouniol, avant de confier : "cette structure a par exemple financé un vaste projet de centrale éolienne dans le nord de l'Allemagne."

Car c'est bel et bien sur l'argument écologique que Choreus Datacenters a fait reposer l'essentiel de son dossier. Historiquement, la société avait déjà fait du refroidissement par air ambiant sont cheval de bataille. Pour le compte de ses clients, elle réalisait notamment des simulations thermiques de bâtiment en vue d'en optimiser la conception en matière de free cooling. "Mais nous étions confrontés à un plafond de verre aux alentours de 1,15 et 1,16 PUE en fonctionnant à plein rendement", commente-t-on chez Choreus Datacenters. D'où l'idée d'opter pour une technique de production d'énergie alternative : la trigénération. Une méthode qui, sur le papier en tous cas, fait figure de Saint Graal de l'optimisation énergétique dans l'informatique.

Un modèle de data center à énergie positive

La trigénération consiste, en partant d'une énergie source donnée, à en produire trois. L'énergie source retenue par Choreus Datacenters est le gaz.  Un choix motivé par son faible coût d'approvisionnement et de raccordement (de 10 à 20 fois moins comparé à l'électricité). Il alimentera une turbine qui produira à la fois l'électricité pour alimenter les serveurs, mais aussi une chaleur d'échappement (de 400 à 500°). Une chaleur elle-même utilisée pour fournir, via transformation chimique, le froid nécessaire, en complément de l'air ambiant, au maintien à température des serveurs. Pour produire ce froid, Choreus Datacenters prévoit de consommer 50% de la chaleur émanant de sa turbine. Le reste pouvant être revendu à un acteur local, et réinjecté dans le système de chauffage de ce dernier. Par mesure de sécurité, la turbine sera conçue pour fournir deux fois plus d'électricité que nécessaire à l'installation. Et là encore, les 50% des Mégawatts de réserve pourront être aussi reversés à un réseau électrique local.

Une turbine à gaz hybride pour produire l'électricité et le froid nécessaire

Face à des communes récalcitrantes à accueillir des usines IT pouvant pomper plusieurs dizaines de Mégawatts sur leur réseau local (et ainsi gêner le développement d'autres activités), Choreus Datacenters propose ainsi un data center à énergie positive. Avec ce nouveau modèle, il revendique un PUE pouvant tendre vers 1...

Au final, les clients hébergés dans les datacenters de Choreus devraient voir leur facture d'électricité baisser, et leur emprunte carbone décroître. Sans compter une production du refroidissement gratuite en termes d'alimentation énergétique. Pour mettre au point son dispositif, Choreus Datacenters a travaillé main dans la main avec GRDF. La sécurité n'a pas été laissée de côté. Le data center sera en effet branché sur deux réseaux de gaz différents, avec à la clé une redondance des arrivées en provenance de chacun d'eux. Le gaz de ville est donc privilégié, mais les turbines seront aussi dessinées pour tourner avec du biométhane issu de la méthanisation des déchets, et qui serait fourni par des partenaires.

Une stratégie de croissance externe

Le premier data center de nouvelle génération de Choreus Datacenters sortira de terre à Aubergenville dans les Yvelines. Il accueillera à terme 10 unités de 500 m2 chacune. Une première tranche sera ouverte dès février 2015 (sachant que l'alimentation par trigénération sera opérationnelle un peu plus tard, au second semestre). Ensuite, la construction de huit autres sites est prévue d'ici quatre ans, en France mais aussi au Luxembourg et dans des pays de l'est de l'Europe. L'Allemagne et la Grande Bretagne, "déjà largement équipés", ne sont pour l'heure pas prioritaires. Des sites sont déjà à l'étude dans les agglomérations de Lyon et Marseille. "Nous envisageons de réaliser des acquisitions pour accélérer notre développement en France et à l'international", confie Christophe Bouniol. "En France, nous sommes ouverts à des rachats ou des partenariats avec des acteurs implantés en région."

Commercialement, l'objectif de Choreus Datacenters est des plus ambitieux : proposer aux géants du cloud et du web américains comme asiatiques une solution incontournable pour s'implanter en Europe. Et ce, alors même qu'un grand nombre d'entre eux, pour l'heure surtout américains, sont en train de s'implanter sur le vieux continent (après Microsoft, Google et Amazon, il s'agit de Netflix, Salesforce, VMware, Rakuten, Alibaba...).

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