Vincent Rouaix (GFI) "La prise de contrôle de Mannai ne va rien changer pour les salariés de GFI"

Alors que le consortium qatari Mannai va prendre 51% du capital de l'entreprise qu'il dirige, le PDG de GFI Informatique détaille sa stratégie pour poursuivre sa croissance sur un marché en pleine mutation.

 

JDN. L'entreprise qatarie Mannai va prendre 51% du capital et des droits de vote de GFI Informatique. Pourquoi, et comment cette opération a vu le jour ?

Vincent Rouaix est président-directeur général de GFI Informatique depuis mai 2009. Le groupe GFI  compte près de 11 000 collaborateurs, et a réalisé en 2014 un chiffre d'affaires de plus de 800 millions d'euros.

Vincent Rouaix. Consortium positionné sur des secteurs très divers, Mannai recherchait une plateforme de croissance pour se développer en Europe dans les services informatiques. Il n'est peut-être pas très connu ici, mais c'est déjà un gros opérateur au Qatar, avec 450 millions de dollars réalisés grâce aux services informatiques.

De notre côté, depuis 2009, nous nous sommes repositionnés, et nous affichons 18 trimestres d'affilée de croissance, organique ou externe. Nous avons donc été identifiés par Mannai. Leur arrivée s'inscrit bien dans notre vision, et notre plan stratégique 2015-2018 qui doit nous permettre d'atteindre le milliard d'euros de chiffre d'affaires annuel. Nos projets convergent. Cette opération devrait même permettre à GFI d'accélérer vers ses objectifs.

Mannai a par ailleurs une vision d'industriel, et ce sera un actionnaire sur le long terme. Il ne s'agit donc pas d'un investissement sur 3 à 5 ans, comme peuvent l'être ceux des acteurs du private equity. Mannai n'a en outre pas caché son intention d'éventuellement monter encore plus dans le capital de GFI. Enfin, nos précédents investisseurs étaient là depuis assez longtemps, depuis fin 2007. Il était donc assez peu probable qu'ils nous accompagnent dans nos actuels projets de développement.

Qu'est-ce que cela va changer pour les salariés de GFI ?

Cela ne va rien changer pour les salariés de GFI. Il n'y a pas de lignes de coût supprimées, ou d'optimisations de ce type comme cela peut être le cas dans d'autres fusions-acquisitions. Il n'y aura aucun impact négatif. Il y aura une continuité dans les projets, et pour nos clients. La marque GFI va par ailleurs rester, et le siège de GFI ne bougera pas. Nous allons continuer sur notre lancée. 
 

"Mannai va nous permettre d'accélérer notre développement"

Faut-il s'attendre à voir l'activité de GFI se développer au Qatar et au Proche-Orient ?

Mannai est déjà un gros acteur au Qatar, qui génère, en tout, 2 milliards de dollars de chiffre d'affaires. Il est présent sur de nombreux secteurs où GFI est absent. Et si nous voyons des opportunités de synergie, nous allons les saisir. J'en vois déjà, dans les télécoms par exemple. En outre, nous avions comme objectif de nous développer en Europe du Sud, en Afrique et au Proche-Orient. Mannai va nous permettre d'accélérer ce développement.

Le secteur des services informatiques a connu plusieurs fusions-acquisitions notables en France, comme celles d'Atos avec Bull, de Sopra avec Steria, ou même d'Econocom. Qu'est-ce que cela a changé pour GFI ?

Nous pouvons en effet observer une course à la taille sur le marché. Certains acteurs cherchent à atteindre de très gros volumes, qui vont permettre de réduire leurs coûts et de restituer cette marge à leurs clients. C'est un objectif attractif dans un contexte de fortes pressions sur les prix, en Europe du Sud surtout. Il y a également d'autres acquisitions qui cherchent plutôt, elles, à capter le marché généré par les transformations numériques. Le volume est plus faible, mais la croissance est aussi plus forte.

Tous ces mouvements et cette concentration nous ont été profitables, puisque nous affichons une croissance continue depuis plus de quatre ans. Certains, comme Sopra-Steria, Atos ou Capgemini, regardent plutôt l'international, et vont en fait, sans toujours vraiment l'avouer, un peu délaisser l'Europe du Sud.

"10 clients apportent plus de la moitié de notre chiffre d'affaires"

Cela nous aide, puisque contrairement à eux, nous voulons nous imposer comme un acteur régional, et même comme le premier acteur régional. Concrètement, nous avons d'ailleurs pu récupérer certains contrats à ces acteurs qui préfèrent se détourner des prestations effectuées dans l'Hexagone. Par exemple, nous avons pu signer avec le CNES, à la place de gros acteurs, pour un contrat d'infogérance d'un montant de 80 millions d'euros. Une prestation auparavant assurée par Thales-Osiatis, et que nous avons pu remporter face à Capgemini notamment.

