L'open source, levier clé de l'Inria pour booster l'innovation

L'open source à l'Inria L'organisme public de recherche place plus que jamais l'open source au cœur de sa stratégie de transfert technologique. L'institut s'est d'ailleurs positionné parmi les principaux sponsors du dernier Open World Forum.

On connait la capacité de l'Inria à transférer des technologies dans l'économie. Le plus grand succès de l'organisme public de recherche reste Ilog. Devenue 2e éditeur français, derrière Dassault Systèmes, cette spin-off (créée en 1987) spécialisée dans les moteurs de règles informatiques (briques centrales de la gestion de processus métier) a été acquise par IBM en 2009 pour 215 millions d'euros. D'autres sociétés moins connues se sont aussi lancées sur la base d'applications inventées dans les laboratoires de l'Inria. C'est le cas plus récemment de Robocortex (dans l'analyse d'image pour la vision robotique) ou Mnemotix (sur la gestion des connaissances). En 30 ans, plus d'une centaine de sociétés ont eu le privilège d'utiliser l'institut comme tremplin, la plupart centrées sur un modèle propriétaire.

L'open source : catalyseur pour diffuser une innovation

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Patrick Moreau est responsable stratégique du transfert par le logiciel libre à l'Inria. © Inria

Mais à travers sa politique de transfert, l'Inria a également pris l'habitude d'actionner régulièrement l'open source comme levier. Et là encore avec un certain succès. Spécialisée dans les technologies de gestion de processus métier (BPM), la société Bonitasoft fait partie de ces réussites. Autre exemple en matière de logiciel libre, sur un créneau plus confidentiel cette fois, celui de Scilab : un environnement de calcul scientifique et de simulation numérique. "Nous l'avons mis en open source dans les années 1990", se souvient Patrick Moreau, responsable stratégique du transfert par le logiciel libre à l'Inria. "Bien nous en a fait. Cette technologie a connu un certain succès dans l'industrie." Si bien qu'en 2003, l'institut décide de structurer la démarche. Il lance un consortium pour orchestrer les développements du projet. Depuis, une société française a vu le jour, Scilab Enterprises, proposant des services autour de cette technologie.

C'est en se basant sur les enseignements tirés du projet Scilab que l'INRIA a mis sur pied il y a quelques années une stratégie de transfert articulé autour des logiciels libres. Plusieurs projets ont depuis pu en bénéficier. En début d'année, l'institut a par exemple décidé d'accompagner la montée en puissance de Pharo : un langage de dernière génération open source inventé par ses chercheurs. "La même logique a été adoptée avec l'infrastructure de développement OCaml. Nous avons lancé un consortium, fédérant les acteurs industriels intéressés. Ce qui permet aussi de financer les développements. Ensuite, une société a vu le jour, puis une fondation à Cambridge", poursuit Patrick Moreau.

L'Inria préfère soutenir des éditeurs open source plutôt que des SS2L

Reste une question centrale : l'organisme de recherche public doit-il conserver la maitrise du cœur logiciel de chaque projet ? Pour faire face à cette question, l'institut a mis en place une structure de gouvernance, avec une coordination centrale et des Technologies Transfert Officer (TTO), plus opérationnels, présents sur chacun de ses huit sites. La décision finale est prise au cas par cas. Pour d'OCaml par exemple, l'Inria continue pour l'heure à jouer un rôle de chef d'orchestre, mais pas pour Scilab. "Il faut prendre à la fois en compte l'intérêt de garder ou pas le projet du point de vue du chercheur, notamment dans la perspective de l'évolution de ses travaux scientifiques", explique Patrick Moreau. "A l'inverse, si l'équipe de recherche n'est plus intéressée, nous devons prendre garde à ne pas abandonner les industriels qui auront commencé à investir autour de l'application open source."
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L'Inria contribue au projet Tulip (licence LGPL). Une application de visualisation graphique du Laboratoire Bordelais de Recherche en Informatique, qui est de plus en plus utilisée dans la recherche scientifique. © Inria

Et de même en amont, un chercheur INRIA souhaitant s'inscrire dans cette dynamique open source devra en référer au TTO de son centre, que ce soit pour ouvrir un code, et à fortiori créer un consortium. "Nous préférons des start-up orientées vers l'édition de logiciel open source, et pas seulement le service. Car si un business model se limite à de la prestation, la valeur technologique s'estompe avec le temps", estime Patrick Moreau.

Autre question : comment expliquer le semi-échec du consortium open source OW2, pourtant présenté par l'INRIA comme éminemment stratégique il y a quelques années ? Sans doute par un manque de moyens, mais aussi un positionnement sur le middleware sans doute en décalage avec les problématiques d'infrastructure du moment (autour du cloud notamment). En attendant, l'Inria entend désormais orienter de plus en plus sa politique d'essaimage open source vers la création de consortiums thématiques visant à renforcer des domaines où la France est déjà bien placée. "C'est le cas dans les supercalculateurs", note-t-on au sein de l'institut, qui a déjà investi ce terrain à travers la société open source ActiveEon. Dans la même logique, l'Inria évoque aussi la maintenance d'anciens systèmes. Un sujet sur lequel l'Inria est présent au travers des technologies Polychrony et Polarsys (reposant sur Eclipse).

Innovation / Logiciel libre