Philippe Letellier (Institut Télécom) : "40 sociétés par an naissent dans notre proximité"

Liens entre recherche académique et entreprises, transfert de technologie, pépiniaires d'entreprises, Fondation Télécom, le directeur scientifique adjoint de l'Institut répond aux internautes.

Combien de sites de l'institut Télécom trouve t-on en France ?

L'institut Télécom regroupe 3 écoles : Télécom ParisTech sur Paris, Télécom Bretagne sur Brest et Rennes Télécom & Management SudParis sur Evry, 2 filiales Eurecom sur Sophia et Télécom Lille sur Lille plus 2 écoles associées sur St Etienne et Strasbourg.

Quels sont les cursus que l'institut Télécom propose ?

Les écoles de l'Institut Télécom forment des ingénieurs, des masters et des docteurs.

Combien d'étudiants formez vous chaque année ?

L'Institut Télécom regroupe 4500 étudiants.

Quelles sont vos actions pour ce qui concerne la formation continue ?

Toutes nos écoles ont un programme de formation continue que ce soit sur des cours pré définis inter ou intra entreprise mais aussi des formations dédiées.

Quelle est votre action à l'international ?

L'international est clé pour l'Institut prés de 40% de nos étudiants sont de nationalité étrangère, nos chercheurs sont connectés avec leurs alter ego à travers le monde, nous avons 80 accord cadre avec des partenaires académiques sur les différents continents que ce soit pour des échanges d'étudiants, de professeurs mais aussi pour des collaborations en recherche. Nous tentons d'utiliser ce réseau exceptionnel de connections internationales pour le mettre au service de nos relations industrielles et tout particulièrement des PME.

Quels enseignements dispensez-vous ? Il y a t'il une partie de celui-ci qui correspond à l'acquisition de compétences dans le domaine de la gestion et du management ?

L'Institut Télécom est focalisé sur les Télécom, les media et les usages.

Nous avons donc des formations très technologiques comme le traitement du signal, la sécurité ou les réseaux de communication mais nous ne pouvons pas sortir un ingénieur Télécom qui ne sache pas ce qu'est un client d'où des cours de sociologie ou de marketing, et qui ne sache pas ce qu'est de la régulation d'où des cours de droit.

Mais effectivement nous avons au sein de Télécom & Management SudParis une école de management à part entière où l'on forme des managers habitués à maîtriser les nouvelles technologies.

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"Nous avons deux types de partenaires : Les grands groupes et les PME". © Cécile Debise / Journal du Net

Comment se passe exactement une collaboration entre votre institut et une entreprise dans le cadre de la recherche ?

Nous avons deux types de partenaires : Les grands groupes comme FT, SFR, Bouygues, Alcatel voir la BNP dans un autre domaine industriel et les PME.

Avec les grands groupes nous mettons en place des accords cadre qui nous permettent d'avoir une forte proximité avec eux pour comprendre à la fois leur besoin technologique mais aussi leurs enjeux marchés.

Avec les PME nous mettons en place un club des PME proche de l'institut afin de focaliser nos efforts sur un jeu de PME technologique à fort développement avec qui nous avons appris à travailler.

Pour citer un exemple nous avons travaillé récemment avec Teamcast, une PME Bretonne focalisée sur la modulation en TV numérique. Nous avons partagé une réflexion business qui nous a permis d'identifier un objectif produit et un partenaire espagnol très complémentaire à Teamcast. De cette analyse nous avons défini un programme de recherche que nous avons présenté dans le cadre d'Eurostar. La qualité à la fois technique et business a été clairement perçue puisque nous avons terminé premier sur 300 réponses.

Il est admis que la recherche doit contribuer à la croissance des entreprises. Mais pensez vous que les entreprises doivent contribuer aux efforts de la recherche, même si celle ci n'a pas une implication directe dans le chiffre d'affaires des entreprises ?

La recherche est multiple, d'une recherche très appliquée en prise avec le business à une recherche de base dont l'utilité ne sera perçue que bien plus tard, l'une se nourrissant de l'autre et vice versa.

Toute contribution d'où qu'elle vienne est bonne à prendre pour la recherche afin de préparer le futur, donc n'hésitez pas à investir dans la recherche.

Quelle est la contribution de l'institut Télécom aux assises du numérique qui se sont tenues récemment ?

Nous sommes impliqués à plusieurs niveaux dans les assises du numériques et en particulier nous avons participé à plusieurs tables rondes et envoyé quelques contributions écrites afin d'apporter notre pierre à l'édifice.

Proposez-vous une "méthodologie du partenariat" entre entreprises et Université ? Quels sont les avantages pour chacun dans ce type de partenariat ?

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"50% de notre budget de recherche provient de contrats impliquant à peu près systématiquement des entreprises" © Cécile Debise / Journal du Net

Nous n'avons pas la prétention d'apporter une solution définitive au problème complexe du partenariat entre les structures de recherche académique et le monde industriel. Par contre nous en avons une pratique très importante (près de 50% de notre budget de recherche provient de contrats impliquant à peu près systématiquement des entreprises) que nous tentons d'améliorer en continu.

L'avantage pour l'entreprise est d'accéder à une expertise reconnue et en prime à une ouverture extrêmement importante qui est la caractéristique de la recherche académique, liée à la notion de culture, qui est une base culturelle chez l'enseignant chercheur.

