SEO, Webperf, HTTPS et HTTP/2 : dans les coulisses techniques de Grosbill.com

Luc Boccon-Gibod, co-fondateur de Grosbill en 1998, est également le DSI du site marchand. Il raconte au JDN sa délicate migration vers HTTPS, ses rapports avec les consignes de Google… et son amour de la webperf.

Ses performances brillent dans nos classements webperf mensuels, qui mesurent désormais les 40 sites d'e-commerce les plus visités en France : Grosbill.com affiche en effet souvent les pages les plus légères, et les plus rapides. Et ce sont aussi ses pages qui génèrent le moins d'appels en moyenne. Du moins d'après les derniers relevés publiés dans nos colonnes.

Toutes les pages du site de Grosbill.com sont désormais chiffrées via TLS. © capture

Quel est le secret de son DSI, Luc Boccon-Gibod, qui a aussi co-fondé le site il y a maintenant 18 ans ? Lorsque le JDN lui pose la question, il mentionne tout de suite que son équipe est "passionnée par ses questions", et "cherche sans arrêt à optimiser ses pages et leur waterfall". Il ne nie pas le faire aussi, un peu, "pour l'amour de l'art". Et puis, "travailler la webperf ne peut pas faire de mal". Est-ce qu'une excellente webperf améliore le chiffre d'affaires du site ? "C'est ce que disait Amazon, mais notre bonne webperf ne nous a pas fait gagner des millions", sourit le DSI, qui n'a pas vu d'effets aussi forts que ceux évoqués par le roi du retail américain. Il n'a pas vu de gains significatifs, mais il reconnaît qu'il y a sans doute plus de conséquences lorsqu'on passe d'une page qui se charge en 10 seconde à une page qui se charge en 3, que lorsqu'on passe de 3 secondes à 2 secondes. Il convient aussi que c'est le deuxième cas de figure qui est le plus ardu…

Le HTTP/2 en ligne de mire

Dernier chantier "webperf" en date : le passage à HTTP/2, qui devrait encore faire gagner au site de précieuses secondes de chargement, notamment grâce au multiplexage des requêtes – de quoi passer de 40 à 4 ou 5 hits, espère le DSI, alors que le nouveau protocole doit être mis en place dans les jours qui viennent.

Auparavant, Grosbill a dû déployer le HTTPS sur toutes ses pages : c'est un passage obligé pour le HTTP/2. Grosbill rejoint donc Amazon, Wikipedia ou Google, parmi les sites, de plus en plus nombreux, qui adoptent sur toutes leurs pages ce chiffrement autrefois limité aux pages de paiement. 

"Le HTTPS nous a fait perdre une seconde de chargement"

Le HTTPS a beau être "l'avenir pour tous les sites", selon le DSI de l'e-marchand, il n'en reste pas moins qu'il n'en parle pas qu'avec des termes élogieux. "La migration aura duré trois semaines, et fut plus compliquée que ce que nous pensions. Le SSL/TLS doit être déployé, mais aussi maintenu. Il faut gérer de nombreuses données exogènes, et les garder en HTTPS, ce qui n'est pas évident. Et puis cela consomme beaucoup de CPU : nos serveurs ont accusé le coup, et au final, cela a même fait prendre une seconde de chargement à nos pages."

Ce ne sont pas les seuls désagréments cités par Luc Boccon-Gibod. "Parfois, l'internaute ne se rend pas compte qu'il est en train de naviguer sur un site sécurisé, jusqu'à ce qu'il voit le cadenas barré qui l'inquiétera. L'internaute ne retiendra que le risque, et n'aura même pas vu la protection", regrette-t-il. 

Mais le jeu en vaut la chandelle. La seconde perdue n'a d'ailleurs pas empêché le site de caracoler en tête des sites les plus rapides. Et le passage au HTTP/2 devra permettre de la regagner. Le nouveau protocole n'aura cependant pas pu être immédiatement utilisé après la migration vers HTTPS : une fois HTTPS déployé, il aura aussi fallu basculer à nouveau sur Apache pour pouvoir, enfin, passer au HTTP/2. Soit deux semaines de travail supplémentaire. 

Optimisation pour mobile, AMP et SEO

Luc Boccon-Gibod pense-t-il qu'il devra bientôt déployer AMP, le format pensé par Google pour rendre les pages plus rapides pour mobile, mais qui intéressent aujourd'hui surtout les sites d'actualité (les seuls qui peuvent remonter très haut dans les résultats s'ils utilisent ce format) ? Le DSI de Grosbill s'est déjà penché sur la question, mais il ne pense pas que son site y gagnerait, faisant comprendre que ses pages ont déjà été fortement optimisées, et qu'elles ne pourraient encore que difficilement s'améliorer en adoptant le format. "Les bonnes pratiques sont déjà là", affirme-t-il, visiblement peu intéressé, aujourd'hui, par un déploiement d'AMP. Mais si Google venait à faire remonter les pages AMP des e-commerçants aussi haut que celles des sites d'actualité, alors bien entendu, il foncerait "tout de suite" sur ce format.

"Oui, la webperf, on la travaille aussi un peu pour le SEO"

Est-ce Google qui décide des chantiers à conduire sur le site marchand lancé en 1998 ? Quand même un peu : "Oui, la webperf, on la travaille aussi un peu pour le SEO", admet-il. "Google n'arrête pas de dire que la vitesse de chargement aide un site à monter dans les résultats, alors c'est sûr, cela motive aussi à travailler sa webperf, même si je n'ai jamais pu constater de gains SEO en raison d'une meilleure webperf", précise le co-fondateur du site. Il pense toutefois qu'il est incontournable, pour les e-commerçants qui doivent bien se référencer, de lancer une évaluation gratuite de l'outil de mesure de la webperf proposé par Google, et, évidemment, d'avoir d'excellentes notes.

Bonus SEO et respect des consignes de Google

Ce n'est pas la seule fois où le site a dû écouter attentivement et suivre les directives de Google. Lorsque le moteur de Mountain View annonce qu'il va accorder un bonus aux pages "mobile-friendly" dans ses résultats, Grosbill accélère son chantier qui devait mieux adapter les pages aux mobiles. 

Le site a beau ne pas avoir utilisé le responsive web design, il obtient le label mobile-friendly ("site mobile") © Capture

Grosbill n'a toutefois pas choisi le fameux responsive web design, officiellement préféré par Google, mais le dynamic serving. Un procédé qui utilise la même URL pour servir le contenu aux terminaux, quels qu'ils soient, mais en générant une version distincte du code HTML pour les différents types d'appareil, là où le responsive web design affiche le même code HTML pour n'importe quel terminal. "Google recommande surtout le responsive web design mais je trouve que l'utilisateur est pénalisé, puisqu'avec le responsive web design, il va y avoir des hits pour le desktop et pour les smartphones, quel que soit le client : cela fait beaucoup de hits pour rien, alors que le dynamic serving les économise… Il est donc à mes yeux plus performant", justifie le DSI.

Le chantier du dynamic serving terminé, le site a-t-il eu la récompense SEO promise par Google ? Là encore, Luc Boccon-Gibod n'a rien vu de tel : ni récompense, ni pénalité d'ailleurs. "En même temps, tous mes concurrents étaient eux aussi mobile-friendly, alors peut-être que nous avons tous eu un petit bonus, ce qui a provoqué au final un apparent statu quo dans les résultats", analyse-t-il. 

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