Vous avez toujours 10 clients qui apportent 50% de votre chiffre d'affaires ?
Oui, 10 clients apportent aujourd'hui 54% de notre chiffre d'affaires. Parmi ces clients figurent BNP, Orange, la Société Générale, Thales, la SNCF, le Crédit Agricole, EDF, et Airbus.

Le résultat net annuel de GFI a bondi de 50% en 2014. La progression sera-t-elle la même pour l'exercice 2015, qui s'achèvera en février ?

La croissance du bénéfice net a en effet été forte l'année dernière. Mais nous partions aussi de loin ! Pour l'exercice en cours, la croissance est là, avec une marge qui progresse aussi. C'est la conséquence du nettoyage que nous avons réalisé au sein de nos activités. Nous nous sommes ainsi retirés de plusieurs pays, et nous avons aussi abandonné des activités à faible marge comme le help desk. C'est pour les mêmes raisons que l'offshore en Inde ne nous intéresse pas. En revanche, le nearshore, en Espagne, au Portugal, et au Maroc, devrait croître.

L'objectif pour nous est de monter dans la chaîne de valeur. Mais ce n'est pas toujours facile. En effet, la commodité d'aujourd'hui pouvait être, il y a quelques années, une activité à valeur ajoutée…
 

"Nous ne profitons pas de l'essor du cloud"

Vous avez dit vouloir aussi tirer votre croissance grâce à des logiciels : lesquels ?

Dans notre contexte que je viens de décrire, les logiciels et l'intégration représentent en effet des marges intéressantes pour nous [NDLR Selon le dernier classement Truffle 100, paru en mai dernier, GFI est le 11e éditeur français avec plus de 100 millions d'euros de chiffre d'affaires réalisés grâce à l'édition]. Nous avons une offre logicielle de type best of breed, qui n'entre pas en concurrence avec celle de SAP ou de Microsoft. Nous misons sur des réponses métier, avec des offres pour le secteur public, qui représentent déjà 50 millions de chiffre d'affaires annuel, mais aussi pour le secteur des assurances, de la distribution, et de la santé.

Profitez-vous de l'essor du cloud ?

Non, nos logiciels sont principalement on-premise, car c'est encore souvent la préférence des acteurs sur les secteurs que nous adressons. La demande est en effet encore timide pour le SaaS dans le secteur public. Mais nous accompagnons le mouvement.

 

"Nous aimerions acquérir un acteur du logiciel, si possible en France"

Vous recherchez toujours à réaliser une acquisition sur le terrain du logiciel ?

Nous sommes en effet en veille permanente car nous aimerions acquérir un acteur du logiciel, qui pourrait compléter nos verticaux ou nous permettre d'en développer un nouveau. Un acteur d'une taille comparable aux 7 éditeurs que nous avons acquis en 2014 et 2015 [NDLR Ces derniers réalisent quelques millions, ou dizaines de millions d'euros de chiffre d'affaires]. Nous regardons en priorité en France, cela pourrait aussi, pourquoi pas, se faire en Europe.

Quelle est la part des femmes actuellement employées par GFI, et qu'en pensez-vous ?

GFI emploie actuellement 26% de femmes. D'un point de vue éthique, ce n'est pas suffisant, même si nous nous inscrivons dans la norme du Syntec. Nous pouvons regretter que cette part soit aussi faible, et nous nous associons à de nombreuses initiatives avec le syndicat professionnel pour essayer de corriger cela. Mais je pense aussi que le problème doit être résolu à la source : il faudrait qu'il y ait plus de femmes dans les écoles d'ingénieurs, ce qui nous permettrait de les recruter ensuite.

 

Biographie professionnelle : Vincent Rouaix est président-directeur général de GFI Informatique depuis mai 2009. Diplômé de l'école Supérieure des Travaux Publics, Vincent Rouaix a effectué l'ensemble de sa carrière dans des groupes de services internationaux. En 1986, il rejoint la société Logispace, spécialisée dans le conseil et les systèmes d'information, où il accède rapidement au poste de directeur général, puis de P-DG. En 1999, la société Logispace ayant rejoint la société Cognicase, il est nommé directeur général de la société Cognicase France. En 2001, il devient Executive Vice Président et directeur général Europe de la société Cognicase. Vincent Rouaix a ensuite créé et développé le groupe Adelior avec le support de fonds d'investissements. Suite à la prise de contrôle du groupe Adelior par GFI Informatique, il est nommé administrateur (en mars 2006) puis directeur général délégué (en décembre 2006) de GFI Informatique.

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