Pour l'académique, cette relation lui permet de répondre à l'un de ses objectifs qui est de contribuer au développement économique (du moins pour l'Institut c'est l'un des 5 objectifs de la nouvelle stratégie). De plus, cette relation permet très souvent d'en abstraire une vraie problématique recherche que l'on peut aborder d'un point de vue très fondamental avant de revenir sur une solution plus immédiate. Cet aller-retour entre recherche appliquée et recherche de base est souvent riche de problèmes scientifiques profond qui une fois résolus permettent d'aborder de façon efficace des classes entières de problèmes quotidiens des entreprises. Et cerise sur le gâteau, comme nos chercheurs sont aussi des enseignants, on boucle la boucle en formant les nouvelles générations d'ingénieurs avec ces outils issus de la recherche.

Quelles sont les formes classiques de transfert de technologie entre la recherche universitaire et les entreprises ?

Disons la recherche académique puisque nous sommes une école d'ingénieur.

Les formes de transfert sont multiples. Nous formons des ingénieurs qui se retrouvent dans les entreprises et apportent avec eux les nouveaux résultats de la recherche, c'est un premier mode de transfert qui est majeur même si on peut avoir tendance à l'oublier.

Nous avons évidemment l'outil classique aujourd'hui des projets de recherche collaboratif. Nous avons le transfert de technologie mature (techno, logiciel, brevet). Nous avons aussi quelques actions de consultances pour préparer des collaborations plus riches de recherche.

Pour les PME proches de notre club nous avons une offre en 4 items.

Un partage d'analyse stratégique business / technologie qui est très apprécié des patrons de PME et encore assez rare dans le monde académique.

Les projets collaboratifs (bilatéraux, des pôles de compétitivité, nationaux, européens et même internationaux) et nous proposons 2 autres types d'actions.

La construction de triptyque (Institut, Grand groupe partenaire, PME), nous sommes très orientés écosystème du business. Et la même chose au niveau international en mettant à profit notre réseau de partenaires académiques avec qui nous commençons à partager nos réseaux de partenaires grands comptes et PME.

Qu'est ce que la Fondation Télécom ?

Nous sommes dans un monde en pleine évolution en particulier et à cause des télécoms qui sont diffusées dans tous les domaines, il est donc important d'avoir un cadre pour penser en avance de phase ce nouveau monde.

L'Institut Télécom est l'acteur de référence dans le monde de la recherche sur les télécommunications, les media et les usages il est important que nous ayons les moyens de nous développer pour remplir nos objectifs partagés dans la nouvelle stratégie de l'Institut.

Cette Fondation Télécom doit donc permettre de supporter le développement de l'Institut au service de cette création d'une vision du nouveau monde qui est devant nous et des outils qu'il reste à créer.

Comment ont été choisies les 4 entreprises qui viennent de rejoindre la fondation Télécom ?

Nous sommes proches d'un ensemble de grand groupe depuis déjà plusieurs années, nous sommes donc naturellement allés les voir quand nous avons décidé de lancer cette nouvelle fondation. Nous avons déjà aujourd'hui 4 membres fondateurs et nous sommes en pourparler pour en faire venir de nouveaux.

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"Je ne pense pas qu'il y a un mépris des formations universitaires dans l'entreprise et quand c'est le cas je trouve cela stupide". © Cécile Debise / Journal du Net

Pourquoi y a t-il un mépris des formations universitaires dans l'entreprise. Les jeunes avec des masters professionnels universitaires ne sont-ils pas aussi compétents que leurs pendants sortis des écoles? Si oui, qu'est-ce qui est fait pour permettre aux jeunes universitaires de s'insérer aussi facilement dans l'entreprise ?

Je ne pense pas qu'il y a un mépris des formations universitaires dans l'entreprise et quand c'est le cas je trouve cela stupide.

Par contre il y a une sélectivité totalement assumé dans le monde des écoles d'ingénieur là où dans le monde universitaire cette sélection passe par des arcanes moins directes. Et donc on voit régulièrement émerger des talents dans les entreprises avec un parcours purement universitaire même si la masse des ingénieurs se place sans aucun problème dans le monde de l'entreprise dans des positions du meilleur niveau.

Comment fonctionnent les incubateurs ?

Un atout de l'Institut Télécom réside dans ses incubateurs (nous en avons un dans chaque école). 40 sociétés par an naissent dans notre proximité ce qui crée un bouillonnement entreprenarial très favorable à l'innovation et au connexion avec la recherche. Notre enjeu et notre atout sont justement de faire cette connexion entre les projets d'entreprise qui viennent dans nos incubateurs et nos équipes de recherche.

Évidemment une équipe dédiée dans chaque incubateur est là pour supporter et aider les jeunes pousses à définir leur projet d'entreprise (business, équipe, technologie, IP, ...).

Vous prônez la création d'entreprise par les chercheurs. Mais les chercheurs sont-ils à même de gérer et de faire croître des entreprises ? Je pense à toutes les contraintes administratives...

Nous prônons la création d'entreprise à partir des résultats de la recherche. Il arrive que des personnes soient brillantes sur tous les sujets et c'est merveilleux et nous sommes très heureux dans ce cas d'aider le chercheur à monter sa propre boite.

Par contre bien souvent le chercheur est talentueux et motivé pour faire de la recherche, il a l'envie que ses résultats soient exploités mais ne souhaite pas abandonner le sujet où il brille à savoir la recherche. Dans ce cas qui me parait le plus nominal, l'enjeu est de bâtir autour du chercheur une équipe (manager, business, finance, développeur, ...) pour porter le projet et le chercheur s'implique dans le projet sur les aspects technologiques pour transférer son bébé.

Je crois plus à ce modèle qu'à l'homme exceptionnel qui a tous les talents même si dans nos milieux de premiers de la classe nous en voyons parfois poindre.

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