La Mairie de Paris critique le "grand quartier numérique" de Fleur Pellerin

Lors de l'Open World Forum 2012, la ministre déléguée à l'Economie numérique est revenue sur sa proposition de faire de Paris la capitale mondiale du numérique. Egalement invité à s'exprimer pour l'occasion, Jean-Louis Missika, adjoint au Maire de Paris, a vivement réagi à cette proposition.

Lors de la cérémonie d'ouverture de l'Open World Forum 2012, événement dédié à l'Open Source qui se tient à Paris du 11 au 13 octobre, Fleur Pellerin est revenue en détails sur l'annonce faite par le gouvernement la veille de créer un grand quartier numérique à Paris ou en proche banlieue. "Le numérique est une transformation profonde de la société, qui est au cœur des enjeux du quinquennat de François Hollande", a-t-elle déclaré pour expliquer cette démarche. "Je pense aussi au redressement productif de notre pays, qui s'appuiera en grande partie sur le numérique. C'est un enjeu de compétitivité pour les entreprises, mais aussi d'attractivité et d'égalité pour les territoires."
 
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Fleur Pellerin, lors de son allocution à l'Open World Forum. © ACD

Paris, future capitale mondiale du numérique ?


Pour Fleur Pellerin, le numérique a avant tout pour but de faciliter le travail, en permettant aux salariés de se dégager des tâches pénibles ou répétitives, pour se concentrer sur le cœur de leur activité, mais aussi leur donner plus d'autonomie, notamment en favorisant le développement du télétravail. Avec ce nouveau projet de quartier numérique, le gouvernement entend faire de Paris la "capital mondiale du numérique".

Enfin, Fleur Pellerin a rappelé sa volonté de créer des campus numériques sur le terrain de la formation initiale, toujours dans l'optique de favoriser la mutation numérique de l'économie française. "Il est important que le numérique soit porteur de valeurs de liberté, égalité et fraternité", a aussi insisté Fleur Pellerin. "Dans cette optique, nous allons lancer plusieurs projets de lois visant à la fois à mieux garantir le respect de la vie privée des citoyens, mais aussi en faveur de la neutralité du Net." L'idée étant de favoriser une économie numérique décomplexée, et favorable à l'initiative individuelle.

"Paris est déjà une capitale mondiale du numérique" (Jean-Louis Missika, Adjoint au maire de Paris).

Egalement invité à ouvrir l'Open World Forum, Jean-Louis Missika, adjoint au maire de Paris chargé de l'innovation, de la recherche et des universités, en a profité pour répondre à la proposition de Fleur Pellerin de faire de Paris la capitale du numérique. "Paris est déjà la capitale du numérique. Notre objectif devrait être plutôt de le faire savoir", a-t-il lancé sans détour. "L'agglomération londonienne communique fréquemment et abondamment sur le sujet, mais les chiffres sont impitoyables."

Et Jean-Louis Missika de rappeler quelques chiffres : "Londres compte 1200 start-up. Les pôles de compétitivité franciliens Systematic et Cap Digital regroupent 1800 membres". L'adjoint au maire de Paris a poursuivi en comparant le nombre d'emplois qualifiés dans les NTIC des deux villes : "Londres en compte 100 000, contre 420 000 pour la métropole parisienne - avec 20 000 emplois dans la recherche et développement. Et je pourrais continuer ainsi longtemps, en évoquant les étudiants formés, les publications scientifiques, le pourcentage du PIB dédié à la recherche et développement."

Pourtant, Londres reste devant Paris sur le terrain de l'investissement privé et la mobilisation du capital, notamment du fait d'un "environnement fiscal peu favorable" aux entreprises, comme l'a également souligné Jean-Louis Missika : "la taxation des entreprises telle qu'elle est prévue actuellement par le gouvernement ne peut pas être incitative pour les entrepreneurs. Si nos entrepreneurs n'ont pas les moyens de croître au-delà d'une certaine taille et de se développer à l'international, c'est qu'ils n'en ont pas les moyens. "

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Jean-Louis Missika est adjoint au maire de Paris chargé de l'innovation, de la recherche et des universités. © ACD

Il a ensuite enfoncé le clou : "Le taux de marge de nos entreprises est le plus bas d'Europe, 10 points en-dessous de la moyenne européenne de la zone Euro, et 8 points en-dessous de l'Allemagne. Nous ne pourrons continuer à être la capitale européenne du numérique et des start-up, si nous ne sommes pas capables de maintenir une attractivité du territoire liée à des conditions à la fois fiscales et d'investissement pour les jeunes entrepreneurs."

Pour finir, Jean-Louis Missika a salué l'annonce faite par Fleur Pellerin de créer ce quartier dédié au numérique, mélangeant les grands groupes et leur laboratoire de recherche, des incubateurs d'entreprises, des centres de formation. Mais, il rappelle aussi le projet lancé par la Marie de Paris de construire 100 000 mètres carrés d'incubateur d'ici 2014, "avec la capacité d'accueillir près de 800 entreprises dont une bonne part liée au logiciel libre".

Fleur Pellerin remonte sur scène pour répondre à Jean-Louis Missika

Après avoir écouté attentivement Jean-Louis Missika, Fleur Pellerin a tenu à réagir en remontant sur scène. "Evidemment, l'idée de ce projet de quartier numérique est de créer des synergies et de jouer sur l'effet de concentration physique qui est une demande des acteurs, dont les investisseurs. Il est donc important pour nous de nous appuyer sur le travail de la Mairie de Paris en termes de clusters et d'incubateurs, et de capitaliser sur cet acquis pour créer une masse critique."

Fleur Pellerin a également répondu à la question de Jean-Louis Missika sur le projet de taxation du capital. "Ce projet est toujours d'actualité. Mais, nous avons été également à l'écoute des critiques, et apporté un certain nombre d'aménagements", a-t-elle rappelé en faisant référence à la proposition de Pierre Moscovici, ministre de l'Économie, d'exonérer les entrepreneurs vendant leur entreprise à la hauteur de la part réinvestie. "L'exonération sera totale si la totalité des plus-values est réinvestie?, avait notamment précisé Pierre Moscovici sur ce point. Le projet sera en tout cas au menu des débats sur la loi de finance 2012 qui s'ouvrent à l'Assemblée nationale.


Même s'il ne porte pas directement sur l'Open Source, cet échange laisse augurer une édition 2012 riche en débat pour cette 5e édition de l'Open World Forum.

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